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Runequest: Warlords

RuneQuest: Warlords, est le nouveau jeu vidéo de combat tactique en tour par tour édité par Slitherine se déroulant dans l’univers de Glorantha, le monde servant de cadre au vénérable jeu de rôle papier Runequest. Créé par Steve Perrin et Greg Stafford et publié en 1978 par Chaosium, RuneQuest est en effet, avec Donjon & Dragons, l’un des grands anciens de l’univers du jeu de rôle. Un jeu qui a eu, et continue d’avoir, une longue carrière puisqu’il a été, au fil des années, repris et édité par de multiples sociétés avant de reparaitre sous la bannière de Chaosium en 2018.

L’originalité de RuneQuest est qu’il ne se déroule pas dans un univers médiéval-fantastique traditionnel, mais dans un monde plutôt inspiré de celui de l’âge du bronze avec un bestiaire pour le moins original. Pensez donc, on y trouve des escargots dragons, des taureaux ailés, des hommes à tête de bouc (les Broos), des hommes scorpions, des hommes à tête de pieuvres, et même des… canards. Oui, si vous le voulez, dans ce jeu de rôle vous pouvez jouer une bande de canards (non ce n’est pas une insulte).

Bon, je vous rassure il y a aussi des elfes, des nains, des trolls et des dragons. Oui, parce que dans une partie de jeu de rôle ‘la danse des dragons’ ça sonne quand même mieux que… ’la danse des canards’. Quant à la magie, elle est bien présente, sous forme, vous l’aurez deviné, de runes. Il est a noté qu’avec RuneQuest: Warlords, c’est la première fois qu’un jeu vidéo est adapté de l’univers de RuneQuest. Il était temps !

Beau comme l’antique

Question réalisation graphique, c’est de la 3D isométrique, classique mais plutôt jolie et cela tourne bien sans trop solliciter les ressources de l’ordinateur. Un bon point pour le rendu des textures, en particulier celui des créatures de Chaos qui est gluant à souhait. A noter l’existence d’un mode photo (masquant l’interface) permettant de prendre des copies d’écran de vos troupes et de celles de l’adversaire, mais aussi des décors du jeu. 

Dans RuneQuest: Warlords il n’y a pas de canards, mais des (très gros) chats. C’est déjà ça.

L’interface est conviviale, étant manipulable à la souris et au raccourci clavier. Rien à redire donc, c’est esthétique et lisible à la fois, ce qui permet un vrai confort d’utilisation. Autre point positif, si vous possédez Warhammer 40,000: Battlesector, du même éditeur, vous serez en terrain très connu.

La bande son est plutôt réussie également. Même si les dialogues sont assez plats, ne vous attendez pas à du George R. R. Martin, ils ont le mérite d’exister. Précisons qu’une version en français est disponible, avec une traduction de l’interface et des sous titres pour les dialogues, mais pas de doublage de ces derniers.

Il faut souligner que contrairement à ce qui est devenu quasiment la norme de l’industrie, le jeu n’est pas passé par une phase d’accès anticipé (vous savez celle qui consiste à faire payer les joueurs pour devenir beta testeurs). Cela n’empêche pas que de temps à autre (assez rarement heureusement) on a affaire à un ‘RuneQuest.exe ne répond pas’, en particulier lors de la résolution des combats. Pensez donc à sauvegarder votre partie régulièrement.

Le mode photo permet de ramener des souvenirs inoubliables de l’accueil des autochtones.

Vous entrez dans une zone de contrôle

Si RuneQuest est un jeu de rôle, ce n’est pas le cas de RuneQuest: Warlords. En effet, il s’agit d’un jeu de combat tactique reprenant le moteur de Warhammer 40,000: Battlesector, mettant en scène une grande campagne en solitaire comprenant une suite de missions avec trois factions différentes. Les Bilings, mélange improbable entre grecs de l’antiquité et vikings, originaires d’une région montagneuse de Glorantha nommée Talastar, et vénérant Orlanth dieu des orages et des vents. L’Empire Lunar, inspiré de l’Empire perse. Et enfin, les grands méchants de l’histoire : les forces du Chaos avec tout un tas de bestioles au regard torve et pleines de crocs, cornes et autres tentacules. Mais, pour le moment, pas de canards, désolé.

La campagne, présentée sous formes de batailles se succédant de manière linéaire, est centrée sur les aventures d’Hahlgrim, un chef de tribu de Talastar, une région montagneuse de Glorantha, partant en quête pour rassembler des alliés afin de lutter contre l’invasion des hordes du Chaos. Car oui, pour le moment seule la faction des Bilings est jouable dans la campagne. 

Nous sommes opérationnels case par case.

Dans RuneQuest: Warlords, qui lorgne donc plutôt vers le domaine du wargame, les combats se résolvent sur une carte divisée par une grille, les cases représentant divers types de terrains.  Un camp agit avec toutes ses unités, puis c’est le tour de l’adversaire. Les unités et les héros du jeu ont des points d’action (pour les mouvements et les attaques), des points de vie symbolisant leur résistance aux blessures, des niveaux d’armure, d’esquive et de résistance à la magie, ainsi que des points de mouvement indiquant leur capacité à se déplacer plus ou moins rapidement sur la carte.

Les héros peuvent gagner des points d’action supplémentaires en utilisant la magie ou en effectuant des attaques spéciales. Bien sûr, les unités ont une orientation et ainsi les prendre de flanc devient une tactique payante. Les unités peuvent bénéficier de capacités d’attaque à distance ou encore choisir de se replier en bon ordre. Il est également possible d’effectuer des charges si plusieurs cases auxquelles l’unité fait face sont dégagées. Ce qui augmentera les dégâts faits à l’adversaire.

Le genre d’escargot qu’on aimerait pas avoir dans son jardin.

Chaque unité projette une zone de contrôle couvrant les cases proches, à l’image de ce qui se fait dans les wargames papier. Ceci permet de réaliser des attaques d’opportunité sur les ennemis se déplaçant dans une telle zone de contrôle.  A cela s’ajoutent la magie des runes qui peut faire bénéficier vos forces de capacités spéciales. Ce ne sont là que quelques exemples des subtilités qui caractérisent le système de jeu, car la liste est longue (trop longue pour figurer ici).

Il en découle que le déploiement, les mouvements et l’utilisation des capacités de vos unités auront un impact décisif sur la victoire au cours d’un combat. A vous donc de faire les choix les plus judicieux. De ce point de vue la richesse tactique de RuneQuest: Warlords est excellente. En particulier grâce à la diversité des types d’unités disponibles, que ce soit dans votre camp ou celui de l’adversaire. La recherche du placement, de la combo et de la séquence d’attaque idéale vous promet de longues minutes de réflexion (ou pas, suivant votre humeur).

Comme dans l’Antiquité le déploiement initial d’une armée peut grandement influer sur la suite de la bataille.

Et si cela vous semble un peu intimidant, le jeu bénéficie d’un tutoriel très bien fait, servant également d’introduction à la campagne et il n’est pas superflu de le rejouer pour bien s’imprégner de toutes les options tactiques disponibles. Et pour vous entrainer vous aurez également la possibilité de créer vos propres batailles avec le mode escarmouche, qui permet de prendre le commandement des trois factions du jeu. Vous pourrez donc jouer de manière tactique les forces du Chaos et celles de l’Empire Lunar afin de repérer leurs atouts et leur faiblesses.

Victoire par Chaos ?

Il est à noter que l’IA ennemie souffre d’un syndrome classique dans ce genre de jeu : elle à une prédisposition a concentrer ses attaques sur votre unité la plus vulnérable ou sur votre héros principal. Ce n’est pas forcément une mauvaise tactique, mais cela la rend prévisible, ce dont vous pourrez profiter. Elle a aussi tendance à ne pas tenir compte des zones de contrôle de vos unités, ce qui leur donne souvent la possibilité de faire des attaques d’opportunité. Enfin, elle a un penchant pour la tactique consistant à foncer dans le tas, y compris avec les unités bénéficient d’armes de jet, qui feraient bien mieux de rester à distance.

Les Broos, les hommes bêêêêtes du Chaos, montent à l’assaut. Pour tout dire, ils sont en effet un peu bêtes pour ce qui est de la tactique.

La relative faiblesse de l’IA est, sans surprise, compensée par le nombre conséquent d’unités dont elle dispose pour vous vaincre. On ne parle pas de hordes du Chaos pour rien. Il en résulte que les combats peuvent parfois être très longs à résoudre.

Pour ce qui est de la tactique, on est encouragé à créer de véritables phalanges, soutenues par des unités munies d’armes de jets, et avec un groupe de héros chargés de percer les lignes ennemies. Mais, après tout, pourquoi pas, puisqu’il s’agit d’un jeu inspiré de l’Antiquité autant utiliser les tactiques de l’époque.

Warlord Manager

Mais que serait un bon jeu de stratégie sans un aspect gestion de ressources ? Dans RuneQuest: Warlords vous commandez une (petite) armée qui sera amenée à grandir par l’incorporation de nouvelles unités achetées grâce à des points de réquisition obtenus après chaque nouvelle bataille victorieuse.

Hahlgrim n’est pas qu’un gros barbare, il doit aussi gérer ses troupes de manière avisée.

Le héros que vous représentez lui aussi pourra évoluer grâce à un arbre de compétences permettant de renforcer sa puissance individuelle au combat, d’apporter des bonus appréciables à vos troupes sur le champs de bataille, ou de donner accès à de nouveaux sorts. Ce sera aussi le cas des héros qu’il recrutera au cours de la campagne.

Intéressant, non ? Le problème est que l’aspect gestion se limite à cela. Une campagne linéaire où l’on enchaine mission après mission pour suivre une histoire somme toute assez banale (un héros en quête de revanche) avec des personnages, relevant de l’archétype, auquel il est difficile de s’attacher. Une campagne avec quelques embranchements scénaristiques aurait sans doute été plus prenante, car ici les choix se limitent à quelles nouvelles unités recruter et comment optimiser ses héros.

Le mode escarmouche permet de configurer à loisir des batailles mettant en scène les différentes factions du jeu. Ceci grâce à un système de points d’achats permettant de choisir la taille des armées, à l’image des jeux avec figurines.  

Comme les batailles ne sont pas générées de manière procédurale la rejouabilité est assez limitée, a moins de vouloir faire plusieurs parties pour chercher à améliorer son tableau de chasse aux monstres ou de vouloir générer ses propres escarmouches grâce au mode de jeu du même nom.   

A cela s’ajoute le fait que pour le moment une seule faction est jouable avec une seule campagne. Alors même si celle-ci vous offrira de longues heures d’affrontements passionnants, une fois terminée on ferme le jeu sans vouloir y revenir. Car pour cela il faudra, sans doute, attendre les inévitables DLC, comme cela avait été le cas pour Warhammer 40,000: Battlesector.

Durant la campagne, il vous faudra convaincre d’autres clans de rejoindre votre bannière,… en leur pétant la tronche. Et, oui, c’est ça la diplomatie façon Glorantha.

Coincoin?

Au final RuneQuest : Warlords est assurément un jeu réussi avec un thème basé sur une licence culte, des graphismes soignés, une interface conviviale et une résolution des batailles particulièrement intéressante. Cependant il a clairement un goût de trop peu. Ecueil qui aurait pu être évité en rendant jouables l’Empire Lunar et les forces du Chaos et en offrant un mode de campagne moins linéaire.

Ces manques seront sans doute comblés par de futurs DLC, si le jeu a du succès. Ce qu’on lui souhaite, car il serait triste de ne pas profiter de la diversité de factions qu’offre le monde de Glorantha. Et puis, surtout, a quand la possibilité de jouer des canards ?

Genre : Combats tactiques en tour par tour

Développeur : Virtuos

Editeur : Slitherine Ltd.

Date de sortie : 9 décembre 2025

Testé sur une version presse fournie par l’éditeur

plasm@n

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