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The Last Ninja Collection

Il y a encore une semaine, on m’aurait posé la question de savoir si le retrogaming avait réellement une limite, j’aurais franchement hésité à répondre et j’aurais, très vraisemblablement, louvoyé en expliquant que cette question restait très rhétorique et que la réponse varierait invariablement selon que l’on tienne compte de la sensibilité des uns et des autres. En clair, j’aurais noyé le poisson.

La compilation Atari 50 The Anniversary Celebration m’avait bien donné un début de réponse, tant le soin apporté à cette production signée Digital Eclipse bourrée de documents d’archive et la nostalgie qui exsudait littéralement de certaines illustrations d’époque contrebalançaient le gameplay archaïque et les graphismes préhistoriques des jeux célébrés.

Tout ceci reste l’alpha du jeu vidéo mais ça commence sérieusement à ployer sous le fardeau des décennies. Cette compilation avait plus vocation à entretenir le culte autour de la célèbre marque américaine et les tous débuts de l’arcade et du home entertainment que de faire réellement découvrir aux plus jeunes les jeux les plus mythiques de l’époque.

Et à juste raison, tant j’imagine difficilement un ado des années 2020 s’extasier sur le gameplay raffiné d’un Pitfall ou d’un Combat. Aujourd’hui, la réponse à cette question en apparence purement rhétorique m’apparaît dans sa plus brutale évidence après avoir lancé la compilation The Last Ninja éditée par System 3.

Non, vous ne pouvez pas sauter sur ces rochers sans mourir.

The Last Ninja ? Ça ne vous parle vraiment pas ? On parle quand même dans des précurseurs du jeu action / aventure qui débarque en 1987 initialement sur le C64 d’Apple avant d’arriver sur Apple II, PC et BBS. Une version remix, également disponible sur cette compilation, est sortie quelques années plus tard sur les micro-ordinateurs 16bits Atari ST et Amiga 500.

Créé et édité par system 3, le jeu raconte l’épopée du ninja Armakuni qui l’a quand même un peu mauvaise depuis que ce gros fourbe de shogun maléfique Kunitoki a massacré tout son clan et piqué ses parchemins sacrés.

The Last Ninja 2. On note des progrès évidents au niveau du visuel.

Bien évidemment, le sang de notre ninja ne fait qu’un tour et il part derechef pour aller désosser, buter, flinguer, dézinguer, équarrir, massacrer, trucider, voire assassiner le shogun et tous ses sbires. Bref, Armakuni est très très énervé. Tellement énervé, qu’il a complètement oublié de prendre ses armes et des provisions avant d’embarquer dans son périple meurtrier. Oui, c’est ballot.

Parti les mains dans les poches, l’objectif d’Armakuni et du joueur sera donc de défaire les hommes de main du shogun fripon avant d’aller lui apprendre les bonnes manières. Et, si possible, trouver de l’armement en cours de route et, tant qu’à faire, résoudre quelques puzzles. Allons donc, joystick en main obtenir justice et récupérer ces saletés de parchemins sacrés.

Voici donc la superior edition sortie sur Atari ST !

Et là, c’est le drame. En technicolor. Car, voyez-vous, les développeurs de The Last Ninja avaient dû faire pas mal de concessions à l’époque pour permettre aux joueurs de réaliser différents mouvements avec des manettes préhistoriques qui n’étaient bien souvent dotées que d’un ou deux boutons ou avec le clavier qui, comme tous les joueurs PC le savent, n’est clairement pas fait pour jouer. Surtout aux FPS.

Et le problème, et ça me fait du mal de l’admettre, c’est que jouer à The last Ninja, remix ou non remix, en 2026, ce n’est pas vraiment très agréable. A vrai dire, ça s’apparente plutôt à un chemin de croix. Avec un slip en barbelé. La maniabilité est assez absurde puisque les coups de pied se donnent en appuyant sur un bouton tout en maintenant la manette dans une direction précise.

Mais, sale lâche, tu vois bien que je te tourne le dos ! Et le truc, c’est que le jeu commence comme ça.

Les objets sont pratiquement impossibles à ramasser. Et votre personnage ne se déplace que sur quatre axes dans une vue isométrique. Oui, oui. Les axes à 8 directions n’existaient pas encore à l’époque. Les vieux de la vieille me diront probablement que je n’ai rien compris et/ou que je suis maladroit tandis que mon rédac’ chef menacera une fois de plus de me virer mais le fait est que cette maniabilité est totalement dépassée aujourd’hui et qu’une légère retouche et/ou un mode de contrôle alternatif n’auraient clairement pas fait de mal. Je crois que c’est la première fois que je m’énerve autant en essayant de ramasser un item.

Quand on voit des jeux comme Super Mario, Alex Kidd ou Marble Madness qui datent de la même époque et qui répondent au doigt et à l’œil, ça laisse tout de même un peu songeur. Bien évidemment, il ne faut pas vraiment s’attendre à une quelconque intelligence artificielle sur des productions sorties entre 1987 et 1991 et, sur ce point, on n’est pas déçu, avec des ennemis raides comme des piquets et qui reproduisent systématiquement les mêmes attaques.

Version Amiga du troisième épisode

En même temps, comme je ne suis pas foutu de ramasser une armes, ils restent coriaces. Après, ne soyons pas trop méchant avec eux. Les prestations de notre ninja ne sont pas franchement plus exceptionnelles et les combats ressemblent bien souvent à des bagarres d’ivrognes à 3 heures du mat en sortie de boîte de nuit.

Bref, j’ai essayé, je me suis acharné en testant les différents épisodes et le remix mais le constat reste sans appel. Pour moi the Last Ninja est un vestige du passé qui est devenu totalement injouable en 2026.

Je te tape, tu me tapes, je te tape, tu me tapes.

Et c’est bien là qu’à mon sens, on touche les limites du retrogaming. Il est certes plaisant de posséder l’objet comme une sorte de doudou ou de madeleine de Proust mais je vois difficilement qui prendrait réellement du plaisir à y jouer aujourd’hui.

Heureusement, toute perspective de plaisir n’est pas compromise avec cette compilation puisque les développeurs ont eu l’excellente idée d’y intégrer la fameuse série des International Karate. Et là, c’est magique.

L’air de rien, Melbourne avait de la gueule sur C64

Un jeu antique, sorti en 1988, complètement largué visuellement, continue à me faire rigoler avec ses combats absurdes à trois personnages (puisqu’on parle ici de la suite, nettement plus connue, IK+), ses bruitages rigolos, son accélérateur de vitesse et ses épreuves intermédiaires qui préfigurent étrangement ce qu’on retrouvera dans Street Fighter 2.

Alors que le genre du jeu de combat continue à sortir des poids lourds comme Street Fighter 6, MK1 ou Tekken 8, ce jeu qui est une sorte de pierre de rosette du genre au même titre que Yi ar Kung-Fu, réussit le challenge de rester fun et immédiatement jouable par n’importe quel quidam.

Et bien évidemment, il ne prend toute son ampleur que lorsqu’il est joué en compagnie de deux autres comparses.

Alors, est-ce réellement suffisant pour acquérir cette compilation qui n’offre que très peu d’à côtés et aucun document d’archives ou documentaires (ahh, la compilation des 50 ans d’Atari ! On y revient toujours comme marqueur qualitatif) ?

En effet, si la compilation comprend toutes les versions d’époque sorties sur micro-ordinateurs, ce qui est très chouette, elle ne propose, en dehors des International Karate et d’un poussiéreux Bangkok Knights, pratiquement rien d’autre en dehors de quelques filtres d’écran qui sont vraiment le minimum syndical en matière de compilations retrogaming.

J’aimerais pouvoir vous dire du bien de ce Bangkok Knights mais non, j’y arrive pas.

Je dois bien avouer que la question est épineuse et tiendra essentiellement à l’affection que vous auriez pu conserver à l’égard de cette série dont le quatrième épisode, teasé un temps, n’arrivera probablement plus jamais. En ce qui me concerne c’est avec regret, mais également avec certitude, que je passerai mon chemin.

Genre : Compil Retrogaming

Développeur : System 3 Software

Editeur : System 3 Software

Testé sur une version presse fournie par l’éditeur

Baalim

Vieux joueur, atariste convaincu, collectionneur de trucs bizarres et hétéroclites, geek à ses heures perdues, pratiquement certain de n’avoir rien signé et de ne pas être payé, il se demande encore ce qu’il fait là.

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