Broken Pieces

Les premières minutes passées sur Broken Pieces, première production du développeur français Elseware Experience, peuvent être trompeuses. L’aliasing étonnamment prononcé pour une XBOX Series X (c’est probablement ce que j’ai vu de pire depuis que j’ai cette machine), la démarche assez raide de notre héroïne et les angles de vue peuvent très rapidement laisser penser que nous sommes face à un clone des anciens Resident Evil tournant sur une ancienne machine.

La suite devrait cependant rapidement et détromper les joueurs. Dans les premiers instants du jeu, nous nous retrouvons avec Élise, qui semble être la seule habitante d’un petit hameau côtier, Saint-Exil, situé sur la côte bretonne, près de Dinan.

Les quelques réflexions énoncées à voix haute alors qu’elle déambule, esseulée, dans ce qui semble être sa maison laissent présager d’un drame récent.

Elles seront également l’occasion de comprendre que le jeu sera, volontairement, très elliptique. La découverte du village de Saint-Exil et de ses alentours seront autant d’occasions d’essayer de reconstituer la trame de l’histoire, Élise se montrant particulièrement réticente à expliquer les événements qui ont pu s’y dérouler et conduire à la disparition des autres habitants.

Pour combler le silence et palier sa solitude, elle pourra puiser du réconfort dans son vieux lecteur de K7 sur lequel elle conserve divers récits oraux et musiques. La découverte rapide d’un coffre lui permettant de stocker ses trouvailles et, notamment, ses munitions confortera l’impression, au moins partielle, d’être dans un simili Resident Evil.

La découverte de la maison, puis des alentours, permettra au joueur de découvrir un aspect assez surprenant du jeu.

Une pression sur la gâchette droite permet, en effet, d’alterner des angles cinématiques qui rappellent très fortement celui que j’ai bien trop souvent cité depuis le début de cette chronique ainsi que le véritable et vénérable ancêtre du genre, Alone in the Dark (oui, j’en suis tout à fait désolé, cher Monsieur Mikami mais cette question ne me semble même pas être pouvoir être débattue) et un angle de vision plus dynamique, placé directement devant Élise.

Le contrôle du personnage est alors modifié automatiquement pour s’accommoder du changement d’angle de vue. Ce changement d’angle, qui permet au joueur d’inspecter à loisir les décors du jeu, s’avère particulièrement bienvenu. D’un clic, probablement accidentel, sur le stick droit, le jeu basculera automatiquement en vision subjective, comme dans un FPS, permettant ainsi d’étudier plus attentivement les alentours. Ce qui suscite une première interrogation.

Pourquoi donc laisser au joueur la possibilité d’étudier à loisir l’ensemble des alentours ? La réponse à cette question surviendra assez rapidement, dès que se présenteront les premières énigmes et les premiers combats. Ce qui semblait, jusque-là, être un énième jeu de survie horrifique s’avère, en réalité, être une sorte de jeu d’aventure certes entrecoupé de scènes de combat.

De fait, l’équilibre du gameplay est en quelque sorte le négatif de Resident Evil (promis, j’arrête de le citer). Les combats, qui sont le cœur du gameplay du jeu de Capcom, semblent servir ici à créer quelques moments de tension dans un jeu plutôt axé sur la découverte et la résolution d’énigmes. Oui, la distinction est subtile mais bien réelle, manette en main.

Profitons de cette épiphanie pour nous pencher un peu sur la réalisation technique de Broken Pieces. Malgré les mouvements quelque peu lunaires de son héroïne, le jeu n’est pas désagréable visuellement avec des décors assez détaillés et des textures plutôt honorables.

Il est néanmoins évident que nous sommes là face à une production assez modeste, ainsi qu’en témoigne l’aliasing particulièrement désagréable déjà évoqué (soit dit en passant, c’est assez surprenant de la part d’une équipe qui a fait ses armes sur des développements VR). Renseignements pris, Elseware Experience ne compte que 5 personnes dans son effectif.

J’aime pô les énigmes

Le fait d’avoir situé l’intrigue en Bretagne est plutôt bienvenu puisqu’il permet de profiter d’une ambiance et de décors qu’on ne retrouve que trop peu dans la production vidéo ludique. L’animation est fluide mais, au regard de ce qui est affiché, on n’en attendait pas moins. Bref, c’est très correct même si j’espère très sincèrement que les développeurs se fendront d’un patch pour améliorer le rendu visuel et réduire ces cochonneries de scintillements.

Rapidement, le jeu distille une atmosphère très particulière, légèrement angoissante et assez mélancolique, et laisse apparaître de ci et là quelques indices quant au sort des habitants de Saint-Exile et, plus particulièrement, de Pierre, l’amoureux d’Elise qui semble s’être volatilisé sans laisser la moindre trace.

N’espérez guère d’explications de la part d’Élise, assez peu portée sur l’introspection et manifestement aussi paumée que vous.

Le destinataire n’habite plus à l’adresse indiquée

Les déambulations d’Élise dans ce village désormais fantôme l’amèneront assez rapidement à visiter la centrale hydraulique locale, l’électricité ayant été coupée, verrouillant de facto un certain nombre de portes donnant accès à autant d’endroits que la curiosité de notre intrépide et solitaire héroïne la pousse à visiter. Oui, moi aussi je trouve cette manie d’utiliser un verrouillage électrique sur toutes les portes et palissades un brin étrange mais ne jugeons pas.

Quant à Élise qui, à l’évidence, brûle de faire dans la violation de domicile et l’intrusion de sites gouvernementaux, il faut bien reconnaître que sa nouvelle marotte permet de contrebalancer une animation locale est un peu lacunaire.

En parlant d’animation, il convient de préciser aux joueurs les plus peureux (mais non, cher lecteur, je ne parle pas de toi mais de notre rédac’ chef) que notre vaillante héroïne (à l’accent très prononcé) devra se mesurer, au cours de cette pérégrination, à des sortes de spectres qui se sont apparemment donné pour mot d’ordre de ne laisser aucun survivant dans le village.

Ouais, vous aussi, ça vous évoque quelque chose ?

Autant le dire tout de suite, les phases de combat, qui ne sont clairement pas l’aspect plus réussi du jeu, évoquent une sorte de Resident Evil 1 (j’ai menti) souffrant d’arthrite. Élise peut viser les ennemis (la base, quoique, avec des spectres, le résultat ne soit pas forcément garanti), esquiver les sacripants qui ont franchi sa ligne (Maginot ?) de tir et envoyer une sorte d’impulsion qui balaye provisoirement les rangs ennemis et lui laisse le temps de souffler et, accessoirement, de recharger son arme ou de changer de munitions.

Après un certain nombre de combats, je comprends mieux la raison pour la présence d’une option permettant de quasiment les supprimer pour profiter de l’intrigue sans stress supplémentaire (mais tu vas la faire, ton esquive, hein, tu vas la faire ?). Entre l’absence de ligne de mire, les impacts pratiquement inexistants et la mollesse des contrôles qui donnent un peu l’impression de se battre sous l’eau, on est plus que pressé de se débarrasser de chaque combat.

Difficile d’en dire plus sur le jeu sans risquer de risquer de divulgâcher (Ah, quel mot magnifique, Monsieur Toubon) l’intrigue et la révélation des faits qui ont abouti à une désertification du patelin encore plus rapide que la moyenne nationale (il y a également le fait que je sois paresseux mais ne disgressons pas).

Au final, qu’avons-nous donc ?

Un jeu d’aventure aux graphismes sympathiques mais clignotants, à l’ambiance un peu surannée et, paradoxalement, exotique (vivement un jeu dans le Pas de Calais), dont l’héroïne n’est pas désagréable et l’intrigue se révèle plutôt engageante. Bref, le bilan est globalement positif.

Je vous invite donc à partir à la découverte de Saint Exile, laquelle pourrait durer plus longtemps que prévu, les développeurs ayant laissé entendre qu’il s’agissait du premier jeu d’une future série.

Évitez juste de vous attarder en soirée. D’autant qu’il faut bien reconnaître que l’ambiance au pub est un peu morne.

Genre : Aventure / Action

Développeur :  Elseware Experience

Editeur : Freedom Games

Date de sortie : 9 septembre 2022

Testé sur une version presse fournie par l’éditeur

Baalim

Vieux joueur, atariste convaincu, collectionneur de trucs bizarres et hétéroclites, geek à ses heures perdues, pratiquement certain de n’avoir rien signé et de ne pas être payé, il se demande encore ce qu’il fait là.