SquareBASH 26
Chez Dystopeek, nous avons le goût du risque. C’est pourquoi lorsqu’on nous propose d’aller du 30 janvier au 1 février couvrir une toute nouvelle convention orientée jeux d’histoire, en Angleterre et juste avant le tournoi des 6 nations, nous n’hésitons pas. Surtout quand cette convention, nommée SquareBASH! 26 est organisée par Andrew Rourke, patron de Form Square Games et auteur de la série Limits of Glory, que j’avais eu le plaisir de rencontrer à la PunchedCon 24.

Une nouvelle convention donc, située dans un hôtel de Gatwick lui-même à quelques minutes de l’aéroport du même nom. Un lieu facile à atteindre offrant des chambres spacieuses, un restaurant où déjeuner et dîner, un bar pour débriefer les parties, le cadre était parfait ! Je ne jugerai pas les environs, étant rentré dans le bâtiment le jeudi soir pour n’en sortir que le dimanche midi. Oui, c’était prenant et non, le temps ne permettait pas d’aller se promener.


Accueillis par Andrew et son adorable épouse Caroline qui étaient toujours disponibles pour satisfaire les demandes, les joueurs disposaient de deux spacieuses pièces où de grandes tables étaient installées, pour des aires de jeu modulables selon le jeu. Les déplacements étaient faciles car les allées étaient suffisamment larges pour ne pas bousculer les joueurs et les organisateurs avaient eu la très bonne idée de faire un coin pour les prototypes, où de nombreux auteurs présentaient leurs bébés.

Des tables étaient aussi installées sur un côté pour recevoir les collations (petits gâteaux, café et thé – so British – et sandwichs et chips pour le repas du midi), avec en plus un coin pour la remise de prix et un autre pour la bourse aux joueurs, où chacun peut amener les jeux qu’il désire vendre. Petit mot sur la remise des prix, qui s’est déroulée le samedi soir : je n’ai jamais vu des lots aussi conséquents pour une tombola. Certes les sponsors étaient nombreux mais la générosité était impressionnante et tous les lots faisaient envie.

Le tour du propriétaire fait en arrivant le jeudi, direction la chambre pour une bonne nuit de sommeil avant d’attaquer les choses sérieuses le vendredi. En ce qui me concerne, j’ai démarré tranquillement en faisant une partie de Pandemic: Fall of Rome avec Richard Jeffrey-Cooke de la Society of Ancients, une association très dynamique éditant des jeux (je leur ai d’ailleurs pris Gladiolus, dont je vous parlerai sûrement un jour) et un magazine, Slingshot. Un jeu sympathique qui m’a mis dans l’ambiance avant une partie de Rome: Total War à quatre joueurs, toujours sous la direction de Richard.

J’avoue avoir été déçu, le jeu misant plus sur le matériel que sur le gameplay qui se résume quand même beaucoup à de simples lancers de dés. Mais cela m’a permis de faire connaissance avec les joueurs autour de la table et de discuter avec les curieux venus observer cet immense plateau regorgeant de figurines. L’avantage de cette partie découverte est que cela m’a permis d’enlever le jeu de ma liste de souhaits, sur laquelle il figurait depuis la campagne Kickstarter.

Autour de moi les batailles faisaient rage, que ce soit sur des jeux accessibles, comme Undaunted ou de plus gros morceaux. Il y avait même une gigantesque table réservée à Company of Heroes, dont le matériel est vraiment superbe mais que je n’ai malheureusement pas pu essayer. Au stand Form Square Games, les parties s’enchaînaient sur Donning the Sacred Heart – qui est en cours de livraison après une campagne Gamefound réussie – et Jersey New Jersey et les auteurs semblaient aux anges. Il faut dire que les retours étaient très positifs, ce qui démontre que le système Limits of Glory n’est pas cantonné au Napoléonien.

Quitte à parler de Limits of Glory d’ailleurs, j’ai eu l’opportunité le samedi de jouer avec les deux frères Hunwicke, dont l’aîné James (qui tient aussi une chaîne Youtube) travaille sur une adaptation tactique du système Limits of Glory d’Andrew Rourke : The Sacred Hedge. Alors forcément l’échelle n’est pas la même, il y a beaucoup de changements même si le système de gloire et d’activations reste le même et je dois avouer que ça tourne bien, très bien même.

C’est dynamique, relativement fluide – il y a forcément quelques réglages à faire selon les retours des playtests – et simple à appréhender tout en gardant de nombreuses possibilités tactiques. Aucun des deux camps n’est passif, il y a toujours une décision à prendre tout au long des trois phases que comporte le jeu et s’il reste bien entendu beaucoup de peaufinage à faire, vous pouvez d’ores et déjà noter ce nom sur votre wishlist : The Sacred Hedge.

En autre prototype qui m’a tapé dans l’œil, il y a Heirs of Canute, un warteau pour quatre joueurs dans lequel chacun dirige un royaume (normand, danois, anglais ou norvégien) à la mort de Canute au XIème siècle. Les règles sont simples, avec un système d’actions politiques ou militaires où trahisons et attaques opportunistes auront la part belle.

Lors de notre partie de dimanche après un début timide puis une exploitation des événements s’acharnant sur Steve – puisses-tu me pardonner de tout ce que je t’ai infligé – qui a vu ma puissance militaire exploser, j’ai subi les assauts dévastateurs des frères Hunwicke qui s’étaient ligués contre moi. Le jeu est brutal, il faut planifier soigneusement sa stratégie et surtout être prêt à réagir aux événements aléatoires piochés à chaque tour. Un autre jeu à surveiller et qui sera sûrement édité lui aussi chez Form Square Games.

Pour finir avec cet éditeur qui était de manière logique très en avant, notons la présence du prototype de A Strong War: the Conflict for North America, un petit jeu point à point mettant aux prises Britanniques et franco-canadiens. Si les parties sont courtes, la rejouabilité semble pour le moment très limitée avec un jeu très scripté. Heureusement, le développement ne fait que débuter et les améliorations vont sans nul doute arriver.

Il y avait de nombreux autres prototypes à découvrir, comme Wolfe Tone’s Rebellion (basé sur le système Limits of Glory) et nombreux étaient les joueurs à venir jeter un œil, histoire d’avoir une présentation même succincte, ou même se lancer dans une partie découverte. C’est d’ailleurs quelque chose qui m’a surpris par rapport à la PunchedCon : les gens semblaient plus mobiles et moins happés dans leurs parties. Peut-être était-ce dû au fait qu’il y avait plus de parties de jeux de société, comme Nemesis, Arcs, Eclipse (…) qui sont plus courts, ou peut-être n’était-ce qu’une impression.

Quoi qu’il en soit, cette SquareBASH 26 était vivante à n’en pas douter, notamment grâce à la présence notable (et notée !) d’une délégation de Catalans (et j’insiste bien sur le Catalan et non pas Espagnol, hein Ivan !) du club Team Snafu, que vous connaissez sûrement par la maison d’édition SNAFU Design. Menée par Oscar Oliver et Ivan Prat, la délégation a animé – entre autres – une partie d’Here I Stand et le repas du samedi soir en partageant de nombreuses anecdotes sur l’histoire de leur région. J’ai même eu l’opportunité d’essayer un de leurs jeux à venir, The Iron Belt: Bizkaia 1937. Je suis reparti avec Equatorial Clash et Tarqui, dont je ne manquerai pas de vous parler, promis.

Le week-end est donc passé à toute vitesse, rempli du début à la fin de parties, de discussions plus ou moins sérieuses, de débriefings autour d’un verre. Si j’ai beaucoup joué, j’ai surtout beaucoup discuté, car c’est bien l’essentiel de ces rassemblements. Si j’ai vu tourner les jeux habituels des conventions – Angola, Successors, A Most Fearful Sacrifice, Normandy ’44… – j’ai aussi été ravi de voir des titres bien moins joués. Il y avait même du Coalitions et une partie de scrabble en cours où n’importe qui pouvait venir jouer contre Caroline Rourke. Original et très convivial !

Pour une première, cette SquareBASH 26 (dont vous trouverez la geeklist ici) était une première réussie. Si j’avais un peu peur d’être isolé en y allant seul (et en étant le seul français présent !), la gentillesse des participants, la bonne humeur et le dynamisme de l’équipe organisatrice ont fait que l’on avait l’impression d’être au club du coin, un week-end comme les autres. Impossible de ne pas trouver d’adversaire ou de jeu à essayer, tout le monde était là pour découvrir et faire découvrir. Avoir une collation matin et après-midi avec en plus des sandwichs le midi apportés directement dans les salles permettait de plus de ne pas perdre de temps en cours de partie ou de faire une petite pause bien méritée sans s’éparpiller.


Succès sur toute la ligne pour Andrew Rourke qui, avec cette convention, met Form Square Games sous les feux des projecteurs tout en créant un nouvel événement dans le sud de l’Angleterre. Cela lui permet de montrer ses jeux disponibles et surtout à venir, tout en réunissant et formant autour de lui une communauté motivée. Ce n’est, somme toute, que justice pour un éditeur volontaire et investi. En tout cas, la date pour la prochaine édition est déjà sortie : ce sera du 29 au 31 janvier 2027. Au plaisir de vous y retrouver !

