Early Access: Menace
Le jeu vidéo de combat tactique rétro-futuriste tant attendu (par une poignée de fans, dont votre serviteur) est enfin dans les bacs, comme on disait au XXème siècle. Entendez par là disponible en téléchargement. Je fais bien sûr référence à MENACE, développé par le studio allemand Overhype, dont nous vous avions présenté la démo ici.
Je ne m’appesantirai donc pas trop sur la partie concernant les combats tactiques, exposée dans le précédant article, afin de me concentrer sur ce qu’apporte la version accès anticipé par rapport à la démo. Il faut souligner que le jeu est un peu brut de décoffrage et voué à évoluer et à s’améliorer, mais qu’il est tout à fait jouable en l’état. Il dispose même d’un tutoriel assez court, mais qui a au moins le mérite d’exister.
Le retour de la menace
Si vous prenez le train dropship en marche, sachez que dans MENACE les unités sont des équipes (squads) de combattants ou des véhicules individuels. Le jeu se déroule en tour par tour sur des cartes quadrillées, avec activations alternées des unités. Le terrain et les lignes de vue (et le brouillard de la guerre) ont bien sûr leur rôle à jouer et le moral et la suppression sont pris en compte. Vos squads sont customisables (armement, armures, armes de soutien, accessoires divers, mais aussi nombre de soldats par équipe).
Vos chefs d’équipe ont chacun leurs caractéristiques qui peuvent être améliorées au fil du jeu. L’appui aérien est également modélisé. En fait comme je le soulignais déjà dans le précèdent article, ce système pourrait être adaptable à tout conflit se déroulant à partir de la deuxième moitié du siècle dernier. Certains déplorent, sur les forums dédiés au jeu, l’impossibilité de créer son propre personnage de chef d’équipe pour le déployer sur le terrain. Mais le fait est que vous êtes censé représenter un commandant dirigeant ses combattants depuis un vaisseau en orbite, plutôt qu’un sergent ou un caporal.

Autre reproche fait au jeu par certains, l’absence de tir d’opportunité (overwatch). C’est un choix de conception assumé par les développeurs afin de rendre les parties plus dynamiques et vous forcer à privilégier la mobilité plutôt que l’affrontement statique.
En effet, ici pas question d’attendre que l’ennemi vienne se faire massacrer devant vos nids de mitrailleuses, il va falloir le débusquer vous-même. Personnellement, ces inconvénients ne me posent aucun problème et je trouve l’aspect tactique extrêmement intéressant et il ne devrait pas décevoir les fans d’XCOM et/ou Jagged Alliance tout en offrant un gameplay différent de ces glorieux ainés.

Marines ou marchands ?
Alors qu’apporte la version accès anticipé par rapport à la démo ? Le jeu vous met à la tête d’une unité de Marines de l’espace chargée de rétablir l’ordre dans une région reculée de l’espace appelée ‘Le Lointain’. Le hic est que votre vaisseau a été endommagé à sa sortie de l’hyperespace et que la plus grande partie de votre équipement et de votre armement a été perdue. Ainsi, à l’image d’un jeu comme XCOM 2 il vous faudra remplir des missions vous faisant affronter divers types de… menaces, afin de récolter et utiliser des ressources pour remettre en état le vaisseau vous servant de base d’opération mobile et se procurer de l’armement et du matériel pour rendre vos troupes plus efficaces.
Car au départ vous commencez avec trois chefs d’équipe et un pilote de véhicule, un transport de troupes équipé d’une mitrailleuse, des carabines comme armement et de simple treillis comme protections individuelles. Il va donc vous falloir vous procurer du matos sur le marché noir, en échangeant les marchandises et divers artéfacts afin d’étoffer votre arsenal sachant qu’en face l’ennemi va bien sûr devenir de plus en plus costaud.

Cet aspect gestion de ressource et commerce est intéressant puisqu’il vous permet non seulement de customiser et d’améliorer vos unités, mais aussi, bien sûr, votre vaisseau, dont les capacités vont pouvoir s’étoffer peu à peu, que ce soit, par exemple, avec l’adjonction d’une infirmerie supplémentaire pour soigner vos blessés ou l’installation de missiles air-sol afin de faire bénéficier vos troupes d’un soutien aérien rapproché. Et puis question quincaillerie il y a de quoi s’amuser, cela va du simple pistolet, au rayon de la mort venant des cieux (ou plutôt de votre vaisseau spatial).
Et les véhicules (blindés ou non) et leurs armements ne sont pas en reste. Encore faut-il avoir assez de ressources pour se procurer tout cet attirail. Quoi qu’il en soit la variété des armes, équipements, véhicules, armures, etc. potentiellement disponible est impressionnante. Il vous faudra donc jouer aux mercenaires de l’espace en prêtant votre force de combat aux différentes factions antagonistes qui peuplent le Lointain. Elles vous confieront diverses missions destinées à faire avancer leur agenda et en contrepartie de vos succès vous récompenseront avec du matériel et des ressources.

La mission
Les missions sont groupées au sein de mini campagnes composées d’affrontements successifs avec différents scénarios vous faisant progresser le long d’une arborescence (oui, des arbres en campagne c’est logique) vous permettant le choix entre plusieurs types de missions, vous faisant d’affronter plusieurs factions humaines telles que des pirates (comme pour la démo), des troupes renégates, mais aussi diverses espèces d’extraterrestres à l’aspect d’insectes sous stéroïdes. Tout ceci avant d’être confronté à la MENACE dont on ne vous divulguera pas la nature, si ce n’est que c’est un acronyme (oui, on ne soulignera jamais assez le danger des acronymes).
Il est à noter que les missions sont générées de manière procédurale, ce qui assure leur variété. De même les objectifs sont assez divers, cela va du classique ‘exterminez les tous’, à la sauvegarde de colons en danger (non, là je ne parle pas de la lutte contre la colopathie fonctionnelle), en passant par la récupération de divers artéfacts (comme des échantillons extraterrestres par exemple), la défense de zone, le sabotage d’installations ou encore la capture de positions stratégiques. A cela s’ajoute des objectifs secondaires rapportant des ressources supplémentaires. Il y en a donc pour tous les gouts.

Chaque mission réussie, en plus de vous faire progresser le long de l’arborescence de campagne vous permet de récupérer divers équipements et bonus, jusqu’à la mission finale, qui en améliorant la confiance de la faction qui vous a engagé, débloque de nouveaux équipements spécifiques.
C’est personnel
Les ressources que vous accumulez vous permettent de recruter du personnel local (des mercenaires) pour étoffer vos effectifs et en particulier de nouveaux chefs d’équipes ou de nouveaux pilotes de véhicules. Chaque chef a ses propres caractéristiques influençant la résolution des combats et son propre arbre de compétences lui apportant des bonus au fur et à mesure que grandit son expérience des combats. Cela vous permet de spécialiser vos équipes car chaque chef à sa spécialité.

Non, là je ne parle pas de cuisine, mais du fait qu’ils soient plus ou moins doués pour la reconnaissance, l’appui, le tir, la furtivité, etc. A vous donc de leur assigner le bon matériel pour leur permettre d’accomplir leur mission dans les meilleures conditions. La fatigue de vos commandants est, bien sûr, également prise en compte. Faites les enchainer trop de missions et ils seront épuisés et leurs caractéristiques (en particulier leurs précieux points d’action) en pâtiront. Il faut donc prévoir une rotation des effectifs.
La couche de gestion intégrée à l’accès anticipé est donc très complète et vous entrainera dans de longues minutes de réflexion et de choix cornéliens afin d’optimiser tant votre personnel que son équipement. C’est d’ailleurs l’une des grandes réussites du jeu : il vous force quasi constamment à devoir prendre des décisions. Ne serait-ce que, par exemple, sur le type et le nombre de troupes (et leur équipement) que vous voulez engager dans une mission, puisque chacune d’elle fixe un budget limite au déploiement. Ou encore durant les phases entre deux campagnes où des évènements aléatoires peuvent surgir.

Le beau jeu
En ce qui concerne les graphismes le jeu est bien réalisé et la modélisation des unités en 3D est très propre tout, comme le sont les effets spéciaux (tir, explosions, incendies, etc…) et les animations. Il en va de même au niveau sonore. Les décors ne sont pas en reste, avec des environnements variés (biomes arctiques, désertiques, forestiers, etc..), des éléments de décors destructibles, mais aussi une météo et des conditions de luminosité changeant au gré des missions. On voit que les développeur ont eu à cœur d’offrir un jeu à la fois esthétiquement attrayant et accessible, et, de mon point de vue, ils ont réussi.

Il est à noter cependant qu’il existe une certaine ambiguïté entre les terrains (en particulier les bâtiments) à travers lesquels il est possible de faire feu et ceux qui bloquent les lignes de tir. Si le fait de cliquer sur une cible vous permet de savoir si elle est bien dans le champ de tir de votre unité active, il est parfois compliqué de savoir si celle-ci est visible par l’ennemi ou non.
Soulignons que l’interface du jeu est entièrement traduite en français, mais qu’elle n’est pas toujours parfaite, avec des termes parfois étranges comme la traduction de tour (de jeu) par Rotation par exemple ou encore Staff Sergeant (sergent-chef) traduit par Sergent d’état-major. Ça sent le recours au (mauvais) logiciel de traduction automatique. Par contre les dialogues, eux, restent en anglais.

Un accès un peu trop anticipé ?
Côté ergonomie on peut regretter le fait qu’il n’existe pas de mini-carte du champs de bataille, mis à part celle proposée au début de la mission. Ce qu’il fait qu’il est parfois difficile de s’y retrouver, d’autant plus que les cartes sont vastes. Le corolaire est que les missions sont longues à jouer et qu’il n’est pas toujours aisé de déterminer les objectifs de celles-ci. Entendez par là qu’il faut souvent parcourir la carte en tous sens avant de débusquer tous les ennemis, surtout de nuit, ce qui peut devenir lassant à la longue.
Les briefings de missions sont parfois peu clairs. Ainsi par exemple on vous demande de saboter une installation, sans vous préciser comment et avec quel matériel le faire. Faut-il tirer dessus jusqu’à ce qu’elle explose ? Y placer des explosifs (encore faut-il en avoir de disponibles) ? Rien n’est explicité et il faut deviner par soi-même qu’il suffit d’arriver adjacent à la cible pour qu’une icône de sabotage apparaisse. C’est un peu léger.

Et puis certaines fois un bug rend la mission impossible à accomplir. Par exemple votre transport de troupe peut se retrouver coincé (on ne sait pourquoi) sans pouvoir bouger dès le début du scénario. C’est l’échec assuré si le but est justement de lui faire évacuer la carte.
Ou encore lorsqu’il faut récupérer une cargaison comme objectif secondaire mais que celle-ci se trouve au sommet d’une montagne (terrain infranchissable). Heureusement, le seul impact de la perte d’une campagne est une baisse de popularité auprès de la faction qui vous a engager, ce qui est rattrapable. Mais, attendez-vous à éventuellement subir des échecs, non pas à cause de manque de compétence, mais en raison de quelques bugs frustrants.

A cela s’ajoute le côté obscur d’un système de génération procédurale des missions : le hasard des algorithmes fait que certaines sont très courtes et très simples tandis que d’autres trainent (trop) en longueur et/ou sont particulièrement ardues, quel que soit le niveau de vos troupes.
Ainsi, si vous appréciez les jeux privilégiant une courbe de difficulté progressive vous risquez d’être déçus. Autre défaut persistant, l’impossibilité de sauvegarder une partie en cours de mission. C’est dommage, d’autant plus que, comme nous le soulignons plus haut, la résolution des missions peut prendre un temps certains.

C’est d’ailleurs là qu’apparait l’un des problèmes du jeu : à la longue il peut devenir lassant, en particulier du fait de la grandeur des cartes que vos unités essentiellement composées d’infanterie vont parcourir (prudemment) à l’allure d’escargots. L’achat de véhicules devient ainsi un passage obligé si l’on veut accélérer le tempo du jeu. Il vous faudra rapidement transformer vos fantassins en infanterie motorisée, les véhicules blindés apportant à la fois mobilité, protection et puissance de feu.
Que faut-il conclure de ces tests ? Le jeu est encore en travaux sur certains points que nous avons évoqués, mais cependant déjà très intéressant à jouer. Les fans de jeu de combat tactique y trouveront très certainement leur compte et pourront consacrer de longues et passionnantes heures à manœuvrer et gérer leur compagnie de Marines, avec comme toile de fond le mystère grandissant de la MENACE. Pour les autres il serait plus recommandable d’attendre un peu que les défauts de jeunesse soient corrigés, le jeu s’avérant de toute façon très prometteur.
Genre : Combat Tactique en Tour par Tour
Développeur : Overhype Studio
Editeur : Hooded Horse
Date de sortie : 6 Février 2026
Testé sur une version presse fournie par l’éditeur

Genre : Combat Tactique en Tour par Tour