Castelnuovo 1539
Financé sur Kickstarter en Juillet 2025, Castelnuovo 1539 – sous-titré Come whenever you dare! – est un jeu de Francisco Ronco édité par Draco Ideas, dans lequel deux joueurs vont s’affronter lors du siège par les Ottomans du village monténégrin de Castelnuovo, alors tenu par les Espagnols. Ces derniers l’avaient conquis l’année précédente et avaient laissé une garnison de 3500 hommes, qui allaient faire face à une force de plus de 50000 hommes. Sans espoir de vaincre, les Espagnols allaient alors tenter d’emporter dans la mort le plus de Turcs possible. Un dimanche après-midi somme toute classique pour un Grognard !
Si Castelnuovo 1539 est idéalement un jeu à deux, sachez qu’il est possible d’y jouer en solo grâce à la présence d’un bot qui n’est pas très difficile à gérer et qui apporte un challenge intéressant. Mais bien évidemment, il est beaucoup plus intéressant de jouer contre un adversaire de chair et de poils, en le regardant bien dans les yeux quand vous commencerez à exterminer ses troupes.

Parce que les conditions de victoire de Castelnuovo 1539 sont très simples : les Ottomans doivent soit massacrer tous les Espagnols, histoire de se venger de la capture et l’asservissement des habitants l’automne précédent, soit prendre les 3 points forts de la ville. Les Espagnols, quant à eux, doivent tout simplement infliger 12 pertes à leur adversaire. Pas survivre, pas fuir, juste faire un maximum de dégâts avant de passer l’arme à gauche. Il n’y a pas de nombre de tours maximum, le jeu continue jusqu’à ce qu’une condition de victoire soit remplie…
Des objectifs clairs qui annoncent la couleur : dans Castelnuovo 1539 il faut que ça saigne et l’auteur a tout fait pour que cela se produise. Cela commence par la séquence de jeu : chaque joueur a une main qu’il renouvellera à la fin du tour de chacun des joueurs. Inutile donc de s’accrocher à ses cartes pour les économiser (sauf en de rares occasion), il faut les utiliser le plus souvent possible pour faire le plus mal possible à l’autre. C’est brutal !

A son tour, le joueur va donc jouer des cartes de sa main, autant qu’il veut, ou se reposer pour défausser et piocher autant de cartes qu’il veut. Les cartes sont divisées en plusieurs catégories : action, réaction, ordre (une action jouer pendant les tours de siège), combat ou événement. Elles sont bien évidemment utilisées dans des conditions différentes et permettent de déplacer des troupes, attaquer, contre-attaquer, faire des tirs d’enfilade… Chaque camp dispose de son propre deck de 36 cartes qui reviendront une fois la pioche épuisée.
Un card driven game donc, joué sur une carte divisée en zones où les unités sont des blocs : janissaires, Azab (l’infanterie de base ottomane), arquebusiers, cavalerie et autres piquiers. L’artillerie est représentée par les flottes ou par de jolis petits canons en bois, tout comme les murs, bastions et tranchées. Regardez les photos, c’est superbe, Castelnuovo 1539 a vraiment une belle présence sur la table et il doit attirer les regards en convention.

Des blocs, des cartes et de belles zones où le relief joue sur l’efficacité de l’artillerie. Si votre intérêt n’est pas encore éveillé, passons à une particularité du jeu. Le joueur ottoman décide en effet à la fin de chaque tour de quel type sera le suivant : siège ou assaut. Les tours de siège permettent de construire des tranchées, faire venir de l’artillerie ou déplacer les unités de 4 points de mouvement, au lieu des 2 en phase d’assaut.
C’est la posture idéale pour l’Ottoman pour planifier ses assauts et préparer ses troupes. Il va placer son artillerie, positionner ses troupes avant de déclencher un tour d’assaut. Bémol : la main est limitée à 4 cartes, ce qui est très peu. La solution est de basculer en mode assaut, pour la faire grimper à 7 cartes. Idéal pour enchaîner les actions offensives, ce mode est celui des combats. Mais il vient à un prix : impossible de construire de nouvelles tranchées pour protéger les troupes et surtout, à chaque fois que le joueur Ottoman déclare un tour d’assaut, le marqueur des pertes est avancé d’une case.

Plus il sera belliqueux, plus il aidera son adversaire donc. Il faut trouver le juste milieu entre siège et assaut, entre rognage méticuleux des défenses et assauts sanglants pour conquérir le terrain. Et je ne parle pas des défenses en l’air : tant que les bastions et autres murs espagnols ne sont pas détruits, impossible de monter à l’assaut. Mais le nombre de cartes de bombardement étant limité, il va falloir être patient et surtout cela va laisser des opportunités à l’Espagnol de faire des sorties.
Il faut dire que ce dernier a un grand avantage : ses arquebusiers. En effet, dans Castelnuovo 1539 les combats sont résolus de manière séquentielle. Les joueurs jouent – s’ils le veulent – des cartes de combat qui sont résolues, puis les unités vont jouer dans un certain ordre, avec application immédiate des dégâts : en premier les piquiers s’il y a de la cavalerie en face et que le combat est en plaine, puis la cavalerie si le combat est en plaine et qu’il n’y a pas de piquiers en face, ensuite les arquebusiers, puis l’infanterie – tout en même temps, ce qui inclut les piquiers s’il n’y a pas de cavalerie en face – puis la cavalerie s’il y a des piquiers.

Comme les cavaliers sont assez peu nombreux par rapport aux autres troupes, les arquebusiers vont donc presque tout le temps tirer en premier. Chaque unité lance un nombre de dés égal à sa force et chaque 5 ou 6 est un succès qui inflige un pas de perte, distribué par le défenseur.
Les arquebusiers, en plus de cet avantage d’initiative, ont de plus un +1 au combat. De quoi en faire de redoutables machines à hacher l’infanterie ottomane. Qui a heureusement pour elle une force maximale supérieure (4 pas alors que les Espagnols sont limités à 3) et surtout qui reviendra à la fin de chaque tour, janissaires mis à part.

En effet, pour symboliser le surnombre ottoman sans noyer le plateau sous les troupes, l’auteur permet le renouvellement continu de l’infanterie ottomane alors que les pertes espagnoles sont définitives. Souvenez-vous, 3500 contre 50000…
Mais pas question pour autant d’envoyer des vagues d’assaut en continu pour le Turc car chaque unité perdue fait avancer le compteur de pertes ! Il faut donc faire tourner et renvoyer les unités affaiblies à l’arrière pour les remettre à plein potentiel.

Castelnuovo 1539 est un jeu au rythme intense car même si au premier abord on pourrait penser que l’Espagnol n’a qu’à attendre d’être mis à mort, il n’en est rien. Il a en effet toutes les cartes en main (pun intended) pour faire très mal à son adversaire, avec des très nombreuses contre-attaques possibles et des troupes dévastatrices. Il lui faudra par contre faire très attention à ne pas les exposer inutilement ou, s’il n’a d’autre choix, de les sacrifier en faisant un maximum de dégâts.
Heureusement pour lui, l’Espagnol a dans son deck deux cartes Camisado très utiles : jouables pendant les tours de siège, elles symbolisent les attaques nocturnes dont les Espagnols étaient friands. Les unités visées encaissent les dégâts au choix de l’attaquant, ce qui permet de cibler les unités affaiblies au lieu de laisser le défenseur ventiler les dégâts. Des cartes très utiles donc qui ne déséquilibrent heureusement pas pour autant le jeu, car le Turc aura tout de même la possibilité de contre-attaquer.

C’est d’ailleurs libérateur pour l’Espagnol de savoir qu’il ne pourra pas s’en sortir. Il ne lui reste plus qu’à laisser libre cours à son agressivité et à maximiser les dégâts infligés. L’Ottoman, quant à lui, devra prendre son temps pour anéantir son adversaire avec le moins de pertes possibles tout en n’hésitant pas à sacrifier son infanterie s’il voit que le jeu en vaut la chandelle.
Le fait de ne pas avoir un nombre limité de tours ou de pouvoir (et devoir !) écluser les decks au moins une fois offre un challenge différent des jeux habituels de siège : l’attaquant n’est plus pris à la gorge par la limite de temps et le défenseur ne peut pas se permettre de bétonner en attendant d’être sauvé. Il faut attaquer, bombarder, contre-attaquer et repérer la moindre faille pour faire mal à l’autre. En ça, Castelnuovo 1539 représente à merveille ce siège brutal qui s’est fini par l’asservissement des quelques dizaines de survivants.

Avec Castelnuovo 1539 , Francisco Ronco réussit à merveille son pari de nous offrir un jeu accessible et intense. Les attaques et contre-attaques se succèdent sans pause, les morts s’accumulent de chaque côté et les decks s’épuisent à une vitesse folle. La production est quant à elle superbe : composants d’excellente facture, plateau en dur superbement illustré, blocs bien épais, cartes agréables à prendre en main et aides de jeu clairs et précis.
Le livret de règles est abondamment illustré et d’une grande clarté et il y a même un insert pour tout ranger proprement. Le tout pour une cinquantaine d’euros ! Draco Ideas pourrait donner des leçons a beaucoup d’éditeurs de wargames… Chapeaux bas messieurs, vous offrez aux amateurs comme aux débutants un jeu d’une grande qualité !
Auteur : Francisco Ronco
Artistes : Yolanda Alcaine, Paco Arenas etMatias Cazorla
Editeur : Draco Ideas
1 – 2 joueurs
60 à 90 minutes
Testé sur une version presse fournie par l’éditeur

Auteur : Francisco Ronco