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Early Access: Greedfall: the Dying World

Vous connaissez le dicton : « Si quelque chose fonctionne bien, défoncez-le à la masse jusqu’à ce qu’il n’en rester plus rien » ? Moi non plus mais de toute évidence, il est resté bien ancré dans la tête des développeurs de Greedfall: the Dying World lorsqu’ils se sont mis à l’ouvrage.

Vous aimiez Greedfall premier du nom pour cette représentation fantasmée et très stylisée des 17ème et 18ème siècles, à une époque où l’industrialisation des empires européen étaient en train de faire d’eux les maîtres du globe ? Circulez, il n’y a – plus – rien à voir. Avec Greedfall: the Dying World, Spiders balaye tout d’un revers de manche (de bûcheron) et revient aux fondamentaux de l’heroic fantasy avec ses guerriers, mages, archers, monstres et tous ces poncifs accumulés depuis la sortie en librairie du premier Seigneur des Anneaux.

Et vous me saupoudrerez tout ça d’une pincée d’écologie, hein ? Vous aimiez les combats vifs et nerveux du premier épisode ? Vous allez adorer découvrir que la suite opte pour des combats avec pause tactique d’une mollesse assez effroyable. Vous vous rappelez de ce premier Witcher où vous aviez l’impression de taper 9 fois sur 10 à côté de la plaque parce que les animations ne correspondaient pas vraiment aux lancers de dés qui s’opéraient en arrière-plan et encore moins à vos clics énervés sur la souris ?

Et bien là, c’est à peu près la même chose. En pire. Se planter avec une chose mais se planter avec panache, ça, c’est français ! Et Spider a bien l’intention de le démontrer. Autant vous dire que première partie du jeu, tutoriel à peine déguisé, a provoqué chez votre humble serviteurs d’insondables frayeurs. Comment ça, j’en fais des caisses ?

Mais la question mérite d’être posée. Et si Greedfall: the Dying World… c’était tout pourri ? En dehors des personnages au look assez bariolé et au vocabulaire qui donne l’impression qu’on a enregistré les lignes de texte en langue étrangère puis inversé le sens de lecture, l’uncanny valley se rappelle à notre bon souvenir. Et, en bonus, on doit se coltiner tous les poncifs du récit bienpensant.

Après passage dans le moteur de création de personnages qui donne des résultats qu’on qualifiera poliment de surprenants et perfectibles, on découvre rapidement que notre héroïne (ou héros, soyons inclusifs) est née dans un village de pécores au beau milieu d’un continent qui s’appelle… humm… attendez, ne partez pas, ça va me revenir… et que depuis quelques années, les étrangers viennent des quatre coins du monde pour envahir ce paradis préservé et lui imposer leurs travers industrialistes et consuméristes ?

Bref, quatre ethnies disparates tentent maladroitement de cohabiter et coexister sur ce territoire à qui on avait, jusque-là, foutu une paix royale. Et les différences de comportement et de philosophie qui existent entre elles sont introduites à la truelle au gré de quelques dialogues qui feraient passer Elex pour un mètre étalon du World building. « Méwé, les poissons, ils sont tous morts, c’est la faute à Voltaire ! ».

Heureusement, la shaman locale, à qui on ne la fait pas, a déjà tout compris au bout de cinq minutes d’intrigue ! « Alors, tu vois, à l’ouest il y a les yeux jaunes qui sont venus avec leur rafiots métalliques et qui font rien qu’à construire tout partout en coupant tous les arbres. Salauds d’étrangers, va ! Et à l’est, il y a ces gros bâtards qui passent leur temps à poser des pièges qui tuent notre gibier tout en installant des villes tout partout. Salauds d’étrangers, va ! ».

Et bien évidemment, il y a également ce peuple qui, histoire de raccrocher les wagons avec le premier épisode, vous amène sa cochonnerie de maladie quasi-incurable qui vous transforme en un croisement artistique entre Giger et Rodin. Salauds d’étrangers donc. Bien heureusement, les développeurs se rappellent au bout d’une quarantaine de minutes qu’il s’agit d’un jeu de rôle qui ne saurait être aussi manichéen.

Bref, entre la xénophobe trumpiste qui voudrait foutre dehors tous les étrangers et le vieux hippie, chef du village, qui vous explique que c’est quand même bien cool d’accueillir le reste du monde, il va vous falloir vous déterminer en allant rencontrer ces étrangers aussi controversés, leur taper la causette (ou la tronche) pour vous faire votre propre opinion. Bienveillante, l’opinion, mais un peu virile quand même.

Et c’est là que commence un chemin de croix qui m’a incité à aller regarder la date à laquelle le jeu a été proposé à la vente en Early Access sur Steam. 24 septembre 2024. Ah oui, quand même ! Alors, si je comprends bien, un jeu sorti il y a plus d’un an et demi est quand même capable de corrompre votre sauvegarde au fur et à mesure des mises à jour.

Très bien, très bien, je n’avais qu’une envie, c’était clairement de me retaper le prologue. Un peu plus tard, mon personnage ne réagit plus, ne peut plus frapper sur qui que ce soit (il est donc super bienveillant) et les boutons ne réagissent plus. Il a fallu que je courre comme un gland jusqu’à un campement de bûcherons pour que le jeu se décide à brutalement me redonner accès aux commandes de mon propre personnage et, accessoirement, à la sauvegarde.

Hé, les mecs, on est là pour la baston. Allo ?

Un peu plus loin, ce sont des ennemis qui restent figés comme des bâtons en attendant de se faire taper dessus. Et ça me permet d’ailleurs de constater que ce sont de beaux sacs à PV vu qu’il me faut deux bonnes minutes qu’il faut pour les achever alors qu’ils se contentent gentiment de siffloter en prenant des baffes. Je peux tout à fait comprendre que le framerate fasse un peu le yoyo, ce qui n’est d’ailleurs pas complètement le cas, quand il s’agit d’un jeu en accès anticipé.

Je pourrais même comprendre la présence des gros méchants bugs susvisés si on m’affirmait, les yeux dans les yeux, que le jeu est sorti il y a quelques jours. Mais là, le problème, c’est qu’il commence à avoir de la bouteille (1 AN, 4 MOIS et 24 JOURS !) et que les bugs restent tout de même assez incompréhensibles à ce stade de développement et rares par rapport à ce que propose la concurrence.

Ça fait des années, depuis la sortie de Mars: War Logs et de Technomancer, qu’on sait tous parfaitement que l’équipe de développement française Spiders a les yeux plus gros que le ventre et tente de faire du AAA avec un budget infiniment moindre. Les bugs et les problèmes de finition, c’est un truc qu’on a déjà connu quand on a déjà posé les mains sur l’une de leurs productions.

Mais là, il y a un manque de finition qui paraît assez catastrophique à ce stade du développement et alors que le jeu quittera l’accès anticipé le 10 mars prochain. On a un peu l’impression que Spiders essaie de faire du Bethesda mais ne suis pas sûr que la marge de progression soit la même. Admettons que les multiples bugs qui truffent cette version en cours de développement finissent par disparaître subitement, ça serait chouette.

Oui, ça serait chouette mais il n’en resterait pas moins que la suite de Greedfall se révèle malheureusement être assez ennuyeuse, aussi bien dans son intrigue que dans son gameplay. Les personnages principaux, au charisme discutable et qui baragouinent des tirades interminables et soporifiques avec le sérieux d’un Pape, ne nous aident pas non plus à nous plonger dans cette fable vaguement écologiste qui recycle les pires poncifs que le monde vient déjà de se coltiner dans la série Avatar.

Oui, la technologie a des aspects négatifs et bousille la nature ; oui, les peuples les moins proches de la nature ont tendance à se moquer de la survie de la faune et de la flore ; oui, les colons sont très méchants et se moquent du bien-être et de la survie des populations natives. Et oui, tout ce petit monde va rapidement finir par se mettre sur la tronche. Merci, Spiders, pour ce rappel de haut vol de la condition humaine !

Et je ne parle même pas de tous ces PNJ qui ne réagissent ni au monde qui les entoure, ni à votre approche, qui n’ont rien à vous dire et qui restent plantés comme des piquets dans le décor. Et là, ce n’est pas un bug, c’est juste un monde dénué de vie. J’imagine que ça à voir avec le développement progressif du jeu mais c’est une totale régression par rapport à ce qu’on trouvait dans le premier opus sorti il y a déjà plusieurs années.

Et ça, c’est difficilement acceptable en 2026. Après Test Drive Solar Crown, je commence à m’interroger sur le beta testing chez Nacom. Mais ne croyez pas que tout est à jeter. Certains panoramas restent très plaisants et quelques personnage montre que le mode de création de personnage, bien employé, ne se débrouille pas si mal. Le jeu tourne plutôt bien, quelque soit le niveau de détail et les chargement ne sont pas excessifs. Oui, je rame pour trouver du positif.

Mais, au-delà de l’histoire, j’aimerais bien savoir comment expliquer cette subtile et diffuse sensation d’ennui qui pèse sur moi à chaque fois que je lance votre jeu ? Prenons pour exemple la quête qui se déroule dans une mine que vous devez infiltrer avec vos compagnons (bon courage vu leur dégaine) pour comprendre ce qui s’y passe réellement et pourquoi les eaux avoisinantes semblent charrier des bancs entiers poissons morts et rendre malades les gens de votre village.

En dehors du fait que cette visite de la mine locale est un poncif présent dans 99 % de la production heroic fantasy, on ne peut que déplorer le peu d’intérêt que suscite cette balade souterraine et la trame scénaristique qui semble avoir été collée au forceps.

Au final et dans son état actuel, Greedfall 2 est une sacrée déception qui, manette en main, suscite hélas bien plus de bâillements que de cris de joie (bon, ok, ça arrive assez peu souvent) et d’enthousiasme. J’aimerais beaucoup pouvoir vous affirmer que les choses vont s’améliorer mais près de deux ans après sa sortie en Early Access et à quelques semaines de l’arrivée d’une version finalisée, j’ai un peu de mal à y croire.

Au final, c’est un beau sentiment de gâchis qui prédomine et une fois de plus avec ce développeur, je me console en disant que la prochaine fois sera la bonne. Faudrait juste que ça arrive pour de vrai, cette fois.

Genre : RPG

Développeur : Spiders

Editeur : Nacom

Date de sortie : 10 mars 2026

Testé sur une version presse fournie par l’éditeur

Baalim

Vieux joueur, atariste convaincu, collectionneur de trucs bizarres et hétéroclites, geek à ses heures perdues, pratiquement certain de n’avoir rien signé et de ne pas être payé, il se demande encore ce qu’il fait là.

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