City Hunter: Remastered Edition
L’industrie du jeu vidéo révèle parfois de belles surprises. C’est ainsi qu’un beau matin mon rédac’ chef m’a gentiment proposé de tester City Hunter. Ok, deux bonnes surprises donc. City hunter, pour le type au fond de la classe qui roupille et qui est né après les années 2000, c’était ce manga culte de Tsukasa Hojo, racontait les aventures de ce légendaire nettoyeur / détective privé craint de tous les yakuzas et uniquement connu sous le nom de code XYZ.
A Shibuya, quartier des plaisirs et de la pègre, tout le monde a déjà entendu cette légende qui voudrait qu’on puisse contacter ce personnage des plus mystérieux en laissant une simple demande à l’attention de XYZ sur le panneau des petites annonces locales qui trône au beau milieu de la gare. On dit de lui qu’il est le plus redoutable des tueurs et qu’il est proprement invulnérable. Si la légende ne ment pas, elle omet très opportunément d’indiquer aux jeunes femmes qui postent un message que City Hunter, alias Ryô Saeba, re-alias Nicky Larson en France, est également un gros obsédé difficile à contenir et aux mains des plus baladeuses (spoiler : ce n’est pas bien).
Le manga nous expliquera sur le long court qu’il est bien plus que ça mais le mal(e) est fait (comme un rat), et la série – et dans une moindre mesure son adaptation en anime bien connue des habitués du club Dorothée – sera sous le feu des critiques pour sa sexualisation outrance.
Et le débat reste plus que jamais ouvert après les années 2010. Je vous laisse le soin de faire une recherche pour dénicher – rapidement – des articles et vidéos qui s’interrogent sur le bienfondé de regarder et/ou lire City Hunter de nos jours. Heureusement, il y a bien quelqu’un qui arrive, plus ou moins, à contenir les débordements de Ryô Saeba.

Et cette personne, c’est Kaori ou Laura en VF, petite sœur de son défunt partenaire, qui vit avec lui depuis la mort de son frère et qui semble s’être donné pour mission de le ramener dans le droit chemin, ce qui risque de s’avérer compliqué puisque la majeure partie des clients de City Hunter sont, en réalité, de belles jeunes femmes en détresse. Oui, c’est un hasard et oui, nous sommes bien dans les années 80.
N’allons pas plus loin et ne spolions pas les 36 (à moins que ça ne soit 35) tomes que compte la série d’origine et concentrons-nous un peu sur le petit miracle que constitue cette nouvelle sortie de cette adaptation sous forme de jeu vidéo. Miracle relatif comme nous le verrons mais miracle néanmoins. Car, en effet, rien ne prédestinait ce City hunter signé Sun soft (Batman et Aero the Acrobat, c’est eux) à faire son comeback en 2026.

Sorti à l’origine sur la petite PC Engine de NEC, le jeu n’avait jamais connu les honneurs d’une sortie française ou européenne. À vrai dire, je n’ai pas non plus souvenir qu’il soit sorti sur la version américaine de la console qui utilisait, pour mémoire un form factor (Turbographx) et des cartes différentes. Pour la petite histoire, la version américaine avait été redesignée parce que cette petite console toute mignonne semblait manquer de virilité pour le public américain. Autres temps, autres mœurs.
Alors oui, c’est un peu fantastique de voir le jeu ressortir en 2026 en version localisée mais il reste quand même un hic considérable. Car, voyez-vous, City Hunter n’était pas un très bon jeu à sortie d’origine sur une console qui en a pourtant accueilli pléthore. Il s’agissait, en effet, d’une sorte de jeu de plateforme / run & gun, doté d’un léger aspect Metroidvania. Essayez d’imaginer un croisement entre Rolling Thunder et Elevator Action et vous aurez une petite idée du résultat.

Très répétitif dans son gameplay et limité à trois missions, doté de décors médiocres, le jeu présentait, en outre, un inconvénient majeur qui était de ressembler, au final, assez peu à l’œuvre qu’il était pourtant censé adapter. Et il y a raison à cela était toute simple à ça. Le jeu n’avait pas été conçu comme une adaptation et ce n’est que sur le tard que les concepteurs ont dû plaquer un thème City Hunter.
Autant vous dire qu’ils avaient imaginé un jeu d’action assez lambda avant de se trouver un contraints d’y coller au forceps et sur le tard des éléments évoquant le manga. Bref on reconnait Ryô et Kaori ainsi que d’autres personnages plus ou moins importants de l’œuvre originale tel que Umibozo ou éléphant dans la version francisée mais il ne faudra pas en attendre beaucoup plus. Et c’est bien le drame.

Car en dehors de la remasterisation (oui, c’est effectivement un barbarisme bien moche mais toilettage, commercialement, ça ne le fait pas trop) et des options nouvelles dont nous allons parler plus bas, le jeu n’a rien d’autre à apporter que ce qu’il avait déjà en stock à sa sortie en 1988.
Et c’est assez maigre. Jouer en 2026 à un jeu aussi limité dans son gameplay, dont les problèmes de collision sont assez notables, est un peu un chemin de croix au regard de ce que le monde du jeu vidéo à désormais à offrir en matière de run & gun et de Metroidvania.

Et encore, outre l’intérêt historique devoir ressortir, pour la préservation du jeu vidéo, un titre aussi obscur, on aurait pu s’attendre à une remise à niveau qui se donne les moyens, surtout quand le communiqué de presse insiste sur la nécessité de comparer entre les versions : difficile, améliorée et classique. Alors oui, la version difficile porte bien son nom avec des ennemis qu’il faut tuer avec en moyenne trois fois plus de balle et qui se trouve être en plus grand nombre face à Ryô Saeba mais l’intérêt reste, de mon point de vue, des plus limités.
La version classique, quant à elle, reprend le jeu d’origine à l’identique (ce qui, convenons-en, se tient) en se contente d’y ajouter un filtre d’écran scanlines ou CRT et différents ratios d’image. Pas de bord d’écran, pas d’option de sauvegarde rapide, pas de filtre loufoque, on va à l’essentiel. Reste alors la version supposément améliorée du jeu. Et là, je dois bien avouer que j’ai dû relancer City Hunter pour m’assurer que j’avais bien opté pour cette nouvelle version qui devrait, en toute logique, constituer la valeur ajoutée du jeu.

Au niveau de l’animation, du graphisme, du placement des ennemis, tout pratiquement identique à la version d’origine. De même, les grands dialogues présents dans le jeu n’ont pas varié d’un iota. Il a fallu que j’appuie sur la gâchette gauche pour découvrir une option de rembobinage. Soit je suis très fatigué, soit cette version améliorée se contente vraiment du strict minimum. S’agit-il d’un hommage ou d’un foutage de gueule ? J’ai bien mon idée sur la question et, plus généralement, sur la pertinence d’une telle réédition en 2026.
« Ce jeu est bien plus qu’un simple remake : c’est une fusion de nostalgie et de nouveauté. Grâce à une localisation multilingue, aussi bien les fans de longue date que les nouveaux joueurs peuvent en profiter sans barrière de langue. » Humm, êtes-vous bien surs de vous, Messieurs ?

Ajoutons à cela que cette ressortie ne s’accompagne que de quelques vagues bonus qui consistent en des illustrations essentiellement issues de la version anime et un jukebox. Tout cela reste un peu léger pour justifier le prix demandé, surtout pour l’édition collector qui est tout de même proposée à 70€. D’autant que les différents sites de vente ne semblent pas, à l’heure où je vous parle, savoir en quoi consistent ces bonus.
J’ai la vague suspicion qu’il serait bon de garder mes interrogations pour moi et de conclure que, s’il est sympathique de revoir de vieux jeux faire leur retour sur nos machines modernes (toutes proportions gardées en ce qui concerne la Switch), il y avait peut -être de meilleurs candidats à la résurrection que notre brave Nicky Larsson.
Genre : Run & Gun / Platformer
Développeur : Red Art Games
Editeur : SUNSOFT
Date de sortie : 25 février 2026
Testé sur une version presse fournie par l’éditeur

Genre : Run & Gun / Platformer