Dawn of Man

Je n’ai jamais joué à Planetbase, le premier jeu de Madruga Works. Il attend pourtant patiemment dans ma bibliothèque Steam que je sois en manque de jeux de gestion. Malheureusement pour lui, ce n’est pas avec Dawn of Man que cela va arriver. Si en voyant les captures vous pensez « Banished » et bien… vous avez raison, il s’en inspire de fort belle manière.

Plutôt que de prendre en main une civilisation avancée et de l’envoyer dans l’espace/conquérir les Amériques/annexer l’humanité (rayez la mention inutile), Dawn of Man vous propose de commencer humblement dans les bottes fourrées d’une tribu du Paléolithique. Donc oubliez les fusils à plasma pour soumettre la faune hostile, il va falloir tailler des silex et manger des racines pour survivre. Et y aller progressivement parce que croyez-moi, ce n’est pas bien solide un homme préhistorique face à un mammouth.

Les débuts sont classiques : vous avez trois tentes et quelques pelés qui attendent votre bon vouloir, et il va falloir organiser cela pour faire prospérer et évoluer votre peuple. Définir des zones de cueillette ou de chasse, repérer les gisements intéressants ou encore construire quelques zones de stockage, l’habitué sera à la maison. L’interface est d’une clarté remarquable et surtout extrêmement bien pensée, notamment grâce à des zones paramétrables où afficher les informations vitales. C’est malin tout plein et cela devient vite indispensable. Si les débuts sont classiques, on remarque bien vite que certains détails sortent de l’ordinaire. Par exemple, à chaque jalon sur certains évènements (chasser x cerfs, ramasser x bouts de bois) vous gagnerez des points de savoir, qui vous permettront d’évoluer (un point que nous détaillerons plus tard). Ensuite, il est possible de basculer dans une vue spéciale, la vision primitive, qui permet de repérer tout ce qui sera utile à la communauté : gisements, troupeaux… Une excellente idée qui évite d’avoir à s’abîmer la vue pour distinguer un mouflon dans une forêt. Et qui permet surtout de voir quels sont les dangers. Je ne blaguais pas lorsque je parlais de la difficulté de tuer un mammouth. Si vous envoyez trop peu de chasseurs sur une proie susceptible de se défendre (et donc en rouge dans la vue primitive), vous avez de grandes chances de les perdre. Et dans Dawn of Man, c’est tout sauf anecdotique tant la main d’œuvre est précieuse. Il y a en effet énormément à faire au début pour espérer survivre à l’hiver : ramasser des ressources de base pour créer des outils, se servir de ceux-ci pour confectionner des tenues, dépecer les proies, pêcher… Tout cela demande un micro-management et une planification digne de Banished qui ravira les puristes. Quand vous aurez de quoi voir venir et que votre village miteux le sera un peu moins, un marchand se pointera et des gens vous rejoindront. Pas de panique, rien qui ne bouleversera votre fragile équilibre, bien au contraire. Chaque nouvelle paire de bras est une bénédiction et l’assurance de pouvoir en faire plus.

Une fois les bases maîtrisées, vous allez vite vous rendre compte qu’avec vos moyens technologiques limités, vous n’allez pas aller bien loin. Pour y remédier, il faut investir vos fameux points de savoir dans l’arbre technologique et ainsi passer les époques, jusqu’à l’âge du fer. Alors que bien souvent les progrès dans les jeux de gestion se limitent à un timide « vos mineurs creusent 20% plus vite », dans Dawn of Man chaque technologie est vitale. Vous perdez trop de temps à chasser ? Apprivoisez des chèvres ! Les récoltes de baies sauvages sont trop faibles ? Planter des champs de lentille ! Bien évidemment le coût de chaque évolution augmente au fil du temps mais globalement la progression est continue. Il faut bien entendu parfois revoir entièrement sa production en cas de changement d’âge, surtout lorsque vous passez du Néolithique à l’Age du Cuivre et ses outils en… cuivre, bien plus résistants et efficaces, mais après quelques tâtonnements on repart de plus belle. Et quand vous êtes bien, que votre peuple ne croule pas sous les tâches et que vous pensez pouvoir vous reposer un peu, des pillards s’invitent chez vous et massacrent la moitié de votre colonie… Que croyez-vous ? Que c’était le pays des bisounours ? Que les lions des cavernes, ours et autres loups étaient vos plus grands ennemis ? Laissez-moi rire…

Les attaques de pillards s’intensifieront au fil de votre progression, vous obligeant à fortifier vos colonies. N’ayez crainte, le jeu ne se transforme pas pour autant en STR. Vous sonnez l’alerte, vos ouailles courent s’équiper au village (si vous avez pensé à faire des armes bien entendu), montent dans les éventuelles tours de guet et une mêlée confuse et sanglante s’en suit. C’est bref, intense et surtout meurtrier si vous n’étiez pas préparé.

Mais non c’est pas lourd…

L’évolution sur Dawn of Man est donc en dents de scie, avec des arrivées et des morts (naturelles ou non), mais n’est jamais frustrante. Soit on a oublié de produire quelque chose et cela se ressent quelques dizaines de minutes après, soit on planifie bien, on anticipe et tout roule. A ce titre, le jeu est bien plus accessible que Banished dans lequel la moindre erreur se paie cash et annihile quasiment votre colonie.

Il y a parfois beaucoup d’infos à l’écran

Vous l’aurez compris, je suis fan de Dawn of Man, malgré ses défauts. Dont je n’ai pas parlé jusqu’à maintenant mais que voulez-vous, porté par mon enthousiasme j’essayais de les occulter. Tout d’abord, le système de priorisation des tâches part parfois en vrille si vous le saturez. Vos gens ne font plus vraiment ce que vous voulez et il faut manuellement tout supprimer pour partir sur des bases saines. Cela oblige à y aller mollo et à ne pas se disperser, et surtout à supprimer au bon moment les zones de travail qui n’ont plus lieu d’être. Ensuite, vous villageois font parfois preuve d’une telle abnégation qu’ils en oublient leurs besoins vitaux. Il m’est arrivé d’avoir une dizaine de morts parce qu’au lieu d’arrêter ce qu’ils faisaient pour aller manger, ils continuaient leurs tâches. Là encore, leur ordonner manuellement d’aller se reposer/manger/prier (ce qui augmente leur moral) résout le souci mais oblige à les micro-manager. Petit détail aussi, une mini-map, même si elle n’est pas vraiment indispensable, aurait permis de se déplacer rapidement d’un point à l’autre de la carte. En l’état, il faut chercher manuellement le lieu désiré, ce qui peut être fastidieux.

Mais le plus gros point noir n’est pas technique. C’est plutôt le manque de contenu actuel, mais fort heureusement, Madruga Works semble être un studio à l’écoute de sa communauté et ne manquera sûrement pas de rajouter de nouveaux scénarios ou défis. En l’état, il y a trois scénarios de base disposant d’une difficulté progressive, quatre défis pas bien palpitants (comme mener un troupeau de mammouths à l’autre bout de la carte sans en perdre un seul… super !), deux bacs à sable et c’est tout. Le jeu étant ouvert aux mods, nul doute que la communauté en proposera (il y en a déjà un qui vous fait démarrer la partie seul) mais quand même, gardez à l’esprit que si vous êtes un habitué du genre vous resterez peut-être sur votre faim.

Ca en jette là, hein ?

Quoi qu’il en soit, je vous recommande Dawn of Man car il est rare d’avoir un jeu aussi propre et bien réalisé et surtout aussi travaillé. Les développeurs ont peaufiné l’interface pour la rendre quasi-parfaite (un zoom arrière plus puissant serait le bienvenu messieurs), on sent qu’il y a eu des heures de test pour que la Quality Of Life (QOL) soit au top. L’expérience s’en trouve subjuguée et malgré une bande son un peu faiblarde, on passe des heures devant le jeu sans s’en rendre compte. Derniers arguments de poids pour finir : le prix très raisonnable et surtout l’époque traitée. Franchement, vous en connaissez beaucoup des jeux basés sur la préhistoire, qui vous font chasser le mégacéros en slip de peau ? C’est bien ce que je pensais…

Genre : Gestion

Développeur : Madruga Works

Éditeur : Madruga Works

Date de parution : 1 mars 2019

Version presse fournie par les développeurs.

Harvester

Collectionneur compulsif et un peu trop passionné, accumule jeux et livres en essayant d'entraîner un maximum de gens dans ses vices...