Rogue Eclipse
Il fallait bien que ça arrive à un moment ou un autre, comme dans toute série il y a toujours un loupé. Dans le cas présent, après une série de jeux plutôt chouettes à tester avec notamment le très beau Duskfade, il fallait bien que je tombe sur la déception du lot. Et je suis parfaitement désolé pour les développeurs de Rogue Eclipse mais il semblerait qu’il s’agisse du vilain petit canard du lot.
Après avoir fait dans le beat’em all avec Mexican Ninja, le jeu de plateforme avec Duskfade et le Terraria like (mais vraiment) Din’s Champion, voici donc venir le simulateur de vol arcade hybridé au roguelike avec Rogue Eclipse.
Et le problème, c’est que tout comme Mexican Ninja, vous avez déjà joué à Rogue Eclipse, et bien souvent en mieux, que vous l’appeliez alors Galaxy on Fire 2 (sorti tout droit du jeu mobile), House of the Dying Sun (disposant d’un mode VR), Starfox chez Nintendo, l’antique Epic sur Amiga et Atari ou encore le vénérable Wing Commander, à une époque où Chris Roberts aimait bien finaliser ses jeux.
Et le vieux testeur que je suis ne peut que se lamenter de ne plus pouvoir se prendre la baffe cathartique qu’a été l’ancêtre X-Wing (ou son jumeau maléfique, Tie Fighter) sorti par LucasArts il y a des éons de cela.

Bien évidemment, on ne peut pas raisonnablement attendre de Rogue Eclipse, réalisé avec des moyens manifestement plus modestes, toutes proportions gardées, par HUSKRAFTS et édité par Outersloth, qu’il se batte à armes égales contre les poids lourds du genre tels que ce nouveau ET énième remake de Star Fox que vient de nous sortir Nintendo sur sa Switch 2. Le problème, c’est que Rogue Eclipse se prend assez rapidement les pieds dans le tapis avec une boucle de gameplay assez (très) répétitive, même pour le genre.
Oubliez les missions de protection de convois et d’escorte de X-Wing vs Tie Fighters (pour les amateurs, un énorme mod existe pour remettre ce jeu au goût du genre), oubliez, plus ou moins les attaques contre les bases ennemies ou les boss dans Star Fox, ici, vous allez canarder puis canarder et encore canarder jusqu’à (ce que mort s’ensuive) passer à la prochaine zone où vous ferez strictement la même chose. Ok, vous avez un peu signé pour ça mais ça devient quand même rapidement répétitif, manette en main.

Parce que bien évidemment, vous êtes là pour dézinguer tout ce qui vole autour de vous et balancer les missiles en travers de la tronche de tout E.T. qui passerait dans les parages, nous sommes bien d’accord. Le problème majeur, c’est que lorsque vous enchaînez vagues sur vagues d’ennemis sans le moindre enjeu scénaristique, vous commencez logiquement à vous demander si ces braves gens, parfaitement anonymes par ailleurs, méritent réellement un tel acharnement et si vous, joueur, méritez de passer des heures sur la même boucle de gameplay qui se répète ad nauseam.
Autre écueil pour nos valeureux développeurs, Rogue Eclipse se présente sur un marché de niche pas si extensible que ça. Et le problème, c’est que la concurrence est déjà là, moins chère et souvent de meilleure qualité, avec des Galaxy on Fire 2, des Everspace 1 & 2, des Rebel Galaxy 1 &2 ou même le spin-off spatial de RedOut. L’autre problème significatif, c’est que tous ces titres présentent des réalisations au moins équivalentes et sont dotés de mécaniques de gameplay plus approfondies et plus variées et, n’oublions pas, d’une trame scénaristique un tant soit peu intéressante.

Et même le fan le plus bourrin de shoot’em up 3D (parce qu’en 2D, c’est pas pareil. Le scénario, on s’en cogne) aime bien avoir un tant soit un peu de contexte avant d’aller tabasser l’extraterrestre, belliqueux ou non (rendez-vous service et allez lire la Guerre éternelle de Joe Haldeman si ce n’est pas déjà fait). Et je ne vous parle même pas du fan de space opéra qui se sentira cruellement orphelin avec ce Rogue Eclipse.
Alors, la question c’est « que peut donc proposer Rogue Eclipse pour justifier qu’on le choisisse lui et pas un autre ? » Et bien, malheureusement, et c’est le drame, pas grand-chose. Reprenons du début. Histoire d’être fair-play. Parce qu’on est comme ça (et qu’on aimerait éviter d’être blacklistés par les éditeurs).

Jetons déjà un œil à la fiche Steam du jeu que présente le jeu de la manière suivante : « Dans ce jeu d’action moderne, prouvez vos talents de pilote dans tout l’Univers à travers des essais de chasseurs et autres armada impitoyables, le tout dans une campagne roguelike épique. » Bon, vous aurez compris à la lecture de ce petit paragraphe que les reproches que je fais au jeu ne sont pas totalement gratuits et que même l’éditeur semble conscient de ce manque d’enjeux scénaristiques.
Vous êtes un personnage anonyme au sein d’une galaxie anonyme qui défonce des vaisseaux anonymes dans une histoire qui n’existe pratiquement pas. Quand le gameplay est suffisamment varié, ça passe, mais quand il s’étend au-delà du nécessaire dans des boucles ultra répétitives, c’est tout de suite vachement plus problématique. Et globalement, c’est le principal reproche que je ferai au jeu.

Ce n’est pas mauvais le temps de courtes sessions de quelques minutes pour se défouler mais c’est tellement toujours la même chose, à tel point que la manette va rapidement vous tomber des mains. Il n’y a rien de plus décourageant que de terminer le combat contre une armada pour repartir aussi sec dans un autre décor tout aussi neutre pour se taper pratiquement le même combat.
Alors bien évidemment, il y a quelques variantes notamment avec l’apparition de certaines bases et le côté roguelike qui consiste, comme à l’accoutumée, à améliorer progressivement son appareil et son armement au fur et à mesure des échecs pour revenir plus fort, n’est pas déplaisant.

Le jeu est correctement réalisé, plutôt réactif, manette en main, les musiques font le job et les effets de lumière et les explosions sont fort jolis (oui, le masculin l’emporte, ça vous pose un problème ?) mais ça ressemble tout de même plus à une démo qu’à un jeu complet. Et ça m’empêche de poursuivre l’aventure, faute d’entrain et, encore plus de vous en recommander l’achat. À moins d’être un passionné de combats dans l’espace, il y a nettement mieux sur Steam pour dépenser vos sous précieusement acquis. A commencer par les très bons Everspace 1 et 2, plus beaux, plus complets dans leur gameplay et dotés d’une véritable histoire.
Et si vous vous sentez l’âme d’un aventurier et que le jeu multijoueur ne vous effraie pas, il y a également X4 et Elite qui se feront un malin plaisir d’engloutir toute trace de vie sociale, au prix d’un apprentissage nettement plus laborieux. Si je devais me permettre de donner un conseil aux gens de chez HUSKRAFTS, ça serait de garder le gameplay tout en cassant la monotonie des situations et de remettre le couvert pour une suite qui impliquerait plus le joueur avec un vrai scénario.
Genre : Arcade
Développeur : HUSKRAFTS
Editeur : HUSKRAFTS
Date de sortie : 14 août 2026
Testé sur une version presse fournie par l’éditeur

Genre : Arcade