Early Access: Last Drop
Hey, ça te dirait de tester un GTA fauché développé par 3 étudiants sur leur temps libre depuis 2020, disponible en early access, qui se passe dans la Finlande des années 90 et dans lequel tu joues le rôle d’un poivrot quadragénaire ?
Bien évidemment, je me suis porté immédiatement volontaire dans l’échange, sachant qu’il y avait de grandes chances d’avoir affaire à un immense fiasco ou à une bonne surprise sortie de nulle part. À ce stade, la cote chez les bookmakers était de 50/50.
En lançant le jeu et en tombant sur des menus tout droit sortis d’un jeu itch.io, la cote s’est subitement écroulée en faveur du fiasco.
Et au lancement du jeu, à peu près rien ne va, entre le changelog qui prend tout l’écran, et l’intro qui ne veut pas être zappée quel que soit le bouton sur lequel on appuie, alors que le jeu indique très clairement qu’on peut la passer en appuyant sur la touche 8. Manifestement, les claviers finlandais ont une autre touche 8 que la mienne.

C’est donc reparti pour deux minutes d’intro avec en fond sonore une musique qui aurait pu sortir du plus lourd de tous les albums d’Amorphis. Soyons clairs, c’était un peu chiant la première fois, c’est pire la deuxième. À noter que le jeu vous permet quand même de mettre en pause et d’afficher les touches de raccourci avec un fond sonore qui ressemble de manière très, très suspecte à une musique de Final Fantasy. Non, il n’y a pas à dire, ça commence assez fort.
Une fois l’intro passée et le survol de toute la ville effectué (dois-je préciser que c’était long ?), nous avons enfin l’immense honneur de prendre le contrôle de notre charmant héros, quadragénaire à moitié chauve et, surtout, complètement défoncé, qui semble être en train de sortir d’un des plus beaux HLM locaux.

Il n’y a pas à dire, c’est beau quand les jeux vidéo nous permettent de nous évader et de rêver un peu. En même temps, on nous avait prévenus lors de l’intro qu’il s’agissait d’un jeu basé sur une histoire vraie. Je sens que le temps va être long, très long, d’ici la sortie de GTA 6.
Bon, bien évidemment, le jeu déconne complètement avec la manette… tant qu’on ne passe pas le clavier en anglais.

Ma première mission va consister à réussir à me lever et à retrouver mes affaires, à savoir le portefeuille, le permis de conduire et, bien évidemment, la clé de la maison que j’ai eu la bonne idée de paumer.
Vous noterez qu’à ce stade, le jeu n’a pas jugé bon de me donner le moindre indice sur l’endroit où j’aurais pu égarer mes précieuses possessions terrestres. Je sors donc comme un abruti visiter les alentours, histoire de voir si, par le plus grand des hasards, un bon Samaritain aurait eu la bonne idée de les poser à l’entrée de l’immeuble. Bien évidemment, c’est une terrible déception, mais je soupçonne que ça ne sera pas la dernière.

Un coup d’œil aux alentours me permet de trouver ma voiture : c’est facile, c’est la grosse épave la plus dégueulasse qui trône sur le parking. Comme vous pouvez vous en douter, le véhicule est cassé. Adieu la conduite sans permis. Et comme j’ai cru à tort que j’étais dans un GTA, j’ai bien essayé de voler une des voitures aux alentours, mais on m’a gentiment répondu qu’il me fallait du matériel pour ça. J’adore le roleplay. Si, si, vraiment.
Croyez-le ou non, mais le seul véhicule qui me semblait à portée de main, à savoir le vélo, s’est révélé être à retaper avant toute utilisation. Quel est le con qui laisse un vélo avec les pneus à plat dans un jeu vidéo ? Je vous le dis comme je le pense, mais je commence à soupçonner que ce jeu veut ma mort.

En fouillant, je trouve une carte fort joliment dessinée au Bic bleu qui indique l’emplacement de la bibliothèque. Ça paraît un peu suspect vu la dégaine du personnage, mais il n’est pas invraisemblable qu’il s’agisse du premier indice. Allons donc cheminer par monts et par vaux en direction de cette destination exotique.
Alors, comme ça, vous étiez fâchés avec les open worlds d’Ubisoft qui truffaient chaque coin de la carte d’un point d’intérêt ? Eh bien, vous allez être servis : vous voulez un journal de quêtes ? Il n’y en a pas. Vous voulez une minimap ? Il n’y en a pas. Vous voulez une boussole ? Ben, y’en a toujours pas. Vous voulez une aide qui trace le chemin à suivre en cas de difficulté ? Mais vous n’y pensez pas, mon bon !

Et je ne parle même pas des PNJ qui ne daignent pas admettre votre existence et qui se baladent comme les pires zombies sortis d’une version alpha PlayStation de Cyberpunk 2077.
Sur mon trajet, c’est le festival de Nottingham du bug, avec du clipping, des objets qui apparaissent et qui tremblent dans tous les sens, des problèmes de textures, des chutes de framerate. Non, n’en jetez plus, vous m’avez convaincu que je ne joue pas à GTA VI (ni même à Vice City d’ailleurs, mais c’est une autre histoire).

À ce stade, et après avoir croisé un passant texturé un peu n’importe comment (à moins qu’il s’agisse de la mode locale de la Finlande du début des années 90) et une porte qui semble être en lévitation, je dois bien vous avouer que je commence à douter sérieusement de ma capacité de résistance face à ce jeu.
Et, après plusieurs tentatives de lancement du jeu, je dois reconnaître que je me suis trouvé quelque peu découragé après avoir erré en vain dans mon quartier, perdu de vue mon appart (après 3 heures de jeu, je ne l’ai toujours pas revu), et trouvé un garagiste qui m’a rappelé aux dures réalités de la vie (non mais allô, t’as pas de thunes et tu veux réparer ta voiture ?).

Bref, l’univers de Last Drop est terriblement hermétique et si peu amical avec le joueur qu’il est, de prime abord, difficile de lui donner réellement sa chance.
Heureusement, en allant consulter un guide de la communauté sur Steam (on ne remerciera jamais assez les joueurs bénévoles qui font de Steam une boutique aussi indispensable), j’ai fini par intégrer quelques-uns des mécanismes du jeu et, soudain, la lumière fut !

Au fur et à mesure de mes pérégrinations, j’ai ainsi pu tabasser des clochards, fracasser les coffres des voitures pour voler des jus de fruits et des bières, chaparder un sac à dos de collégienne qui traînait (le sac, hein !), emprunter des autoradios pour une durée indéterminée, défier des racailles qui zonaient en bas des immeubles et qui m’ont dérouillé sévèrement, voler un tracteur, faire des tractions à la salle de gym locale, apprendre à réparer ma bagnole en lisant un bouquin à la bibliothèque, fuir la police en courant comme un âne, etc.
Bref, j’étais toujours un loser alcoolo, mais j’étais enfin pleinement accompli. Et soudain, le jeu commençait à vaguement prendre sens. Les mécaniques absurdes de gameplay finissaient par devenir presque compréhensibles (ok, on sauvegarde dans une cabine téléphonique ; ok, on fait passer le temps sur un banc ; ok, on tombe comme une merde quand on saute). Bon, pas les cartes, faut pas déconner non plus.

Épiphanie qui ne m’empêche pas de regarder aujourd’hui d’un air vaguement dubitatif la bande-annonce de Last Drop et les quelques commentaires positifs qu’il recueille sur Steam. Parce que, personnellement, l’intrigue et ces personnages non joueurs qui vous accompagnent et qui échangent avec vous, eh bien, je ne les ai jamais vus. À part l’alcoolo qui réclame une bière à grands cris, il est vrai.
Alors certes, je suis bien conscient qu’il s’agit à ce stade d’un jeu indépendant ET en accès anticipé, mais il va falloir abattre un sérieux boulot, notamment en matière d’explication des mécaniques de gameplay, pour réussir à rendre ce Last Drop un peu plus accueillant et attrayant.

Dans son état actuel, je ne vois pas trop qui il pourrait convaincre en dehors d’une poignée de Finlandais nostalgiques et de streameurs Twitch en recherche de séquences comiques à peu de frais. On sent qu’il y a un vrai jeu derrière tout ce bordel, mais encore faudra-t-il réussir à le déterrer.
Je vous suggère donc d’être patient en attendant ce jour béni où ce Last drop, qui reste un des jeux les plus magnifiquement pétés de ces derniers mois, va fini par ressembler à un vrai jeu et pas à un simple bac à sable un peu fauché. Si vous êtes malgré tout assez maso (comme moi), je vous suggère de jeter un oeil ici ou là.
Genre : Sandbox open world
Développeur : Lohkare Games Oy
Éditeur : Lohkare Games Oy
Date de sortie : 18 août 2026
Testé sur une version presse fournie par l’éditeur

Genre : Sandbox open world