Battles Magazine

Une fois n’est pas coutume, je vais vous parler d’un magazine français dédié aux wargames et autres jeux historiques, Battles Magazine. Oui, un domaine qui n’est pas sous le feu des projecteurs mais qui dispose d’une communauté solide et très active. Découvert avec le numéro 12 (soit le dernier sorti) via Strategikon, ce magazine au rythme de sortie que nous qualifierons poliment d’irrégulier est une mine d’informations pour les amateurs. 132 pages au contenu très dense, écrites dans un anglais accessible et regroupant les plumes d’une tripotée d’auteurs, le tout chapeauté de main de maître par Olivier Revenu dont nous vous proposons une petite interview ci-dessous. Autant vous dire que vous ne le lirez pas en deux heures…

Au sommaire de ce numéro 12, des tests de jeux (Ligny 1815, Old School Tactical 2 West Front, Sherman Leader…), des articles de fond et surtout un jeu en encart : Night Drop 2 Pegasus Bridge. Ne l’ayant pas encore testé, je suis dans l’impossibilité de vous vanter ses mérites mais les retours sur BoardGame Geek et Strategikon sont excellents et le jeu jouable en solo. Il vous permettra de rejouer les assauts de la 6th British Parachute Division à l’Est de Caen pendant la nuit du 5 au 6 Juin 1944 grâce aux règles de Night Drop premier du nom, adaptées et corrigées. A l’instar du magazine, la qualité du matériel est impeccable et montre bien que l’on a dans les mains le produit de passionnés. Et si ces événements vous sont méconnus, sachez qu’un article associé est présent dans le magazine.

La mise en page du magazine est excellente, bien que le format spécifique du magazine (plus petit qu’un A4) rende les textes très compacts (mais toujours lisibles). La qualité de production est professionnelle et n’a pas à rougir face à la concurrence que l’on trouve en kiosque, bien au contraire. C’est donc une revue très agréable à parcourir, dont chaque article est une mine d’information. J’ai adoré la chronique sur le premier Kriegsspiel, les différents tests de jeu ainsi que l’apport historique de chaque article. Certains seront rebutés par l’utilisation de la langue de Churchill mais à part quelques termes spécifiques, il n’y a rien d’insurmontable. Les auteurs ont bien évidemment leur style tout en partageant deux particularités : la passion et un style fluide ce qui permet aux textes, malgré les thèmes abordés, de rester digestes et instructifs.

Mon verdict est donc sans appel : que vous soyez déjà amateur de wargames ou désireux de vous lancer, Battles Magazine est un indispensable. Complet, offrant un jeu de qualité, il vous permettra d’avoir un regard de passionnés éclairés sur nombre de jeux. Le numéro 13 (qui inclut en encart Solferino 1859) ayant débarqué entre la rédaction de cet article et l’interview présentée ci-dessous, s’avérant tout aussi dense et intéressant, je ne peux que vous recommander d’aller le commander pour avoir de la lecture sur la plage ! Et information de dernière minute, tous les numéros épuisés (du 1 au 11) sont maintenant disponibles sur la boutique en PDF à prix réduit.

Voici maintenant une interview du rédacteur en chef, Olivier Revenu, qui a gentiment accepté de répondre à mes questions.

Bonjour Olivier. Tout d’abord merci de prendre du temps pour répondre à nos quelques questions. Commençons par un grand classique, la présentation. Qui es-tu, quel est ton parcours et surtout pourquoi n’avoir jamais traversé l’Adour pour aller vivre dans les Landes ?

51 ans, graphiste free lance depuis plus de trente ans… j’ai traversé l’Adour il y a 14 ans, mais dans l’autre sens. Je suis parisien pur jus, fils de parisien, petit fils de parisien etc… On s’est installés au Pays Basque, pays natal de ma femme. C’est la plus belle région de France (parfaitement), et une des plus belles du monde (oui). On y vit très bien, que ce soit sur la côte ou dans les terres, au niveau de la mer ou dans les montagnes. Mon activité wargame y est hélas très fortement concurrencée par toutes les possibilités d’activités outdoor (parapente et cheval pour ma part). Les basques sont des gens chouettes. C’est un mélange de pays du sud et de Bretagne ou d’Irlande, pour faire simple…

Quant aux Landes… sais tu pourquoi les Landais ont de grandes oreilles ? Parce que quand ils sont petits, leurs pères les soulèvent au-dessus des maïs en les attrapant par les oreilles, les tournent vers le sud, et leur disent « tu vois là bas, petit ? C’est beau hein… C’est le pays basque ». Voilà. Donc le nord de l’Adour, non, a priori c’est fini.

Comment t’est venue l’envie de créer Battles Magazine ?

J’avais commencé à travailler pour le wargame « pro » avec Mark Walker et Lock n’ Load Publishing en graphisme. Je lui avais proposé l’idée de publier un magazine (c’est un peu mon truc). Il n’en a pas voulu (mais s’est finalement décidé sur le tard avec Yaaah!). Du coup, je l’ai fait tout seul. A l’époque il n’y avait que Against The Odds, Strategy & Tactics, Paper Wars (en noir et blanc et sans jeu) et évidemment Vae Victis. L’envie c’était surtout de faire le magazine que j’avais envie de lire et que je ne trouvais pas dans la production de l’époque. Et aussi de faire un truc dans le wargame en choisissant ses propres contraintes.

Où as-tu déniché tous ces auteurs ?

Principalement sur Consimworld, le forum de référence à l’époque. On y rencontre des wargamers de la terre entière, des joueurs, des designers, des éditeurs. Il faut faire le tri, comme sur tous les forums, mais on y lit des interventions d’assez haut niveau parfois. Il semble que l’activité sur CSW soit en baisse ces dernières années, c’est dommage. Le démarrage a été assez génial, j’ai envoyé des mails aux gusses dont j’aimais les interventions sur le forum en leur demandant s’ils ne voulaient pas écrire pour un nouveau projet éditorial, un magazine français, en anglais, publié par un gars qui débarque de nulle part. La plupart ont répondu oui. C’était chouette. Luc Olivier, que j’avais peut être dû croiser une fois avant ça, a accepté de créer un jeu pour le n°1, Striking The Anvil. On l’a testé ensemble, chez lui, c’est un bon souvenir. Luc est un type vraiment chouette, avec plein d’idées, évidemment passionné, et tout sauf une diva.

Comment se passe la conception d’un numéro ? Tu as une liste de sujets et de jeux à aborder ou tu laisses chacun écrire sur ce qu’il veut ?

C’est un peu les deux en fait. Vu le rythme erratique du magazine et le temps qui passe généralement entre deux numéros, je me fais souvent une longue période de sevrage internet et wargame. Quand je m’y réattaque, je suis souvent un peu largué au niveau de l’actualité wargamistique.

Et au niveau de la langue ? Cela n’est pas trop compliqué de devoir traduire une partie des articles ? Vous n’avez jamais eu de demandes pour un passage au français ?

90% des articles arrivent en anglais. Je les fais relire et corriger si besoin la plupart du temps par un anglais « natif ».

Battles en français est un sujet qui revient régulièrement, à chaque numéro ou presque. Ca ne se fera pas, pour plusieurs raisons. L’idée de Battles ça a toujours été de faire un magazine international . Ça me plaît d’avoir des auteurs et lecteurs français, américains, chinois, brésiliens…C’est amusant parce que certains, parfois, voient presque ça comme un acte de « trahison ». Un mauvais français vendu au monde anglo-saxon. C’est débile. Battles fait bien plus pour le wargame français je crois que s’il était publié dans la langue de Matt Pokora. Il n’y a pas d’exception française dans le wargame, les joueurs et les jeux français ne sont ni meilleurs ni moins bons que les américains, les finlandais ou les japonais. C’est quand même très motivant de pouvoir échanger facilement sur un sujet commun avec une communauté issue de tous les coins de la planète.

Ensuite je ne pense pas qu’il y ait en France un lectorat potentiel suffisant pour que le magazine puisse vivre. Je pense que Vae Victis survit largement grâce aux figurinistes et parce que c’est un magazine de référence. Et quand bien même ce serait possible, il est évident, de mon point de vue, que si un nouveau magazine wargame apparaissait en France et en français, il y aurait une lutte à mort entre celui-ci et Vae Victis (il n’y a évidemment pas la place pour deux magazines wargames en français…). Et c’est une bataille qu’il ne m’intéresse ni de perdre ni de gagner. Je lis VV régulièrement depuis le n°1, c’est grâce à un article de VV que je suis revenu aux wargames après une longue période d’abstinence, VV a largement contribué au fait que les wargames existent toujours en France etc. Longue vie à VV !

Le lectorat de Battles, c’est (à la louche et selon les numéros): 30% US, 10% France (merci Strategikon !), 30% reste de l’Europe, 30% reste du monde.

Tu es dessinateur de formation mais tu t’es déjà essayé à la conception de wargames. Peux-tu nous dire comment tu as franchi la frontière entre les deux domaines ?

En ce qui me concerne, la frontière entre jouer aux wargames et « créer du wargame » a toujours été très mince. C’est d’ailleurs un des points forts du wargame à mon avis : la possibilité et la facilité du Do It Yourself. Quand j’ai commencé à jouer sérieusement aux wargames, c’était avec Squad Leader et j’ai très vite commencé à dessiner mes propres cartes, créer mes propres scénarios etc. Je crois que tous les wargamers ont déjà modifié leurs jeux, rêvé d’un système ou d’une adaptation, griffonné quelques notes de conception etc… C’est une partie intégrante du jeu à mon avis. Jouer aux wargames ça te fait forcément réfléchir à la modélisation et si tu as un peu de temps, tu passes le cap, tu dessines une carte et des pions, tu bricoles un système…

Maintenant que le numéro 13 est prêt à être expédié, quels sont tes projets ?

Le numéro 14 et la sortie de jeux en boîte. On travaille avec Laurent Closier sur une nouvelle mouture de Night Drop, incluant le secteur de la 101st et de la 82nd.

Pour quand peut-on espérer le numéro 14 (oui je sais, c’est une question vache) ?

Si tout va bien avant la fin de l’année (et oui, je parle de 2019…).

Harvester

Collectionneur compulsif et un peu trop passionné, accumule jeux et livres en essayant d'entraîner un maximum de gens dans ses vices...

3 pensées sur “Battles Magazine

  • 28 août 2019 à 22 h 57 min
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    Très sympa comme interview !
    Ah oui, vive Battles et Vae Victis !

    • 28 août 2019 à 23 h 30 min
      Permalink

      Merci 🙂

Commentaires fermés.