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Aggelos 2

L’autre jour, j’expliquais benoîtement à mon rédacteur en chef que j’aimais bien parler des jeux précédents, histoire de meubler un peu et de cacher à mes très chers lecteurs que je n’avais pas encore joué à l’obscur objet vidéoludique que j’étais pourtant censé être en train de tester.

Oui c’est du journalisme total, n’essayez pas de faire la même chose à la maison. Dans le cas d’Aggelos 2, les développeurs m’ont assez salement coupé l’herbe sous le pied avec une cinématique qui raconte tout du premier jeu en une image. Je ne vous cache pas que c’est un peu décevant pour un branleur dans mon genre. Je n’ai donc plus le choix, je vais devoir brancher une manette et… faire mon boulot.

Divine surprise, la manette est directement reconnue. Oui, ça semble être un truc relativement banal sur PC mais c’était un des gros, gros points noirs du premier épisode qu’il fallait bidouiller à grands coups de Xpadder alors même que ce sale petit fourbe proposait un support natif des manettes sur consoles. En même temps, les joueurs auraient eu l’air un peu cons si ça n’avait pas été le cas.

Deuxième bonne surprise, Aggelos 2 se paye le luxe de changer de génération et s’enrichit de quelques couleurs, passant d’un visuel 8 bits très proche de ce que pouvait donner une Master System à une réalisation qui évoque désormais une Megadrive. Parfois un peu épurée mais une machine 16 bits néanmoins. On a beau aimer le rétrogaming, les jolies couleurs et les scrollings, c’est sympa aussi.

Tiens, tiens mais ce crabe m’a l’air un peu familier.

Pour le reste, les amateurs seront en territoire connu puisqu’il ne s’agit ni plus, ni moins qu’un Wonderboy-like. Alors, pour ceux qui l’ignorent, le Wonderboy-like, c’est une une sorte de Metroidvania un peu plus light…. Ou un Zelda 2. Vous n’avez rien compris ? Pas de problème, on va expliciter un petit peu les choses.

Notre personnage, auquel on a rapidement fourgué une quête probablement indispensable pour sauver le monde, se retrouve dans un labyrinthe avec son épée et un paquet d’ennemis mignons à défourailler. Le truc, c’est que son épée ne va pas l’amener très loin et qu’il va lui falloir se dégotter d’autres bidules, comme des ailes, des bottes magiques, un grappin etc. pour progresser dans l’aventure.

Avis à la population : lancer une épée par le bout pointu vers un autre quidam peut passer pour agressif.

Accessoirement, notre héros sans peur ni reproche va devoir dézinguer, en chemin, un paquets de sales bêtes qui, toutes aussi mignonnes et rondouillardes qu’elles soient, n’en restent pas moins hargneuses. Pour progresser dans ce qui va vite se révéler être un labyrinthe, l’Aggelos (cas c’est également le nom de notre personnage) ne va pouvoir compter que sur une Minimap © (une carte donc) qui se révélera progressivement, comme dans tout bon Metroid qui se respecte, au fur et à mesure des salles qui seront découvertes. Si vous avez déjà joué à La Mulana, c’est pareil sauf qu’on y meurt moins souvent et qu’on balance un peu moins sa manette contre l’écran.

Comme à l’accoutumée dans ce genre de jeu, notre petit personnage devra déambuler à travers différentes salles et biomes jusqu’à trouver les objets qui lui permettront, bien souvent, d’améliorer ses capacités, sa barre de vie et d’accéder à des zones qui semblaient jusque-là inaccessibles. Une falaise, un peu haute ? Pas de souci, un grappin débloquera la situation. Une plateforme un peu trop éloignée ? No problemo, on va mettre à profit ces ailes qui permettent – brièvement – de faire du vol stationnaire.

Un coup de magie et les brique rouges apparaissent, un autre et ce sont les bleues qui prennent leur place.

Assez classiquement (ce qui n’est pas toujours une mauvaise choses), les investigations de l’Aggelos lui permettront d’appréhender progressivement le monde qui l’entoure et les différentes régions qui le composent. Bien entendu, chacune d’entre elles cache un boss redoutable, mignon et rondouillard, auquel il faudra apprendre la vie et les bonnes manières pour pouvoir progresser dans l’intrigue.

Manette en main, c’est du tout bon pour l’amateur du genre. Le personnage répond au doigt et à l’oeil et le grand ancien qui a connu Wonder Boy in Monster Land (le deuxième épisode) retrouve ses automatismes, tout en gardant ses rhumatismes. C’est mignon, c’est dynamique, ça bouge bien. Mais d’où vient alors cette sensation, ce léger manque d’émerveillement ?

Hop, un tour sous l’eau et encore une cochonnerie de porte.

Le souci, c’est qu’Aggelos premier du nom était sorti à une époque où les fans de Wonder Boy, la série de Sega et Westone, étaient clairement en manque, la licence ayant connu une longue traversée du désert depuis la sortie de Wonderboy VI sur Megadrive. Lequel n’avait d’ailleurs pas connu les joies d’une sortie européenne avant sa réédition, une décennie plus tard, sur Xbox 360.

Avec ses graphismes très très rétro, proches de ce qu’on trouvait sur la Master System de Sega (et sa némesis clignottante, la NES de Nintendo) et son amour ouvertement exprimé pour la série Wonder Boy, Aggelos comblait un manque chez les fans esseulés du garçon merveilleux ™.

On ne se serait pas déjà croisé quelque part, mon brave ?

L’ennui donc, c’est que le second opus nous arrive quand les fans sont déjà bien rassasiés après un remake sympathiqe du premier jeu (Wonder Boy returns en 2016), l’excellent Monster Boy and the Cursed Kingdom (2018), deux remakes plus ou moins bons de Wonder Boy : The Dragon’s Trap (excellente réalisation des Français de Lizardcube en 2017) et de Wonder Boy VI (bien plus laborieuse adaptation des aventures d’Asha en 2021), et deux compilations dédiées à la série en 2022 (Collection et Anniversary collection). Il y a un type qui en parle ici mais je crains qu’il ne raconte un peu n’importe quoi dans cet article, ou celui-ci, voire celui-là.

Autant dire que ce nouveau jeu arrive dans un secteur nettement plus encombré qu’à l’époque alors que sa réalisation n’a pas tant évoluée depuis le premier opus. Même s’il reste mignon, Aggelos 2 fait tout de même, techniquement, un peu peine à voir à côté du magnifique Monster Boy and the Cursed Kingdom, sorti il y a déjà des années de cela. Bien entendu, ça ne suffit pas à le disqualifier, d’autant qu’il présente un certain nombre d’aspects intéressants, mais il est évident que l’attente des joueurs sera nécessairement bien moindre cette fois-ci.

C’est marrant, cette caverne me rappelle quelque chose…

Développé comme son grand frère sur le moteur Clickteam Fusion (cette fois la version 2.5), le jeu exsude un parfum très old school avec des décors colorés, de très gros pixels, des sprites mignons et expressifs et quelques scrollings différentiels (ça fait bizarre d’écrire ça à une époque où on débat de l’apport du DLSS 5). Aggelos 2 reste très agréable à jouer pour les amateurs de retrogaming mais il est vraisemblable que la présentation risque de laisser plus d’un jeune joueur sur le carreau. Cela dit, ce n’est probablement pas le cœur de cible que vise le développeur WONDERBOY BOBI (vous ne l’aviez pas vue venir, celle-là, hein ?).

Contrairement à Wonder Boy qui était parfois généreux avec votre barre de vie et qui balançait des quarts de cœur ou des cœurs entiers (l’unité de mesure) lorsque vous abattiez certains adversaires, Aggelos 2 est, quant à lui, bien plus chiche et il faudra bien souvent ne compter que sur la potion de vie qu’on trimballe, et qu’il est possible de recharger contre espèces sonnantes et trébuchantes en passant près de certains autels.

On pourrait presque jouer au jeu des ressemblances avec qui vous savez

Si les ressemblances n’étaient pas suffisamment marquées, le jeu propose, tout comme Wonder Boy, des téléporteurs qui vous baladeront d’un endroit à l’autre de la carte (sous réserve de les avoir préalablement découverts), une sempiternelle potion de vie, une barre de vie composée d’autant de cœurs que vous aurez trouvé d’items et, bien évidemment, des armes secondaires disponibles en quantité limitée. Oui, on est à la limite du fangame. On retrouvera d’ailleurs les serpents et les chauves-souris bien connus des amateurs de la série dans des versions pratiquement identiques.

Bref, c’est une lettre d’amour à la série de Westone et au genre du metroidvania. Et d’ailleurs, en parlant de metroidvania, le jeu ne réinvente clairement pas la roue en se contentant de proposer ce qui se fait traditionnellement dans le genre depuis le début des années 90, mais il a au moins le bon goût de le faire bien. Tout ceci est vu et revu mais une fois le jeu sous les yeux et la manette en main, impossible de ne pas retrouver ses automatismes et son envie de progresser dans l’aventure

Je ne vous cache pas que ça risque de mal se passer dans les prochaines minutes.

Les pouvoirs sont variés et permettent à chaque fois d’accéder à d’anciennes zones qui étaient alors hors de portée de notre héros, ce qui pousse régulièrement à l’exploration pour voir quelle salle n’a pas encore été exploitée comme elle l’aurait dû. Du côté des points négatifs justement, on retrouve cette carte assez peu lisible et non zoomable qui pourra parfois décourager lorsqu’on cherche désespérément à revenir sur ses pas ou à trouver la salle encore inexplorée qu’on a loupé lors des précédents passages.

Bien évidemment et à l’image de ce qui se fait un peu partout ailleurs dans le même style, vous serez régulièrement bloqué par des -saletés de- portes et autres obstacles qu’il conviendra de contourner pour poursuivre l’exploration jusqu’au traditionnel boss qui vous attendra dans chacun des segments du jeu et qui sera moyennement ravi de vous voir débouler avec vos pieds tout crasseux dans son salon.

Les joueurs qui n’auront peur ni de tourner en rond, ni des graphismes rétro, devraient trouver en Aggelos 2 un bon divertissement bien réalisé et bien pensé. Certes, l’effet de nouveauté dont avait bénéficié le premier jeu est cette fois bien émoussé, mais la qualité de cet Aggelos 2 compense cette perte relative de fraîcheur. J’imagine qu’en fin 2026, il y a de l’espace pour d’autres jeux, genres et publics que GTA VI et ses cohortes de fans. Pour peu que les sentiers un peu moins balisés du jeu indé ne vous effraient pas, Aggelos 2 et son monde de pixels mignons vous ouvrent les bras.

Genre : Wonderboy-like

Développeur : WONDERBOY BOBI

Editeur : PQube, PixelHeart

Date de sortie : 27 août 2026

Testé sur une version presse fournie par l’éditeur

Baalim

Vieux joueur, atariste convaincu, collectionneur de trucs bizarres et hétéroclites, geek à ses heures perdues, pratiquement certain de n’avoir rien signé et de ne pas être payé, il se demande encore ce qu’il fait là.

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