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Early Access: Solar Expanse – Space Exploration Manager

Fans d’exploration spatiale réjouissez-vous. Si vous appréciez le jeu de plateau SpaceCorp: 2025-2300AD (de GMT Games, édité en français par Nuts! Publishing), ou sa version informatique, et que vous avez pratiqué le simulateur de vol spatial Kerbal Space Program (KSP), Solar Expanse – Space Exploration Manager, le nouveau jeu vidéo de l’éditeur polonais Games Operators, devrait attirer toute votre attention.

Ainsi, dans Solar Expanse, tout comme dans le jeu de GMT, vous êtes à la tête d’une agence spatiale, dans un futur proche, cherchant à faire des profits en favorisant l’expansion de l’humanité dans le système solaire et au-delà. C’est cela le New Space. Terminés les lourds programmes étatiques, l’exploration de l’espace est confiée aux entreprises privées et votre objectif est donc de remplir des contrats en atteignant les planètes, les lunes et les astéroïdes du système solaire pour les exploiter et les coloniser, afin d’engranger des milliards de dollars, pour le plus grand bénéfice de la science des actionnaires.

Voyons donc ce que nous propose Solar Expanse, sachant que la gestion y est plus fine que celle de SpaceCorp (nous avons affaire à un jeu informatique, pas à un jeu de plateau), sans pour autant tomber dans la complexité de KSP (il s’agit d’un jeu de gestion, pas d’un simulateur de vol).  Nous avons eu le loisir de tester ce jeu sur une version alpha, beta, puis en accès anticipé.

Un petit pas pour l’homme

Bien qu’en accès anticipé, Solar Expanse se démarque de pas mal de jeux proposés sous cette forme par la présence d’un tutoriel, et qui plus est d’un tutoriel d’excellente qualité, à la fois simple, didactique et non intrusif. Il ne vous noiera pas sous des montagnes de blablas, mais vous guidera pas à pas tout en vous permettant une bonne liberté de décisions. Ceci grâce à de courtes fenêtres d’instructions et surtout en surlignant au fur et à mesure les commandes vous permettant d’accomplir ce que vous voulez réaliser.

C’est à la fois simple, élégant et pratique. Et on se demande pourquoi tant de développeurs d’autres jeux n’y ont pas pensé avant ! Ce tutoriel vous met donc rapidement le pied à l’étrier et en quelques minutes vous permet de maitriser les grands principes du jeu, sans pour autant avoir besoin d’être astrophysicien. Cerise sur le gâteau Solar Expanse est également traduit en français.

Dans Solar Expanse l’exploration et l’exploitation de Mars sera, bien sûr, l’un des objectifs principaux.

Le jeu se déroule en temps réel, pausable et accélérable (fort heureusement vu le temps que prennent les voyages spatiaux). Question graphismes, c’est de l’honnête 3D, réalisée sous Unity, mais il ne faut pas vous attendre à du grandiose non plus, mais au moins c’est clair et fonctionnel et cela tourne même sur les petites configurations. Par contre la bande son est, soyons honnêtes, d’une banalité affligeante. Quant à l’interface, elle est plutôt intuitive que vous n’aurez en principe aucun souci à maitriser une fois le tutoriel terminé.

L’un de ses avantages est qu’elle offre plusieurs possibilités d’accomplir la même action, suivant vos préférences. Ainsi par exemple pour ce qui est de déterminer la destination d’un de vos vaisseaux spatiaux, vous pouvez au choix taper le nom du corps céleste, le sélectionner dans un menu déroulant, ou encore faire un glisser/déposer vers l’icône de la planète en question. A vous de choisir la méthode qui vous convient le mieux.

Aux frontières de l’infini

Dans Solar Expanse vous êtes à la tête de l’entreprise Solex, une entreprise française qui a bien évolué depuis 1905 et la fabrique de vélomoteurs. Ah, non ? Là Harvester me fait remarquer qu’il ne s’agit pas de la marque nationale iconique qui avait fait le bonheur des boomers motorisés, mais d’une société fictive calquée sur celle d’un milliardaire sud-africain bien connu.

Une vue du système solaire interne avec les orbites de Mercure, Vénus, la Terre et Mars. A gauche les contrats qu’il vous est proposé de remplir.

Donc, pas question d’envoyer des vélomoteurs dans l’espace, mais vous bénéficiez néanmoins de lanceurs réutilisables. Vous pouvez également choisir de commencer le jeu à la tête de la NASA, de l’ESA ou des agences chinoise ou russe. Chacune d’elle ayant ses propres avantages en matière de technologies. Vous êtes en compétition avec les autres agences spatiales, mais pour le moment vos interactions avec elles sont assez limitées. 

Quoi qu’il en soit votre objectif sera toujours le même : aller là où la main de l’homme n’a jamais mis les pieds et vous faire un maximum de thune par la même occasion. Pour cela (à l’image du jeu SpaceCorp) il faudra remplir des contrats qui vous rapporteront des sommes fixes et vous permettrons d’en débloquer de nouveaux. Ainsi on vous proposera, par exemple, d’envoyer une sonde d’exploration sur Mars, d’y faire atterrir les premiers êtres humains, d’en exploiter les ressources, puis d’y établir une colonie, etc.

Titan, le plus gros des satellites de Saturne est idéal pour y implanter des exploitations : on y trouve de l’eau, du carbone, mais aussi de quoi produire du carburant pour les engins spatiaux. Par contre il faut s’attendre à un (très) long voyage depuis la Terre.

Bien sûr pour cela il faudra fabriquer et envoyer des engins dans l’espace. Dans Solar Expanse (contrairement à KSP) ce n’est pas vous qui concevez vos vaisseaux spatiaux. Vous vous contentez de construire des modèles déjà existants qui deviennent de plus en plus sophistiqués et performants à mesure que votre recherche scientifique avance. Car oui, dans Solar Expanse il faudra investir dans la science et débloquer de nouvelles technologies aptes à vous aider dans votre conquête du système solaire. Et cela peut vous amener très loin, puisqu’avec le temps vous pourrez même développer le voyage interstellaire.

Il va sans dire que toute cette entreprise nécessitera non seulement de l’argent mais aussi diverses ressources (fuel, polymères, composants électroniques, métaux, eau, etc.) dont certaines sont très rares, ou carrément absentes sur Terre (comme le fameux Hélium 3 par exemple) et qu’il vous faudra récolter en implantant des installations minières sur d’autres planètes, satellites ou astéroïdes. Il existe également un marché des ressources grâce auquel vous pouvez acheter les éléments qui vous manquent et vendre ceux que vous avez en surplus.

Le fenêtre de recherche scientifique, il y a largement de quoi s’occuper.

Petits détails : pour des raisons d’équilibre du jeu et pour inciter les joueurs à explorer le système solaire certaines libertés ont été prises avec les réalités géologiques. Ainsi, dans le jeu, la Lune n’a aucun dépôt de métaux (alors que la sonde Lunar Reconnaissance Orbiter en avait repéré de grandes quantités dans des cratères en 2019), et Mars n’a aucune ressource en carbone (alors que dans les faits son atmosphère en composée à 96 % de dioxyde de carbone).

L’équipage est sacrifiable

Parmi les ressources présentes dans Solar Expanse on trouve les ressources humaines (les astronautes, scientifiques et autres colons au service de votre entreprise). Et là autant dire qu’ils sont traités absolument comme n’importe quelle autre ressource,  vous pouvez ainsi les acheter ou les vendre. Ils sont aussi indispensables pour faire tourner nombre de vos installations et ont comme inconvénient d’être périssables. Si vous ne leur fournissez pas du ravitaillement, ils meurent. Détail amusant, il vous faudra fournir du ravitaillement non seulement à vos astronautes loin dans l’espace, mais aussi aux employés de votre quartier général situé sur Terre, en effet ces derniers sont trop bêtes pour penser à aller s’acheter un sandwich.

Si le fait que des astronautes périssent asphyxiés ou meurent faim ne nuira en rien à la réputation de votre société, il vous en coûtera cependant, puisque il faudra en engager de nouveaux et les amener sur leur lieu de production. Et si celui-ci se trouve sur Titan (un satellite de Saturne) autant dire que ce ne sera pas rentable. Pas plus qu’il n’est profitable à long terme de faire la navette entre la Terre et Mars rien que pour amener de la bouffe à vos colons. La meilleure solution est d’implanter des cultures hydroponiques pour leur fournir à la fois nourriture et oxygène, encore faut-il avoir de l’eau et du carbone à disposition, mais aussi des ressources énergétiques et matérielles. 

Panique sur Terre, un astéroïde tueur se dirige droit sur la planète. Vous n’avez que quelques années pour envoyer un vaisseau équipé d’une bombe nucléaire afin d’empêcher l’Armageddon. 

Ce n’est que l’un des multiples casse-têtes logistiques que propose Solar Expanse. Il vous faudra en effet, au fur et à mesure de votre expansion, établir un véritable réseau d’échanges entre vos diverses exploitations afin de pouvoir faire tourner vos sites de production à plein régime en fournissant à chacun les ressources nécessaires pour fonctionner et tout cela sur des distances… astronomiques et pour un coup qui l’est tout autant. Car s’implanter sur une nouvelles planète/lune ou astéroïde n’est pas simple, il faut tout amener ou construire sur place (quitte à devoir apporter les ressources nécessaires) : habitats, sources d’énergie, matériels d’exploitation, plateformes de lancement, etc. Et avant de vous installer il faudra avoir exploré les différents corps célestes, afin d’avoir une idée des ressources qu’ils renferment, aux moyen de télescopes et/ou de sondes envoyées sur place.

Mécanique céleste

Si Solar Expanse est un jeu d’anticipation, il se veut scientifiquement crédible, la mécanique céleste y étant bien sûr prise en compte avec les mouvements respectifs des différents corps (planètes, lunes, astéroïdes, comètes, etc…) du système solaire. Il est donc fondamental de tenir compte des fenêtres de tir et des effets de fronde gravitationnelle afin d’optimiser le temps de voyage de vos vaisseaux spatiaux, mais aussi et surtout leur consommation en carburant. Heureusement dans ce domaine pas besoin d’avoir un doctorat en astronautique et de se livrer à de savants calculs, l’interface de jeu s’en chargera. A vous ensuite de déterminer la date de lancement, et la trajectoire la plus en accord avec vos contraintes temporelles, matérielles, mais aussi budgétaires. Il vous faudra aussi choisir le type de vaisseau et la propulsion la plus adaptée à la mission en n’oubliant pas que votre but est de maintenir votre entreprise à flot financièrement.

La place du marché sur laquelle vous pouvez échanger vos ressources. Attention les cours fluctuent en fonction de la rareté des éléments.

Si les fusées à propulsion classique (fuel) et réutilisables sont utiles pour un trajet vers l’orbite terrestre ou la Lune, ne comptez pas trop sur elles pour vous aider à coloniser les satellites de Jupiter (même si en construire sur place sera indispensable pour faire interface entre l’orbite et la surface de ces Lunes). Pour aller loin et de manière économique il faudra investir dans la propulsion électrique/ionique (et l’exploitation de gaz rares lui servant de carburant), dans les voiles solaires (ne consommant aucun carburant, mais limitées au système solaire interne, jusqu’à Mars) ou encore dans l’énergie nucléaire (consommant de l’hydrogène) ou carrément dans la fusion (alimentée grâce à l’Hélium 3). Chaque type de vaisseau a ses avantages et ses inconvénients, certains ne pouvant pas atterrir (nécessitant donc des navettes entre l’orbite et le sol d’une planète), d’autres ayant une faible capacité d’emport ou encore ne pouvant pas embarquer d’astronautes.

Houston, on n’a pas assez de problèmes

Solar Expanse est un jeu nécessitant mûre réflexion avant d’agir ainsi que de bonnes aptitudes à la planification et à la gestion de ressources. Le tout accompagné d’un soupçon d’exploration et de découverte qui donne un cocktail plutôt intéressant. Et c’est exactement ce que l’on demande à un jeu de ce type. Tout n’est cependant pas rose dans le noir de l’espace, ce qui vous en conviendrez est assez logique. Il manque à Solar Expanse un côté imprévisible qui lui donnerait un supplément d’âme. Contrairement à un jeu tel que le vénérable Buzz Aldrin’s Space Program Manager (où la fiabilité de vos fusées évoluait suivant le nombre d’essais/vols que vous réalisiez) dans Solar Expanse vos engins spatiaux ne souffrent jamais du moindre défaut.

Phobos, l’un des satellites de Mars. Son exploitation s’avère très utile, car il renferme du carbone, indispensable pour faire fonctionner les installations hydroponiques de la planète rouge.

Ils décollent toujours à l’heure (pas d’aléas techniques ou météo) et ne tombent jamais en panne. Et pour peu qu’elles soient alimentées en énergies, en ressources et en équipages vos installations, quel que soit le milieu (souvent hostile) où elles doivent opérer, seront toujours opérationnelles. Vos astronautes ne sont jamais malades ou blessés. Vous ne trouverez aucun évènement aléatoire et aucune surprise dans vos opérations. Tout se déroulera comme vous l’avez prévu et aucune vicissitude ne viendra mettre un grain de sable dans votre programme spatial. La seule cause pour un échec éventuel sera votre propre incompétence. C’est un peu dommage car l’histoire a montré que la conquête spatiale est loin d’être un long fleuve tranquille.

Le vide de l’espace

Autre inconvénient de Solar Expanse, les contrats sont en nombres limités et peu variés. Cela fait que les options de financements sont assez limitées et que l’on n’a aucun intérêt à vouloir explorer certaines planètes qui pour le coup ne servent que de décors. Vous pourrez toujours envoyer un rover parcourir tel ou tel astéroïde inconnu, mais cela ne vous rapportera rien. Au contraire vous devrez dépenser de précieuses ressources. C’est très dommage. On aurait aimé que l’exploration d’autres corps célestes que ceux proposés par les contrats permettent d’engranger des avancées scientifiques et techniques.

Les champs magnétiques et les radiations sont modélisés dans le jeu. Ici une visualisation de la magnétosphère de Jupiter.

En fait, dans le jeu, vous n’avez aucune urgence, vous pouvez vous développer à votre rythme, sans que cela ne présente vraiment d’inconvénient, si ce n’est à terme de voir vos finances s’épuiser. C’est cosy, mais à la longue cela peut devenir lassant. C’est d’ailleurs un peu là le problème d’un jeu tenant plutôt du bac à sable et étant assez lent et répétitif avec une rejouabilité limitée une fois que l’on en a bien compris ses subtilités et exploré une bonne partie du système solaire (même s’il est possible d’aller au-delà). C’est l’inconvénient d’avoir axé Solar Expanse sur l’aspect purement gestion de ressources, de projets et de logistique. Il manque le souffle épique de l’exploration spatiale et c’est dommage. Solar Expanse, il faut bien en être conscient, ce n’est (absolument) pas Star Trek.

Alors, certes, le jeu est en accès anticipé et la feuille de route des développeurs est plutôt alléchante avec l’option de tracter des astéroïdes et même la possibilité de les faire s’écraser sur des planètes (qui voudrait faire ça ?!), l’exploration d’autres systèmes solaires, des stations et colonies orbitales, de vrais interactions avec les agences concurrentes, la possibilité de commencer le jeu à diverses époques, etc. Mais ce que l’on espère surtout voir arriver c’est un peu plus de caractère pour un jeu qui à l’heure actuelle est sympa, mais plutôt pépère, et qui manque un peu de personnalité. Nous avons donc un bon petit jeu de gestion, qui on l’espère gagnera en maturité avec l’avancement de l’accès anticipé, sachant que les développeurs sont réactifs, étant très à l’écoute des joueurs et publiant des mises à jour régulièrement.

Genre : Gestion / Exploration spatiale

Développeur : SpaceOps

Editeur : Games Operators

Date de sortie : 9 avril 2026

Testé sur une version presse fournie par l’éditeur

plasm@n

Wargames, jeux de plateau, jeux de figurines, jeux de rôle, jeux vidéo, tant de jeux et pas assez de temps.

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