Ace of Spades
Je n’ai jamais joué à Balatro sur PC. Je sais, c’est mal, c’est une super adaptation du poker à la sauce roguelike, tout le monde est accroc, c’est un bijou. Et je suis souvent tenté de me le prendre. Mais je préfère les jeux de cartes en physique, tranquillement installé à ma table de jeu. Alors quand on m’annonce Ace of Spades, une adaptation intelligente du hit de LocalThunk, je n’hésite guère !
Ace of Spades est un jeu de Benjamín Amorín (dont c’est le premier jeu), édité en France par Iello qui se présente sous la forme d’une boîte compacte superbement illustrée et tout de rouge vêtue. C’est un jeu solo qui vous demande de vous débarrasser de monstres de plus en plus puissants jusqu’au boss final. Un pitch très classique qui s’appuie sur quelques twists très malins.

Ace of Spades se joue avec un deck de poker tout ce qu’il y a de plus simple. Pas de deckbuilding, pas vraiment de composante roguelike – dans le sens où vos performances vont avoir un effet sur vos prochaines parties – mais des règles simples et de nombreuses décisions à prendre tout au long de la partie.
Le setup est simple : le jeu étant divisé en 11 chapitres, vous choisirez pour chacun d’entre eux un ennemi parmi quatre disponibles. Ce qui nous fait – je pose 4 je retiens 6 – 79621588,6 un nombre impressionnant de combinaisons différentes et l’assurance de ne jamais faire deux fois le même run.

Chaque ennemi dispose d’un certain nombre de points de vie, qui augmente bien entendu au fur et à mesure que vous grimpez les niveaux, et surtout de pouvoirs dans le cas des Acolytes.
Ces Acolytes sont des mini-boss qu’il va falloir vaincre en respectant une contrainte : impossible de jouer une paire contre eux, impossible de jouer un Roi ou même du carreau… Chacun a ses spécificités et vous donnera plus ou moins de fil à retordre.

Une fois tous les ennemis vaincus, vous arrivez au boss final, qui ressemble étrangement à un gars qui chantait justement Ace of Spades. Mais ça, c’est après de très nombreuses tentatives. Car disons le tout de suite : Ace of Spades n’est pas du tout un jeu facile. Ou alors je suis nul. Ou les deux, allez savoir.
Mais je vous parle de vous débarrasser d’ennemis depuis le début et vous ne savez même pas encore comment. Même si je suis sûr que vous avez déjà votre petite idée, les lecteurs de Dystopeek étant réputés pour leur sagacité. A part ceux qui lisent les tests de Baalim et qui perdent une dizaine de points de santé mentale à chaque fois.

Vous avez deviné : vous infligez des dégâts en jouant des combinaisons de poker. Une paire fera 1 point de dégâts, un brelan 3, un carré 8. Chaque figure jouée dans la combinaison augmente les dégâts de 1, les As de 3. Votre main est toujours composée de 8 cartes et vous devrez à chaque fois en jouer 5. Oui, même si vous ne jouez qu’une paire.
Chaque ennemi a donc des points de vie qu’il faudra amener à zéro en un nombre de coups dépendant du niveau : au début vous n’avez que deux coups, puis trois… Si d’aventure votre main était inexploitable, vous avez – là encore le nombre diffère selon le niveau – la possibilité de défausser quelques cartes pour en piocher autant. De la gestion de main et de deck donc car la défausse n’est remise en jeu qu’après avoir vaincu un Acolyte (ou en utilisant l’action de Recharge).

Je vous parlais en début d’article de twists malins introduits par le jeu : à chaque fois qu’un ennemi est vaincu, vous récupérez sa carte. Dans le cas des ennemis lambdas, cette carte va vous offrir un pouvoir à utiliser une fois par partie : changer vos carreaux en cœurs, piocher gratuitement deux cartes… Des pouvoirs qui peuvent vous sortir de situations difficiles mais qu’il faut utiliser avec parcimonie car limités à une seule utilisation.
Vaincre un Acolyte est bien plus intéressant : en effet, sa carte ira sous votre tableau de bord et vous offrira un effet qui durera toute la partie. A vous les As qui infligent 5 points de dégâts au lieu de 3, des paires 3 fois plus puissantes… Ces pouvoirs peuvent vraiment changer la manière dont vous jouerez certaines mains et s’avèreront indispensables pour vaincre les adversaires les plus puissants.

Ace of Spades repose donc sur des bases simples, jouer des combinaisons de poker, auxquelles il rajoute des mécaniques très intelligentes de montée en puissance. La gestion de la main est primordiale (faut-il garder cette paire en main pour le prochain adversaire ou assurer le coup et espérer piocher mieux par la suite) tout comme l’utilisation des pouvoirs.
Au niveau du matériel, comme vous pouvez le voir c’est d’excellente facture. Les cartes sont très agréables à manipuler – et ne nécessitent pas d’être sleevées -, ce qui est le point le plus important tant elles sont brassées, les cartes d’ennemis sont au format tarot et le tableau de bord, avec ses différents compteurs, récapitule en plus tous les éléments de règle qu’il y a à savoir.

Rajoutez à cela des illustrations superbes avec un thème très fort, des règles très claires et précises et des succès à remplir (histoire de ne pas renier son héritage), le tout dans une boîte au format très compact très pratique à amener en voyage et vous obtenez un jeu solo très facile à sortir sur un bout de table pour des parties acharnées.
Notons qu’il existe un mode coopératif (non testé mais a priori peu enthousiasmant) et qu’une extension, Call of the Zombie, a été annoncée. Et avec tout cela, j’ai oublié de vous donner un détail qui a son importance : le jeu coûte une vingtaine d’Euros. Donc à moins d’être vraiment allergique au poker, je ne vois pas comment Ace of Spades peut ne pas trôner dans votre ludothèque !
Auteur : Benjamín Amorín
Artiste : David Rubín
Editeur : Iello
1 – 2 joueurs
40 à 45 minutes

Auteur : Benjamín Amorín