Truxton Extreme
Les feuilles mortes ont pratiquement fini de tomber et l’hiver se profile. Nous sommes en 1989 et vous êtes encore jeune. Sega s’apprête à lancer la Megadrive en Europe, successeur d’une Master System qui n’a jamais réellement réussi à lutter contre la Nintendo Entertainment System du tout petit artisan du jeu vidéo.
Cette fois, Sega a sorti l’artillerie lourde et a une longueur d’avance sur son concurrent, dont la future Super Nintendo ne devrait sortir que des mois, voire des années plus tard (la Megadrive est effectivement sortie au Japon en fin d’année 88, puis aux USA sous le nom de Genesis, avant d’arriver en France à l’automne 1990).
Vous arrivez chez vous et vous déballez fébrilement cette Megadrive import que vous avez réussi à vous faire offrir et que vous êtes parti chercher dans une boutique du boulevard de la République en évitant de vous faire racketter à la sortie. Vu le prix de la machine et des jeux, sans compter la taxe République, vous avez dû faire un choix particulièrement dur pour le line-up de départ. Comme vous êtes un peu bizarre et pas comme tout le monde, vous n’avez pas opté pour Sonic le hérisson chelou, mais pour un obscur jeu de tir dans l’espace dénommé Truxton (ou plutôt Tatsujin comme l’indique sa magnifique pochette japonaise).
Édité par Sega et venu tout droit des salles d’arcade, vous ignorez encore que Truxton et ses développeurs de chez Toaplan vont bientôt entrer dans la légende du shmup (oui, parfaitement, ça existe). On retrouve dans ce jeu de tir à défilement vertical les classiques du genre avec les armadas d’ennemis qui déboulent d’un peu partout sur l’écran (mais essentiellement d’en haut) pour vous faire la peau, l’attirail d’armes améliorables et les bombes qui rasent tout sur l’écran qu’il faut récupérer en slalomant entre les tirs ennemis.

Bref, ce n’est pas tant sur le fond que sur la forme que Truxton va marquer les esprits. Et la forme va effectivement vous en mettre plein les mirettes avec des sprites imposants, des tirs dans tous les sens, un moteur 2D particulièrement robuste et des boss particulièrement massifs qui n’auront d’autre obsession que de vous éclater la tête façon puzzle.
Il faudra attendre quelques années avant qu’une suite, sobrement intitulée Truxton 2 (c’est qu’on est original dans le jeu vidéo), n’arrive dans les salles d’arcade. L’époque ayant quelque peu changé, le jeu n’aura cette fois pas droit à une conversion sur consoles de salon malgré ses qualités évidentes.

Et après ça ? Eh bien, après ça, plus rien jusqu’à la lointaine année 2026 où débarque soudainement ce Truxton Extreme, réalisé par une certaine Tatsujin Co. Ltd et édité par THQ Nordic Japan. Alors, l’ancien jeune devenu vieux que vous êtes se pose logiquement la question : que peut donc valoir une suite de Truxton/Tatsujin près de 38 ans après la sortie du premier opus ? Si vous êtes là pour savoir si c’est un jeu de… Humm, je sens que la formulation pourrait être mal perçue. Néanmoins, vous êtes au bon endroit.
Au niveau du gameplay, ce nouveau Truxton propose plusieurs mécaniques nouvelles comme la possibilité de régler la vitesse de son vaisseau de 1 à 4 ou de concentrer brièvement son tir en un super tir après avoir augmenté une charge en détruisant les différents ennemis. De la même manière, l’ancien shoot’em up à scrolling vertical se présente désormais au format 16/9, même si le déroulement reste vertical et qu’il est possible, comme dans les antiques Tiger-Heli ou Raiden, de déborder à droite et à gauche de l’écran.

En effet, chaque ennemi abattu fait grimper une jauge située en haut à gauche de l’écran qui permettra, en utilisant la gâchette droite, de déclencher un super tir particulièrement efficace contre les ennemis les plus robustes. À noter également pour les fans de scoring que c’est ce tir concentré qui permettra de débloquer de nombreux points bonus, de telle sorte qu’il est nécessaire de s’en servir régulièrement pour espérer s’incruster en haut du classement.
La mécanique change clairement la manière de jouer, même si Truxton Extreme a conservé la possibilité d’opter pour différentes armes améliorables comme pour les précédents opus. Ainsi, les caisses rouges permettront d’opter pour un tir à dispersion large, tandis que les caisses bleues vous donneront accès à un tir à tête chercheuse, les vertes à un laser massif et les violettes à un tir multidirectionnel avec explosion de quelques secondes. Ma préférence va bien naturellement vers le tir à tête chercheuse, parfait pour les vraies buses du shoot’em up, même si le laser violet fait des poum poum très mignons. Truc amusant, votre vaisseau prend la couleur de l’armement utilisé.

Visuellement — et je trouve ça un peu dommage —, la série a désormais troqué la 2D en gros pixels pour une 3D qui me semble nettement plus générique, même si elle permet des effets de perspective qui étaient impossibles dans les anciens Truxton.
Par charité, je ne parlerai pas des musiques (qui sont pourtant l’œuvre du compositeur original Masahiro Yuge) que j’ai trouvées assez oubliables, voire mauvaises (la musique du premier stage notamment me semble assez médiocre malgré quelques passages plus réussis), alors qu’il s’agit tout de même d’une des forces du premier Tatsujin / Truxton. Notons toutefois qu’il semblerait que je fasse partie d’une minorité de joueurs.

Du côté des petites nouveautés, le jeu propose un tutoriel qui n’a pas un intérêt démentiel ainsi qu’un nouveau mode qui permet de ne pas mourir au premier tir ennemi reçu en pleine poire, ce qui est idéal pour commencer doucement et qui nous change agréablement de trucs diaboliques comme R-Type 3 qui m’a fait pleurer des larmes de sang. Notez d’ailleurs que le jeu est relativement permissif puisque vous ne perdrez pas tout votre équipement en succombant à l’ennemi, mais que celui-ci diminuera à chaque nouvelle mort.
On retrouve également un mode histoire raconté à coups de pages de comics (et pas de manga comme on aurait pu le supposer), plutôt raccord avec l’époque actuelle et manifestement conçu pour donner l’impression d’une plus grande durée de vie, mais qui semble un peu déplacé dans un shmup. Bien évidemment, le jeu est jouable à deux, auquel cas les deux joueurs se partagent les bombes disponibles. Et vous ne serez pas de trop pour venir à bout des 6 longs niveaux qui composent le jeu.

J’imagine qu’il aurait été peu raisonnable de proposer au public de 2026 un jeu réalisé à l’ancienne comme l’ont brillamment fait les gens de Digital Eclipse pour la récente compil’ Gradius et Salamander de Konami (profitez-en, c’est bien une des seules fois où je complimenterai ce qui est devenu Konami).
Heureusement, le gameplay à l’ancienne et les bombes massives en forme de tête de mort, qui sont l’emblème de la série, répondent bien présents dans cette version de 2026 et permettent de retrouver un shoot’em up nerveux et à l’ancienne (comprendre : pré-manic shooter ou bullet hell popularisés par Cave, dont les membres sont justement… d’anciens transfuges de Toaplan).
J’aurais bien une petite critique sur le fait que certains adversaires ont un peu tendance à vous tirer dessus avant même d’apparaître à l’écran, ce qui rend parfois le jeu un peu difficile à lire, mais globalement, tout est parfaitement huilé. Testé sur la démo Switch 2 et sur Playstation 5, les versions se sont révélées très proches, la Switch 2 ayant juste un peu plus de mal dans les passages les plus chargés en tirs, explosions et ennemis.
En résumé, si Truxton Extreme millésime 2026 n’éblouit pas, il ne démérite pas pour autant et mérite largement une place dans la ludothèque des amateurs de shoot’em up. Et c’est déjà tellement un miracle de voir la série connaître une résurrection près de 40 ans après le premier jeu qu’il serait bien dommage de ne pas répondre à l’appel aux armes de la Tatsujin Co. Ltd.
Genre : Shoot ’em up
Développeur : Tatsujin
Editeur : Clear River Games
Date de sortie : 30 juillet 2026
Testé sur une version presse fournie par l’éditeur

Genre : Shoot ’em up