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Ratched Saison 1

Ryan Murphy est un auteur prolifique et c’est peu de le dire. Son banquier doit être ravi, ainsi que ses fans. Je fais partie de ceux qui apprécient son travail depuis Nip/Tuck (ça fait très longtemps), mais qui reconnaissent que la quantité nuit trop souvent à la qualité. Avec le très très gros contrat signé avec Netflix, Murphy assure la quantité (The Politian, Ratched, Hollywood…), mais la qualité suit-elle pour Ratched ?

Les origines du Mal

Ratched se veut une préquel (avant le film) à Vol au dessus d’un nid de coucou, film culte réalisé par Milos Forman et produit par Mickaël Douglas. Le film s’intéresse au milieu de la psychiatrie et au delà de son aspect culte, il vaut pour la prestation de ses acteurs dont Louise Fletcher qui campe une infirmière bienveillante et empathique envers les patients ou plutôt, l’incarnation de la cruauté. Elle campe une méchante de cinéma et Ratched souhaite nous dire quelles sont les raisons de sa cruauté. En soi, la proposition n’est pas nouvelle puisque nombre de films et quelques séries se sont essayés à expliquer l’origine des méchants avec moins que plus de succès. Un méchant de fiction est méchant parce qu’il l’est et en voulant l’humaniser, on lui fait perdre une grande partie de son aura. Ne regardez pas Hannibal Lecter, les Origines du Mal parce qu’il est mauvais et enlève tout le mystère qui entoure Hannibal et son amour du foie humain avec un Chianti.

Ratched se passe en 1947, soit environ 15 ans avant les évènements du film et nous fait suivre une partie de la destinée de Mildred Ratched qui deviendra l’infirmière la plus méchante de l’histoire du cinéma en 1962. Une partie seulement puisqu’une seconde saison a déjà été commandée pour continuer à raconter son histoire.

Un récit qui manque de corps malgré son body count

Personnellement, j’attendais de Ratched une plongée dans la psyché d’un personnage torturé ou de son parcours de vie qui l’amène où elle en est dans le film. La proposition m’aurait plu même si je n’ai pas une affection particulière pour le film original, ni le livre et encore moins le personnage (j’aime les méchants, c’est déjà pas mal). A l’arrivée Ryan Murphy fait du Ryan Murphy et y plaque ses obsessions : l’homosexualité, le gore, les freaks, le pouvoir aux femmes et une hyper-stylisation. Je pourrais en ajouter, mais pour qui a déjà vu une série de Murphy, Ratched ne dénote pas. Et c’est peut être là le principal défaut de la série, à savoir qu’à aucun moment elle n’essaie de raccrocher les wagons avec le film et qu’elle se perd dans des circonvolutions qui donnent l’impression de ne jamais avancer.

En huit épisodes, la série ne semble jamais poser son sujet, ni chercher à entraîner le spectateur dans sa ronde. Le rythme est souvent lent par manque de substance plutôt que volontaire alors qu’il y a de la vengeance, de la manipulation, des révélations et des twists. Les hommages/références/plagiat à Hitchcock entre autres (Je pourrais citer Bonnie and Clyde aussi) ne suffisent pas à donner du souffle voire une personnalité à la série. Seule la scène sur le spectacle de marionnettes sort clairement du lot : évocatrice, esthétique et prenante (le fond est racoleur comme du Murphy, mais c’est bien fait).

Parfois la série rappelle aussi que les hôpitaux psychiatriques ont une histoire assez particulière. Certaines pathologies n’en étaient pas, tous les traitements correspondaient plus à de la torture que des traitements. C’est survolé et ça ressemble trop souvent à un étalage de recherches pour la série qu’à un vrai arc narratif. Le bon docteur trouve un nouveau traitement et l’essaie sur les patients sauf que ça ne marche pas à tous les coups voire jamais, mais nous sommes en 1947.

Des actrices sublimées pour un visuel au top

Belle brochette !

On peut reprocher beaucoup de choses à Ryan Murphy, mais force est de reconnaître qu’il sait s’entourer d’excellentes actrices (des acteurs aussi). Ratched est porté par une Sarah Paulson qui n’a plus à prouver son talent. Sharon Stone (bien trop rare) est excellente en dame riche et classieuse ivre de vengeance. Judy Davis campe une Miss Buckett un peu cliché, mais tellement attachante. Sophie Okonedo est incroyable dans son rôle à multiples facettes. Les acteurs ont des rôles moins intéressants et sont souvent relégués derrière les dames. D’Onofrio en politicien misogyne et plein de gouaille fait pâle figure quand on se rappelle son interprétation du Caïd dans Daredevil. Il ne force pas son talent ici.

Visuellement, Ratched est sublimé par ces décors et cet incroyable bureau du docteur. Les décors ont été particulièrement soignés et ils flattent très souvent la rétine. Le rendu visuel est presque trop propre et manque de naturel. Les plans (notamment du pilote) sont trop travaillés et m’ont souvent donné l’impression d’un réalisateur plus occupé à chercher le beau que de susciter l’intérêt du spectateur. Cette remarque s’applique aussi aux tenues de Ratched qui semble trop souvent sorties d’un défilé de haute couture (j’exagère un peu) que de la garde robe d’une simple infirmière.

Conclusion

Ratched est magnifique sur la forme, mais pêche sur le fond. J’ai regardé les huit épisodes en m’ennuyant poliment. La série m’a donné l’impression de tourner en rond sans chercher vraiment à faire beaucoup plus que de lancer des hommages, mettre ses actrices en valeur et remplir huit épisodes. C’est beau, mais vain et ça ne donne pas envie de regarder la seconde saison.

Machiavel

Toujours à l'affût de ce qui peut piquer ma curiosité, peu importe le domaine avec une légère préférence pour les jeux vidéo, le cinéma, la littérature, les séries TV, les jeux de société, la musique, la gastronomie, les boissons alcoolisées et quelques autres petites choses . Ma curiosité est telle le tonneau des danaïdes, sans fond.