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WEGO World War II: Desert War

Cela n’aura probablement échappé à personne vivant en Europe occidentale, les températures sont plutôt à la hausse en ce bel été. De quoi mettre à mal votre bête de course informatique s’il vous prend l’envie de vouloir pratiquer des jeux aux graphismes certes somptueux mais nécessitant une config (et surtout un refroidissement) à la hauteur. Dans ces conditions et pour éviter une fusion du réacteur pourquoi ne pas se pencher vers quelque chose de plus cool ? Entendez par là un jeu pouvant tourner sur une machine d’un autre siècle. Pensez donc, avec comme configuration minimale un Pentium 4 fonctionnant sous Windows 7 pas de quoi (trop) contribuer au réchauffement climatique. Bref, un moyen d’offrir à votre ordi une pause fraicheur (et sans pubs).

Bon, pour cela il faudra que vous aimiez les wargames à l’ancienne en 2D, avec des pions, des cartes couvertes d’hexagones et des graphismes que l’on qualifiera, charitablement, de purement fonctionnels. Quant au thème, tout est dans le titre : WEGO World War II: Desert War. Oui, la guerre du désert de 1940 à 1942, en Afrique du Nord, principalement en Lybie et en Egypte. Vous savez la région du monde où il fait généralement plus de 40° en été. Comme en France quoi ! Un temps idéal pour se mettre dans l’ambiance.

Le scénario d’introduction bénéficie de fenêtres explicatives vous permettant de démarrer en douceur.

Comme les fidèles de Dystopeek l’auront assurément deviné WEGO World War II : Desert War est la suite de WEGO World War II: Stalingrad et WEGO World War II: Overlord du même développeur (Brian Kelly) et du même éditeur (Matrix Games). C’est en fait la réitération d’un jeu sorti en 2018, Desert War 1940-1942 qui était lui-même la version améliorée d’un titre auto édité en 2011, nommé Brian Kelly’s Desert War 1940-43. Oui, on peut dire que Brian Kelly a de la suite dans les idées.

On y va ?

La campagne du désert est représentée dans le jeu sous formes de scénarios allant de la seconde bataille de Bardia (servant d’initiation) à la seconde bataille d’El Alamein, en passant par les affrontements célèbres de Beda Fomm et sa déconfiture italienne (non, pas des confitures…), Sollum (non, pas Golum), Gazala, Tobruk, etc. Un total de 13 engagements, dont certains hypothétiques, avec largement de quoi s’amuser dans ce wargame opérationnel qui offre une résolution simultanée des mouvements et combats (WEGO) au lieu d’une activation alternée des unités.

C’est le bénéfice de l’informatique par rapport aux jeux sur papier et c’est dans le principe assez similaire à la série Flashpoint Campaigns. Autre avantage de l’informatique sur le papier : les cartes peuvent être immenses (inutile de louer un gymnase pour les déployer) et les pions peuvent être pléthoriques (pas besoin de passer plus de temps à les mettre en place, puis à les ranger, plutôt qu’à jouer effectivement). Enfin, il y a bien sûr la possibilité d’activer le brouillard de la guerre qui fait que les unités ennemis ne sont pas toujours visibles. Cette option, tout à fait appropriée au théâtre d’opérations désertique, donne un rôle capital aux unités de reconnaissance et aux manœuvres de contournement.

Vous pouvez jouer en solitaire contre l’IA en choisissant l’un ou l’autre des camps (forces de l’Axe, ou Alliés) ou même faire jouer l’IA contre elle-même. Il existe également la possibilité d’affronter un adversaire humain (les animaux de compagnie n’étant pas très performants dans le domaine des wargames ; il faut le souligner et le déplorer) que ce soit en alterné (hotseat) ou par email, mais il faut s’enregistrer sur le serveur de Slitherine dans ce dernier cas.

En ce qui concerne l’échelle du jeu (oui, connaitre l’échelle c’est important pour les wargamers) un hexagone représente deux miles, soit environ 3,2 Km, nos amis anglo-saxons se mettant toujours un point d’honneur à refuser d’utiliser le système métrique. Les formations de combat sont généralement de la taille du bataillon, avec des unités aériennes et navales en soutien.

Vous aimez la lecture ?

Question documentation on ne peut pas dire que le développeur se moque de nous. Le jeu propose un manuel de 173 pages. Je rassure les plus allergiques à la lecture il existe un manuel de démarrage rapide de seulement 6 pages qui est suffisant pour aborder le jeu. Le manuel de jeu lui décortique les mécanismes de WEGO World War II: Desert War en détails, mais  il n’est pas du tout indispensable de le connaitre par cœur. Il sert avant tout de référence si vous vous posez des questions sur tel ou tel mécanisme de jeu. Pour aborder le jeu en douceur il est conseillé de commencer par le scénario d’introduction la seconde bataille de Bardia et de lire pas à pas le tutoriel (de 44 pages quand même) qui lui est consacré.

Comment ça marche ?

La séquence de jeu consiste en une phase de planification durant laquelle vous donnez les ordres à vos unités (mouvements et attaques), tandis que votre adversaire fait de même. Il existe trois modes de déplacement (déplacement pour attaquer, déplacement pour défendre, déplacement routier) et deux modes d’attaque (attaques planifiées qui peuvent bénéficier du soutien de l’artillerie, de la marine et des forces terrestres alliées et attaques ad hoc, qui ont lieu lorsque les unités sont en mouvement). Vous pouvez également donner des instructions à vos unités aériennes, maritimes et d’artillerie, afin de bombarder l’ennemi.

Avantage du numérique sur le papier: pas besoin d’une énorme table pour déployer le plateau de jeu, comme ici celui de la bataille de Gazala

Puis, vient d’une phase d’exécution où tout le monde bouge et combat en même temps. Cette phase est présentée sous forme de vidéo. En cliquant sur la barre de progression, vous pourrez également la faire progresser en avant ou en arrière et la visionner autant de fois que vous le souhaitez.

Le ravitaillement en carburant et munitions et les lignes de communications, qui ont joué un rôle fondamental durant le guerre du désert, sont bien sûr pris en compte, ainsi que les traditionnelles Zones de Contrôle autour des unités, qui ne bloquent pas complètement le déplacement de l’adversaire mais lui coûtent des points de mouvement pour en sortir. Il y a également des règles pour le commandement, les quartiers généraux, les champs de mines, les unités de reconnaissance, du génie et l’artillerie anti-aérienne. 

Pour résumer on a affaire à un wargame très classique et très complet, qui sur papier nécessiterait un nombre conséquent d’heures d’apprentissage et de maitrise de ses mécanisme, ce que nous épargne heureusement l’informatique. Et c’est dans ce domaine que le jeu brille vraiment. Il permet d’offrir, sous un format abordable, nombre de défis tactiques intéressants et variés, que ce soit dans le camps de l’Axe ou celui des Alliés. Même si l’on peut regretter l’absence d’une grande campagne couvrant la période 1940-42, cela peut se justifier par le fait que, dans la réalité, les affrontement ont été entrecoupés de longues poses en raison des problèmes logistiques rencontrés par les belligérants.

Les français libres du général Kœnig s’apprêtent à résister à l’assaut italo-germanique sur Bir Hakeim.

Une interface hostile ?

Dans WEGO World War II: Desert War vous affrontez les forces de l’Axe ou celles des Alliés. Mais certaines fois vous devrez faire face à un adversaire plus insidieux : l’interface. Si certains concepteurs de jeux privilégient le recours aux raccourcis claviers d’autres préfèrent la souris pour ce qui est de donner des ordres aux unités. Mais dans WEGO World War II: Desert War on a l’impression qu’il ne savait pas sur quel pied danser, puisqu’il vous faudra utiliser la souris et le clavier en même temps. De plus, les commandes sont loin d’être intuitives et standards.

Les graphismes du jeu sont facilement accessibles et modifiables

Ainsi, par exemple, contrairement à de nombreux wargames vous n’avez pas besoin de cliquer sur un hexagone contenant des unités pour sélectionner toutes ces dernières. Pour cela il faut maintenir le curseur sur la pile et utiliser le raccourci clavier ‘f’. Et pour désélectionner une unité il vous faudra faire un clic gauche sur celle-ci, puis clic gauche pour la sélectionner à nouveau. WTF ?! Comme disent si élégamment les américains. Pourquoi pas, tout simplement, le traditionnel clic-gauche pour sélectionner et clic-droit pour afficher les options ?

Et il y a des bugs. Par exemple, le bouton « Afficher le contenu de l’hexagone » ouvre les différentes options, mais ne se referme plus ensuite. Le développeur, très à l’écoute des retours des joueurs, a promis le remédier à cela. Mais il est étonnant qu’un tel problème soit passé à travers les mailles du filet des testeurs, pour un jeu dont c’est quand même la troisième version publiée.

Si les silhouettes ne vous conviennent pas, vous pourrez choisir l’option ‘Symboles OTAN’.

Vous aimez la bricole ?

Cela fait des années que Brian Kelly et son complice John Duquette travaillent sur ce projet, et on aurait pu croire qu’entretemps les graphismes du jeu auraient évolué. Mais il n’en est rien. Ceux-ci, bien qu’ayant le mérite d’être bien lisibles, nous ramènent plus d’une décennie en arrière, tout comme la bande son et la musique, rapidement insupportable.

Il est un peu dommage que des efforts n’aient pas été entrepris dans ces domaines, même si la clientèle cible (les grognards du wargame) est généralement peu regardante là-dessus. D’un autre côté l’aspect ‘primitif’ (entendez par là non développé sur un moteur de jeu complexe, mais en utilisant Java) de WEGO World War II: Desert War fait que le jeu est assez facilement modifiable.

L’éditeur de scénario, qui, il faut l’avouer, est plutôt spartiate.

En effet, les fichiers graphiques et sonores sont très accessibles. Les pions ou les cartes ne vous conviennent pas ? Ce sont des fichiers au format png que vous pouvez remplacer et renommer (en respectant leurs tailles bien sûr). Vous trouvez que la musique ou les bruitages sont nuls ? Ce sont des fichiers wav que vous pouvez eux aussi remplacer et renommer. Des manipulations, certes, comme pour toute opération de modding, à effectuer avec précaution et en connaissance de cause, mais qui ne sont pas très complexes.

Et puis vous aurez également largement de quoi vous occuper si vous vous plongez dans l’éditeur de scénarios disponible dans le jeu. En effet, sont fournis deux éditeurs de jeu complets : un éditeur de scénarios et un éditeur de campagnes. Ils vous offrent tout ce dont vous aurez besoin pour modifier des scénarios existants, ou en créer de nouveaux, que vous pourrez lier entre eux afin de former des campagnes.

Seul bémol au rayon bricolage : pas d’intégration au Steam Workshop. Si vous voulez poster vos créations ou profiter de celles des autres il faudra vous connecter au forum dédié de Matrix Games, qui n’est pas très fréquenté pour le moment.

Vous aimez le désert ?

WEGO World War II: Desert War plaira aux grognards habitués à supporter des graphismes et une interface d’un autre âge permettant néanmoins de bénéficier d’un jeu à l’intérêt tactique indéniable. Les joueurs plus exigeants en ce qui concerne la présentation et l’ergonomie seront peut-être un peu déçus par un jeu vendu quand même une quarantaine d’euros. Mais, qui sait ? On pourra peut-être espérer une quatrième édition encore améliorée dans les années à venir.

Genre : Wargame

Développeur : BK Wargames

Editeur : Matrix Games

Date de sortie : 22 juin 2026

Testé sur une version presse fournie par l’éditeur

plasm@n

Wargames, jeux de plateau, jeux de figurines, jeux de rôle, jeux vidéo, tant de jeux et pas assez de temps.

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