Iron Danger

L’Humanité a toujours progressé grâce aux grandes idées : la maîtrise du feu, la roue, la tondeuse à barbe, autant de jalons marquants dans notre Histoire qui nous ont permis de mieux appréhender l’avenir. C’est ce que se sont dit les développeurs d’Action Squad Studios quand ils ont accouché de l’idée maîtresse d’Iron Danger. Celle autour de laquelle ils ont articulé leur jeu, en espérant rendre le monde meilleur. C’était sans compter sur quelques détails…

Je serais ravi de vous parler en détail de l’histoire d’Iron Danger, s’il n’y avait pas un léger hic : elle est tellement générique que je me suis endormi à la moitié de la cinématique. Celle-ci raconte l’histoire de notre héroïne, Kipuna, et de Topi, un gros barbu armé d’un marteau, seuls rescapés d’un raid des Northlanders qui, levés du pied gauche ce matin-là, ont décidé de conquérir le monde. N’écoutant que leur courage, nos deux héros sont donc allés à la cour du roi Antheor pour le prévenir du danger et se retrouvent malgré eux embarqués dans une aventure qui les amènera aux quatre coins du monde, à la recherche de mystérieuses Shards.

Car, petit détail à ne pas négliger, Kipuna s’est, pendant l’attaque, comme qui dirait empalée sur une stalagmite magique et, sauvée de justesse par une soigneuse mystérieuse qui passait par là (et qui bien entendu prendra part à l’aventure), se promène maintenant transpercée de part en part par une écharde magique. Voilà, vous pouvez reposer votre camomille agrémentée de gel hydroalcoolique et grimper pour une revue en détail.

Si vous allez sur la fiche Steam d’Iron Danger, vous verrez des termes comme RPG, Steam Punk ou même Chef d’œuvre (tant qu’à faire). Alors oui, mais non. Non, parce qu’on ne peut décemment pas qualifier de jeu de rôles un jeu qui nous laisse de temps en temps choisir une compétence. Le jeu ne propose aucune fiche de personnage, les dialogues sont scriptés, vous n’aurez aucun choix à faire lors de ceux-ci et l’aventure se résume à parcourir des niveaux de taille très modérée en ligne droite, tout en résolvant des énigmes se dressant sur votre chemin.

Amateurs de grandes sagas épiques, passez donc votre chemin, ça n’est pas pour son scénario que l’on joue à Iron Danger. Cela pourrait être pour son monde mélangeant fantasy et une très légère touche de Steam Punk (pour les troupes mécanisées des Northlanders), mais malgré la présence d’une belle carte laissant apparaître un monde riche composé de différentes régions, vous n’en visiterez malheureusement pas grand-chose. Je pourrais essayer de vous faire rêver en parlant de la partie technique très propre mais les graphismes, s’ils sont très mignons dans leur style cartoonesque, ne vont pas vous faire vous relever la nuit.

Plus cet article progresse et plus vous vous demandez quand je vais procéder à la mise à mort de ce pauvre Iron Danger. Preuve qu’à l’instar des mauvais élèves de Mme Harvester, vous ne lisez pas attentivement et manquez des éléments clés. Les développeurs d’Action Squad Studios ont eu une super idée autour de laquelle ils ont articulé leur jeu : la manipulation du temps. Vous connaissez tous les combats tactiques en temps réel avec pause active. Vous choisissez un combattant, lui affectez une action et enlevez la pause pour le regarder aller coller une torgnole au gobelin ciblé. Mais il arrive parfois que, malgré votre talent, votre héros se ramasse trois boules de feu et déclenche six pièges en chemin. C’est ballot, votre héros est tout mourru et vous rechargez une sauvegarde parce qu’il ne faut pas déconnez, vous y teniez à ce tocard. Compatissant face à votre frustration, les développeurs ont pensé que quitte à être mauvais perdant, autant avoir tous les atouts en main pour tricher.

C’est pourquoi Iron Danger divise le temps en battements de cœur (d’une demi-seconde chaque) et propose de pouvoir agir comme bon nous semble sur chacun de ces moments. Vous donnez un coup d’épée au deuxième battement mais prenez un coup d’épée avant de pouvoir porter votre coup ? Pas de souci, rembobinez, changez votre coup en une parade et hop le tour est joué. Cette idée assez géniale donne des combats se transformant en puzzles, où on essaie des combinaisons, où on revient en arrière parce qu’on a vu quelque chose qui serait plus efficace et où on grince des dents parce que c’est très vite le bordel lorsque les affrontements impliquent beaucoup d’adversaires. Il faut constamment jongler entre les deux héros, vérifier le cooldown de leurs pouvoirs, les capacités des ennemis et parfois accepter de foirer son coup.

Les premiers essais sont catastrophiques, on oublie un héros dans un coin, on est à contretemps ou démuni face aux attaques adversaires. Puis on prend ses marques, on met au point des techniques en exploitant les compétences de nos héros, on profite de pouvoir jeter des tonneaux remplis d’huile avant de les exploser avec une boule de feu ou d’utiliser le décor à notre avantage. Nos héros continuent bien de prendre quelques claques mais rien qui ne soit soignable avec des baies, qui semblent être la principale source de nourriture de ce monde.

Alors, cette fabuleuse idée sauve-t-elle un jeu par ailleurs mignon comme tout mais un peu générique ? Si vous aimez les combats tactiques, que vous aimez les casse-têtes et le micro-management, alors oui. Si par contre, en voyant RPG vous imaginez de l’exploration et des quêtes épiques, passez votre chemin. Malgré son côté très original (et excellent) système de combats, Iron Danger reste un jeu dirigiste où aucun choix ne vous sera proposé et où les niveaux sont explorés en une vingtaine de minutes. Il n’y a pas de loot, si ce n’est quelques consommables (nourriture, grenades et autres), pas de gestion d’équipement non plus ou de points de caractéristique à répartir. Tout au plus aurez-vous le loisir d’améliorer une compétence ou d’en acquérir de nouvelles. C’est dommage parce qu’Action Squad Studios avait fait le plus dur en pondant une mécanique sortant Iron Danger du panier.

Iron Danger n’est donc pas un mauvais bougre, loin de là et je suis même bien embêté en lisant que j’ai osé dire du mal de lui. Ses petits niveaux se révèlent idéaux pour de petites sessions, mais il manque quelque peu d’enrobage. Il ne rendra pas le monde meilleur mais il reste cependant tout à fait recommandable si on l’aborde pour ce qu’il est : un jeu d’action aux combats dynamiques et intéressants, que je considère plus comme un coup d’essai avant quelque chose de plus ambitieux. Allez les gars, au boulot, vous venez de démontrer que vous pouvez avoir d’excellentes idées, proposez-nous maintenant une vraie histoire autour et là, le monde n’en sera que meilleur !

Genre : Aventure action

Développeur : Action Squad Studios

Éditeur : Daedalic Entertainment

Date de Parution : 25 mars 2020

Testé sur une version presse fournie par l’éditeur

Harvester

Collectionneur compulsif et un peu trop passionné, accumule jeux et livres en essayant d'entraîner un maximum de gens dans ses vices...

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