Apidya Special
La rédaction est furax parce qu’il me reste à peine 8 tests en retard, le rédac’ chef tape furieusement sur la porte du bureau que j’ai pris soin de barricader, les attachés de presse montent un siège en bas du building qui abrite les locaux du site avec leurs fourches et leurs torches, mais l’occasion est trop belle.
Apidya revient d’entre les morts juste après Truxton et il m’est impossible de ne pas réclamer une copie du jeu, même si mon retard dans la publication des tests est désormais inscrit dans le Guinness Book des records.
Apidya est un ancien titre produit par feu la société Kaiko qui, comme tout le monde ne le sait pas, n’est pas une société japonaise mais bien une GmbH allemande. Et pour quiconque a déjà lancé la version d’origine, malgré les accents japonisants, le jeu ne peut cacher son look très Amiga 500, cette grosse machine du démon.
Créé en 1992 par Stephen Becker et sorti sur la machine du diable, snobant ainsi le magnifique et intemporel Atari 520 ST, Apidya est un shoot’em up qui a la particularité de se dérouler dans le monde magique de ces grosses cochonneries d’insectes.

Oui, grâce à ce jeu, vous n’aurez plus besoin de raquette électrique pour fracasser les guêpes et autres moustiques sortis des enfers pour pomper votre sang légèrement alcoolisé ; vous allez désormais leur défoncer la tronche à coups de rayons lasers, ce qui, soit dit en passant, est bien plus satisfaisant et moins mauvais pour votre karma si vous êtes bouddhiste.
Sus aux escargots, aux fourmis, mites, champignons, abeilles, guêpes, taupes (oui, même René la taupe va se faire tabasser) et moustiques et à toutes les cochonneries qui volent ou qui grouillent : il est temps de libérer la planète de leur joug démoniaque.

Et par Crom (et aussi un peu par ININ Games, grand spécialiste de l’exercice et qui réédite le jeu), ils vont prendre cher et apprendre qu’il ne faut pas se frotter au Baalim hypocondriaque.
ININ Games n’a pas fait les choses à moitié puisqu’il ne propose rien de moins qu’un remake réalisé à partir d’un portage console qui avait été abandonné à l’époque, développé par l’équipe d’origine ainsi que par un fan lui-même devenu développeur.

Bien évidemment, l’éditeur a conservé et remixé la musique d’origine composée par rien de moins que le célèbre Chris Hülsbeck, déjà à l’œuvre sur des jeux comme Wings of Death ou Turrican.
La question qui se pose est donc de savoir si ce remake du vieux jeu Amiga se justifie en 2026, d’autant que Beekyr Reloaded, au procédé très semblable (je vous laisse faire le parallèle avec le nom de l’auteur d’Apidya), est déjà passé par là il y a quelques années. Comme vous pourrez le constater dès les premières secondes, Apidya opte pour un système d’amélioration similaire à celui de Gradius.

En gros, vous abattez les ennemis qui laissent derrière eux des items permettant d’améliorer les armes et, en fonction du nombre d’items récoltés, vous pouvez choisir le type d’armement que vous souhaitez.
Comme dans Gradius, vous pourrez donc choisir d’augmenter plusieurs fois votre vitesse de croisière (ce qui est très pratique pour se crasher rapidement dans le décor) ou vous préférerez attendre d’avoir accumulé suffisamment de bonus pour choisir les satellites ou l’écran protecteur.

Du côté des armes, on retrouve, en plus des bombes qui ont le bon goût de vous débarrasser des petits salopiauds en haut et en bas de l’écran, un laser assez classique, un tir pulsar plus étrange et un tir multidirectionnel particulièrement efficace. Certaines d’entre elles peuvent être améliorées à plusieurs reprises pour plus de capacité de destruction. Et croyez-moi, vous n’en aurez jamais de trop.
Comme tous les shmups et notamment ce gros salopard de R-Type III, Apidya encourage très fortement le joueur à apprendre et à mémoriser les vagues d’ennemis pour espérer survivre. En clair, ça sera du die and retry, à moins que vous ne soyez du genre à terminer Elden Ring en slip et sans arme.

Vous ne survivrez à certains niveaux, notamment celui qui se déroule dans les égouts, qu’en ayant intégré le placement des ennemis les plus problématiques et mémorisé les endroits desquels ils vont jaillir. À défaut, ça sera rapidement le game over.
En parlant de niveaux, le jeu est divisé en plusieurs mondes, eux-mêmes divisés en trois sections se terminant chacune par un affrontement avec un gros méchant boss, à l’image d’un bon vieux Wonder Boy. Ce qui est ma foi assez peu courant parmi les shoot’em ups.

Ce qui est également assez peu courant, c’est que le jeu, en plus de tout faire pour vous faire croire qu’il est d’origine japonaise, tente de vous raconter une histoire de méchante sorcière qui utilise les insectes pour emmerder tout le monde et accessoirement tuer votre fiancée, ce que vous trouvez difficilement digérable.
Du coup, hop, vous vous transformez en abeille pour aller lui apprendre comment se comporter de manière civilisée et arrêter de tuer les jeunes héroïnes en détresse. Oui, vous en conviendrez, comme dans tous les shoot’em ups qui tentent le coup de développer un petit scénario entre les phases de destruction, l’histoire n’a strictement aucun intérêt et peut heureusement être zappée en maintenant le bouton +.

Remarquez, si vous êtes du genre à jouer à Street Fighter ou à Tekken pour le scénario, ça vous plaira peut-être. En revanche, là où ININ Games et Kaiko ont sérieusement assuré, c’est du côté de la réalisation. Pour être honnête, je n’attendais pas grand-chose de ce remaster, la faute aux éditeurs (et notamment ININ Games) qui se contentent bien souvent du minimum syndical en ajoutant quelques scans de jaquettes, quelques options vidéo et un vague rembobinage pour tenter de vous revendre de vieux titres ayant déjà 20 ou 30 ans.
Et pourtant, le boulot abattu sur ce remake – puisqu’il faut plus parler de remake que de remaster – est étonnamment bon au regard de l’enjeu commercial que doit représenter cette sortie.

Ici, les développeurs d’origine, aidés d’un ancien fan devenu développeur à son tour (je sais, je l’ai déjà dit en intro mais il faut bien comprendre que je suis payé à la ligne), ont abattu un sacré boulot pour refaire tous les sprites et tous les décors du jeu et les adapter au format 16/9, le jeu d’origine étant bien entendu en 4/3. Ne me demandez pas pourquoi ils sont partis du prototype console jamais sorti et pas de la version Amiga, je n’en ai pas la moindre idée et je ne suis clairement pas assez payé pour enquêter là-dessus.
À l’arrivée, le remake est vraiment superbe avec son pixel art qui ne dénature pas le jeu d’origine et sent bon les micros 16 bits de l’époque. Les musiques ont également été remasterisées sur la base des compositions originales de Chris Hülsbeck que tous les fans d’Amiga connaissent et révèrent (enfin, sauf quelques spécimens assez particuliers essentiellement concentrés sur le forum de Canard PC) et le moins qu’on puisse dire, c’est que ça sonne sacrément bien.

Et pour celui qui oserait douter du travail effectué, la gâchette droite permet de switcher en un instant de la version d’origine à la version remake, et inversement. L’écran reprend alors son format 4/3 et le jeu retrouve ses musiques d’origine, à la manière du remake de The Secret of Monkey Island à l’époque.
Les développeurs ont même poussé le vice jusqu’à activer cette transition sur l’écran titre. Bien évidemment, le problème pour profiter de ce remake au maximum, c’est qu’il faut réussir à survivre aux centaines de tirs et aux ennemis qui surgissent comme des diables d’un peu partout à l’écran.

Parce que voyez-vous, Apidya n’est pas un jeu facile, même dans son mode de difficulté de base. Il y a pas mal d’endroits où le jeu vous semblera relativement injuste, même si on reste un petit peu éloignés des standards de vacherie et de vice établis par un R-Type III, dont chaque partie ressemble tout de même à une séance de bondage… et pas du côté de la dominatrice. Heureusement, les développeurs de cet Apidya Special ont tenu compte des effets du temps sur les réflexes des joueurs.
Cette nouvelle version arrive donc avec un paquet d’options telles que la possibilité de choisir entre quatre modes de difficulté, le réglage des crédits supplémentaires, la possibilité de réapparaître immédiatement à l’endroit où l’on est mort – misérablement – et non pas de recommencer le niveau au dernier checkpoint atteint, la possibilité de conserver intégralement son armement à chaque mort, etc.

Le jeu propose également un mode intitulé Practice dans lequel le joueur se contentera de passer l’un des trois niveaux de chaque monde, histoire de faire une partie rapide pour les moins aguerris (ou les plus nuls, selon votre niveau de bienveillance et de politesse).
Ajoutons à cela quelques options pour personnaliser l’affichage du jeu et vous avez entre les mains une nouvelle édition plus que recommandable d’un petit classique des années 90. Tout au plus, on pourra regretter l’absence d’un mode rembobinage devenu assez classique, même si le jeu permet de sauvegarder trois parties distinctes et de reprendre là où l’on s’était arrêté.

Alors, faut-il conseiller l’achat de cet Apidya Special ? Si vous êtes nostalgique de l’Amiga ou fan de shoot’em ups, la réponse ne fait aucun doute tant le boulot abattu sur le jeu est remarquable.
En revanche, si vous ne connaissez absolument rien du jeu, vous risquez rapidement de déchanter face à la difficulté générale et à la faible durée de vie si vous n’êtes pas trop porté sur le scoring. Oui, ce dernier paragraphe pourrait servir de conclusion pour tous les shmups de la planète mais, rappelez-vous, je suis payé à la ligne et j’ai très faim.
Genre : Shoot ’em up
Développeur : Kaiko / ININ Games
Éditeur : Play Byte
Testé sur une version presse fournie par l’éditeur

Genre : Shoot ’em up