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Disciples: Domination

Développé par le studio lyonnais Artefacts Studio (le Donjon de Naheulbeuk et Crown Wars – The Black Prince, c’est eux) et édité par Kalypso (Tropico, Railway Empire, Mechanicus, etc.) Disciples: Domination est la suite de Disciples: Liberation (sorti en 2021), un jeu décrit comme un RPG (jeu de rôle, pas Rocket-Propelled Grenade) stratégique de fantaisie sombre destiné aux adultes avec combats en tour par tour, et dont il reprend le thème.

Hum ? Disciples: Domination, un jeu de fantaisies sombres pour adultes ? Est-ce qu’on ne se serait pas trompé de site là ? Je vous rassure (ou vous déçoit) le jeu est classé PEGI 12. Cela veut dire que les grossièretés doivent rester légères. Oui, c’est le site informatif du Pan European Game Information (PEGI) qui le précise lui-même. Nous nous y astreindrons donc dans cet article, en nous limitant à quelques blagues légères et jeux de mots subtils.

Où sont les nains ?

Pas besoin d’avoir joué au précédent opus pour entamer Disciples: Domination, car une cinématique d’introduction, très bien réalisée, vous fera un résumé de l’épisode précédent. Vous jouez le rôle d’Avyanna, reine de Nevendaar (avec deux a, c’est important), dans sa quête pour endiguer la corruption physique et morale du monde. Vaste programme. Car si dans Disciples: Liberation Avyanna avait su gagner la guerre, en libérant son peuple de l’emprise de dieux malfaisants, elle n’a pas réussi à gagner la paix.

Elle a délaissé son royaume et celui-ci sombre à nouveau sous l’emprise du Maaaaal ! Il va falloir réparer cela, est c’est à vous qu’il incombe de guider les pas de la Reine sur le chemin tortueux de la rédemption. Avyanna va devoir commencer sa quête en s’alliant avec les nains. Problème : ceux-ci ont disparu. Mais qu’est ce qui a bien pu entrainer l’évanouissement des solides petits barbus ? Ce sera à vous de le découvrir.

Jeu thème, moignon plus

Le jeu se déroule sur deux types de cartes différentes. Tout d’abord sur une carte, que l’on pourrait qualifier de stratégique, en vue isométrique, mais pas en 3D, celle-ci ne pouvant pas pivoter et ayant un niveau de zoom très limité. C’est sur cette carte que se déplace votre héroïne pour y faire des rencontres. Car Avyanna aime faire des rencontres. Puis, sur une arène tactique divisée en hexagones où sont résolus les combats en tour par tour.

En effet, il ne faut pas se voiler la face, au cours de cette quête, l’activité principale de la Reine, et celle de ses compagnons, sera de dézinguer du méchant. Oui, Avyanna aime faire des rencontres et punir les forces du Mal ! Si une approche plus pacifique est possible grâce à des écrans de dialogues avec textes et questionnaires à choix multiples, doublés en anglais, les adversaires sont en général assez peu ouverts au dialogue. D’un autre côté s’ils étaient pacifiques le jeu aurait peut-être moins d’intérêt.

Entrez dans l’arène

Lors des combats tactiques on retrouve tous les classiques des jeux de rôle en tour par tour. Les combattants ont des caractéristiques (force, agilité, etc.) et disposent de points de vie (PV) symbolisant leur résistance aux blessures. Si dans certains jeux les développeurs sont chiches quant à leur attribution, dans Disciples: Domination c’est l’inverse. Le plus faible combattant en aura plusieurs centaines. Mais, bien sûr, les dégâts occasionnés par les armes sont proportionnels, la moindre épée causant des dizaines de points de dégâts à chaque coup porté. 

Les personnages ont également des points d’action (PA) afin d’agir (se déplacer, attaquer, activer des pouvoirs spéciaux, etc.). La particularité du jeu vient du fait qu’il existe plusieurs types de points d’action. Des points bleus pour se déplacer, des rouges pour utiliser une compétence, et des jaunes, plus flexibles, pour se déplacer ou utiliser une compétence. De plus, si vous ne dépensez pas tous vos PA durant votre tour, les points restant vous permettrons de soigner automatiquement un pourcentage de vos points de vie (les combattants reprennent ainsi leur souffle).

Enfin, les PA restants confèrent également des bonus suivant leur type (les points bleus non utilisés augmentent l’agilité, les rouges la force, et les jaunes les deux). Ainsi la gestion des PA à chaque tour est très fine et apporte un intérêt tactique indéniable. Il vous faut surveiller les vôtres, mais également ceux de l’adversaire, sachant que les personnages sont activés de manière alternative.

A cela s’ajoute une phase de déploiement initial au début du combat. Placer judicieusement vos combattants par rapport à leurs adversaires sera donc crucial, car, bien sûr chaque personnage a ses propres compétences ou modes d’attaque, que ce soit à distance, au corps à corps ou en offrant des bonus à ses alliés ou en infligeant des malus aux ennemis.

Les combats permettent également de jouer au billard avec les protagonistes. Ouate ?! (comme on dit en anglais). En fait il s’agit de la capacité, qu’ont certains personnages de pousser ou d’attirer à eux les adversaires ou des alliés. Par exemple cela permet de pousser un ennemi vers un obstacle pour lui infliger des dommages. Si l’obstacle est une autre unité, celle-ci subira également des dégâts.

Et pour pimenter tout cela, des événements, tels que des chutes de pierres, des vents glacials ou des tremblements de terre par exemple, peuvent survenir pendant les combats. Tout ceci offre une grande richesse de combinaisons et rend les combats particulièrement variés, ce qui est évidement appréciable, s’agissant justement d’un jeu de rôle tactique.  

Une histoire de cultistes et de quête

Avyanna règne sur le royaume de Nevendaar depuis sa capitale d’Yllian et a trouvé un moyen de réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre liées à ses déplacements. En effet, grâce à un portail magique elle peut se déplacer et retourner instantanément à Yllian (sauf durant les combats) depuis n’importe quel point de la carte stratégique. De même il existe des points de téléportation permettant de revenir à des lieux déjà explorés. C’est ecofriendly et en terme de jeu c’est bien trouvé et très pratique car cela évite d’avoir à retraverser toute la carte une fois une mission remplie.

Par ailleurs une mini-carte de référence montrant votre position fait qu’il est vraiment difficile de se perdre dans le royaume de Nevendaar. Ce système, vous guidant (trop ?) pas à pas, met un peu de côté l’aspect exploration et découverte d’un jeu de rôle, mais en contrepartie il est très convivial et idéal pour les joueurs préférant en découdre plutôt que de errer sans but. Il y a même la possibilité d’afficher une flèche vous indiquant la direction et la distance de l’objectif à atteindre pour remplir chaque mini-quête.

Cela dit, le changement climatique est le moindre des soucis de la Reine, puisqu’une organisation de cultistes fanatiques (pléonasme), nommée La Renaissance, a entrepris de semer la terreur dans tout le royaume, tandis qu’une mystérieuse force corrompt le Mana, ce qui menace de détruire rien de moins que l’univers.

Quand le Mana va tout va !

Pour éviter cela, Avyanna va devoir partir en quête de La Source afin de sauver le Monde. Problème, elle ne sait ni ce qu’est La Source ni où elle se trouve. Notez que si c’était le cas le jeu serait forcément plus facile. Et puis les choses ne sont pas toujours ce qu’elles semblent être. La Reine devra donc enquêter pour démêler un écheveau de conspirations, exposées grâce aux nombreuses scènes de dialogues que compte le jeu.

Pour cette quête, Yllian va devenir la base d’opérations de la Reine. Et comme toute base, dans tout bon jeu tactique celle-ci va pouvoir être améliorée progressivement. Car, oui, Disciples: Domination comporte bien un volet gestion. A Yllian vous pourrez vous livrer à diverses activités comme rencontrer des compagnons, pour qu’ils se joignent à votre quête, ou encore construire des baraquements pour recruter de nouvelles unités de combat pour former votre petite armée, débloquer de nouvelles compétences et améliorer leurs forces pour les batailles à venir.

Pour cela il vous faudra accumuler diverses ressources telles que l’or, le fer, le bois et les essences magiques, en parcourant la carte stratégique et en affrontant les adversaires qui les gardent parfois. Les fans de Heroes of Might and Magic seront familiers de ce genre de mécanismes. Vous disposez également d’une forge pour améliorer vos équipements et d’une place du marché pour vous procurer diverses armes, protections et artéfacts (anneaux, talismans, etc.). Bref, Yllian c’est très cosy et il y a tout à portée de main.

On en a gros !

Votre palais inclus, bien sûr, une salle du trône où plusieurs factions vous demanderont audience. Surtout pour se plaindre en fait. Vous serez donc confronté à diverses doléances qui seront prétextes à des sous-quêtes vous faisant gagner ressources et récompenses et faisant avancer le récit en fonction de vos décisions. Vous aurez affaire à 5 factions différentes (les humains, les démons, les morts-vivants, les elfes et les nains), et s’assurer de leurs bonnes grâces vous permettra de recruter leurs unités pour étoffer vos forces.

Une reine pour les dominer tous

Que serait un jeu de rôle sans possibilité de customiser et de faire évoluer son personnage central ? ‘Ben, ça ne serait pas un jeu de rôle mon bon Monsieur’, répondrait Madame Michu. Et elle aurait raison. Heureusement dans Disciples: Domination ces possibilités existent bien. Vous pouvez ainsi faire d’Avyanna une maitresse de guerre (une guerrière quoi), une souveraine primordiale (capable de dompter les éléments), une régente sacrée (plutôt tournée vers la guérison de ses alliés), ou encore une reine sorcière (maitresse des arts obscurs).

Mais ce choix ne sera pas définitif, car il vous sera possible d’en changer plus tard, grâce à un menu d’arbre de compétences. Oui, les compétences poussent sur les arbres. Vous l’ignoriez ? Plus sérieusement, à l’image des jeux de rôle classiques, au fur et à mesure des combats Avyanna gagnera des points d’expérience qui vous permettront de la faire progresser, de débloquer de nouveaux pouvoirs et de nouveaux types d’attaques. Rien que du classique, mais de l’incontournable pour les fans du levelling. Activité consistant à faire progresser son personnage pour le rendre de plus en plus redoutable. Il en va de même pour les compagnons et les unités qui suivront la Reine dans sa quête.

Une reine sereine ?

La réalisation graphique, conçue sous Unity, est de bonne qualité. Si la vue 3D est absente (vue isométrique seulement) tant les décors que les animations des personnages sont réussis et retranscrivent bien l’ambiance généralement sombre du scénario. Il est cependant un peu étrange que la suite d’un jeu en vue 3D (c’était le cas de Disciples: Liberation) ne le soit pas. Même si cela ne nuit pas à l’attrait de l’aventure on aurait aimé, certaines fois, pourvoir faire pivoter la carte. Le changement de studio de développement (c’étaient les canadiens de Frima Studio qui avaient réalisé le premier opus) n’est probablement pas étranger à cet état de fait.

Les dialogues entre les différents protagonistes sont très nombreux. Le doublage, en anglais ou en français, est bien fait, même si l’on aurait peut-être aimé que la voix d’Avyanna soit plus autoritaires (c’est une reine, après tout). Par contre je vous rassure les nains pratiquent, comme il se doit, la consonne roulée alvéolaire voisée. A noter la très bonne qualité de la traduction française pour ce qui est des textes de l’interface et des dialogues. Bon, vous allez me dire que c’est la moindre des choses, vu que le studio de développement est français. Mais il faut le souligner, car cela n’est pas toujours le cas, même dans des jeux réalisés par des francophones.

On peut également mettre en avant l’excellente bande musicale, avec la participation vocale de la talentueuse artiste Julie Elven qui a officié pour Hollywood (en particulier pour la société du célèbre compositeur Hans Zimmer) et participé à la bande son de nombreux jeux vidéo (dont League of Legends et World of Warcraft). Je n’ai pas trouvé de bug majeur durant le déroulement de la partie, mais par contre un gros au début de celle-ci. En effet,  presque à chaque lancement il est nécessaire de vérifier l’intégralité des fichiers du jeu (grâce au menu propriétés de Steam) sinon il refusera obstinément de se lancer. Ce rituel, lassant, est indispensable pour que le jeu fonctionne.

Tout public ?

Le côté très scénarisé du jeu est intéressant au début, par contre il limite sévèrement la rejouabilité. Disciples: Domination n’est pas, comme peut l’être Wartales, un bac à sable dans lequel vous pouvez écrire votre propre histoire, ici chacun de vos pas est guidé, ce qui peut être un avantage pour les personnes découvrant les jeux de rôles. Mais ce côté linéaire peut finir par lasser les vétérans. De même les dialogues, très nombreux, ont un intérêt lorsque l’on découvre le jeu, mais leur longueur et leur omniprésence fait que l’on a pas trop envie d’y revenir.

Car Disciples: Domination est assurément un jeu conçu pour que les débutants commencent la pratique du jeu de rôle tactique en douceur. Ainsi, par exemple, il est possible de recommencer un combat que l’on a perdu. Des fontaines de soins, permettant à vos unités blessées de récupérer leurs points de vie, sont généralement placées juste à côté du lieu d’un combat. Des fenêtres d’informations très didactiques rendent le système facilement accessible aux novices.

C’est une approche très différente de certains jeux où il est nécessaire de découvrir tout par soit même et qui rend Disciples: Domination très accessible. C’est un peu le paradoxe d’un jeu décrit comme contenant des éléments qui peuvent ne pas convenir à tous les âges (à moins d’avoir été élevé par la Famille Adams), qui s’il avait eu un thème plus choupinou aurait pu plaire et être accessible à toutes les générations.

Conclusion

Au final, Disciples: Domination est un jeu de rôle tactique agréable à jouer, mais qui offre une rejouabilité assez limitée. Idéal pour les débutants grâce à une très bonne accessibilité, il paraitra peut être un peu trop léger et linéaire aux vétérans.

Et cela en dépit de la présence optionnelle de différents niveaux de difficulté, dont l’un d’eux ‘brutal’ (avec des ennemis ayant plus de points de vie et infligeant plus de dégâts, ainsi que la suppression des soins à la fin du tour et à la fin du combat). Disciples: Domination est donc un jeu solide et bien réalisé, même s’il n’atteint pas les sommets d’un Wartales ou d’un Baldur’s Gate, du fait d’une trop grande linéarité.

Genre : Jeu de rôle tactique

Développeur : Artefacts Studio

Editeur : Kalypso Media

Date de sortie: 12 février 2026

Testé sur une version presse fournie par l’éditeur

plasm@n

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