Jurassic World Evolution

Cela ne vous aura sans doute pas échappé, cher lecteur au regard vif et pénétrant, mais j’aime bien les jeux de gestion. Et j’aime vous en parler. J’aime aussi les dinosaures, comme beaucoup. Je voulais être paléontologue quand j’étais petit, pour ne rien vous cacher. Donc quand Jurassic World Evolution est sorti, forcément j’étais dans les starting-blocks. Mais, excès de prudence ou flair, je me suis retenu de le prendre à plein tarif. J’ai observé les évaluations Steam au fil des semaines, prenant peur devant les critiques assez négatives. Mauvais jeu de gestion, trop facile, bugs récurrents… ça pleuvait dans tous les sens et je m’étais fait une raison.

Mais pendant les vacances de fin d’année, au détour de soldes Steam bien décevantes, je suis retombé dessus. Les évaluations étaient passées positives et le prix tout à fait correct, sous la barre fatidique des 15€. « Au diable les varices » me suis-je exclamé, saisissant ma carte bleue d’une main et rattrapant le chat qui dormait sur mes genoux de l’autre. Une bonne vingtaine d’heures plus tard, mon analyse de la production de Frontier Developments est sans appel : c’est un très mauvais jeu de gestion mais un super outil pour faire mumuse avec des dinosaures. Et une sacrée madeleine de Proust. Voir son premier Brontosaure dans un parc aménagé avec amour… Je… c’est trop… Désolé, l’émotion !

Dans Jurassic World Evolution vous aller recréer une cinquantaine de dinosaures, à condition d’avoir récolté assez d’ADN sur les sites de fouille. Plus le génome est complet, plus votre bébé sera viable et plus vous pourrez le modifier génétiquement, en le rendant plus résistant, agressif (si vous êtes dans le trip « combats de dinosaures »), changer sa couleur, lui mettre des oreilles de lapin et autres délires scientifiques. Faire des fouilles dans ce jeu n’est pas aussi sexy que vous pourriez le penser : vous cliquez sur un point bleu, un hélico part et vous attendez. Pareil pour la recherche d’ADN, vous sélectionnez le fossile à étudier et vous attendez… Il aurait pu être sympa d’avoir des mini-jeux à la place, mais cela aurait forcément amené une certaine lassitude à force de se les cogner, comme pour ces gardes à qui il faut manuellement ordonner d’aller remplir les mangeoires. Oui, vous pouvez recréer des dinosaures mais ceux-ci ont besoin de mangeoires, ils ne peuvent pas brouter comme une vulgaire vache… Cet exemple est à l’image de l’expérience apportée par Jurassic World Evolution : de super moments entrecoupés d’autres plus… frustrants dirons-nous poliment.

Le mode construction est exactement ce qui pourra pousser les moins patients à désinstaller le jeu et à demander un remboursement. Les cartes sont relativement petites et les différents bâtiments démesurés par rapport à la place disponible. De plus, il est parfois impossible de les placer car le terrain n’est pas entièrement plat (même si vous avez passé 10 minutes dessus avec l’outil dédié) ou une bêtise dans le genre et il n’est pas rare de devoir raser des zones entières pour recommencer plus proprement. Car bien entendu vous ne pouvez pas déplacer un bâtiment déjà construit ! On a vu plus intuitif et sympa…

Je parle je parle et je m’aperçois que je n’ai pas abordé la pan gestion du titre. Et pour cause, il est quasiment absent ! Vos visiteurs arrivent automatiquement dans le parc et ont des besoins basiques : nourriture, divertissement, achats… Vous placez donc tant bien que mal des boutiques et autres hôtels ici et là et… c’est à peu près tout. L’argent va rentrer à flot, vous pouvez retourner faire mumuse avec vos dinos, plus difficiles à satisfaire. Il faut dire que certains aiment vivre en troupeaux, alors que d’autres ne supportent pas la surpopulation. Il vous faut donc jongler entre les espèces, la densité de forêt ou de plaine pour satisfaire tout ce petit monde. Car s’ils descendent en deçà de leur seuil de confort, ils détruisent vos barrières et foncent dans la foule. Cela fait désordre mais rassurez-vous, les gens oublient vite ! Ces derniers veulent aussi voir les dinosaures, mais semblent incapables de les voir à travers un grillage. Votre allée fréquentée par 2000 personnes passe à 2m de la clôture d’un Tyrannosaure ? Ça ne compte pas ! Il faut donc construire aux endroits stratégiques des postes d’observation pour que l’exposition de vos pensionnaires soit optimale. C’est idiot mais on n’est pas à ça près avec ce jeu…

En plus de l’argent gagné via vos attractions, trois départements (sécurité, divertissement, sciences) vont vous demander de remplir des contrats, aux objectifs vite répétitifs et bien souvent trop simples. Ces contrats offrent non seulement de l’argent mais aussi permettent de débloquer de nouvelles technologies pour votre parc. Il convient donc de les faire, sachant qu’il n’y a absolument aucune sanction si vous en refusez ou abandonnez un. En plus, ils permettent d’avoir des interventions des acteurs des derniers films ce qui, je suis sûr, est un argument de poids dans l’achat d’un jeu…

Après plusieurs grosses soirées dessus, mon cœur balance toujours. Au niveau gestion il n’y a pas de challenge, tout est étudié pour que vous y arriviez. Même sur la carte où vous débutez avec des comptes dans le rouge il suffit de quelques minutes pour repasser en positif. L’argent rentre et est dépensé sans qu’on y fasse attention. Satisfaire les visiteurs est soit très facile soit extrêmement difficile du fait de l’impossibilité de construire les infrastructures comme on le voudrait. La répétitivité de certaines tâches est aussi un point noir et il est rageant de voir vos gardes se tourner les pouces au lieu d’aller remplir les mangeoires ou soigner les dinos malades. Amateurs de Banished et autres Anno, passez donc votre chemin, vous ne trouverez dans cette production aucun challenge.

Hey on peut la jouer GTA !

Cependant, lorsque l’on s’intéresse à l’autre pan du jeu, le contemplatif, force est de constater que la sauce prend. Sauter dans une jeep pour aller prendre des photos de vos pensionnaires, envoyer des tranquillisants depuis un hélico ou tout simplement vous promener au milieu de la faune est un plaisir sans fin. C’est ce qui m’a poussé à passer des heures dessus, à découvrir de nouveaux dinosaures, leur trouver l’enclos idéal et les regarder se promener. Bon, ils sont parfois bêtes à bouffer du foin, avec par exemple ces maiasaura qui ne peuvent vivre qu’en troupeau et qui s’affolent dès qu’ils s’en éloignent, provoquant panique et dégâts dans le parc. J’avoue aussi avoir provoqué des combats entre titans, juste pour augmenter ma note de parc et pour le plaisir des yeux. A moins de 15€, Jurassic World Evolution est un investissement qui vous occupera un bon moment, grâce à sa campagne scénarisée et son mode bac à sable. Vous ne vous ferez pas de nœuds au cerveau et vous ragerez parfois contre ces petits points énervants comme le micro management ou le mode construction. Mais vous en tirerez un plaisir simple, comme quand vous étiez gamin et que vous jouiez avec vos dinos en plastique. Idéal pour initier votre neveu à ce genre de jeu, avant de le balancer sur Banished en mode hardcore avec deux paysans sans ressource sur une carte enneigée… A son prix normal par contre, je le déconseille, ses bugs et défauts passant beaucoup moins facilement.

Genre : Gestion

Développeur : Frontier Developments

Éditeur : Frontier Developments

Date de parution : 12 juin 2018

L’avis de SAAvenger : Alors contrairement à mon estimé collègue -profite ça n’arrivera pas tous les jours- j’ai un peu moins attendu avant de craquer (bon 27€ pour un jeu aussi beau que celui-ci et avec des DINOSAURES ! c’est pas la mort, si ? euuh) et je suis aussi beaucoup moins indulgent avec le titre. Visuellement c’est superbe malgré une taille de carte limitée on a encore de quoi faire. J’ai eu plus de difficultés à effectuer la première mission car le fait qu’il faille un bâtiment incubateur par type de dinosaures n’était pas évident (en tout cas jusqu’au moment où vous pourrez endormir et déplacer vos dinosaures avec le personnel du parc) et je me suis vite lancé dans le mode bac à sable déjà moins restreint. La recherche est super sympathique avec des équipes d’archéologues à envoyer et des morceaux d’ADN à utiliser et surtout on aime voir « naître » ses dinosaures. En revanche l’aspect gestion n’est pas uniquement absent, il est complètement raté. Les visiteurs ne sont qu’un aspect esthétique du parc, ils permettent de voir s’il a du succès et de fournir une source à vos boutiques. Point. Qu’ils se fassent manger, tout le monde s’en fout et même si les choses se passent mal ils viendront quand même. Pas moyen de gérer quoi que ce soit à leur sujet et c’est bien dommage. Le pire pour moi c’est qu’il n’y a pas non plus de gestion de personnel. On ne peut pas améliorer les compétences du gardien de Vélociraptor du nom de Pedro parce qu’il n’y a rien de tout cela à gérer et c’est pour moi une erreur peu pardonnable, la gestion du personnel c’est le B.A.BA du jeu de gestion. En fait, le jeu me donne l’impression de n’offrir qu’une série d’animations liées à des bâtiments et à des dinosaures. Sympa 5 minutes mais clairement pas de quoi s’y plonger hors bundle.

Harvester

Collectionneur compulsif et un peu trop passionné, accumule jeux et livres en essayant d'entraîner un maximum de gens dans ses vices...

3 pensées sur “Jurassic World Evolution

  • 19 février 2019 à 13 h 34 min
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    Magnifique double critique.
    Les ingrédients font saliver, gestion plus dinos, il avait fait un tour dans ma wishlist.

    Mais il faut en effet que tous les aspects soient équilibrés. J’attendrai qu’il passe dans le monthly.
    Là vous décrivez un jeu casu. Je comprends qu’il ait plus à Harvester.

    On peut jouer Omar Sy ?

    • 19 février 2019 à 13 h 37 min
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      C’est carrément un jeu de gestion casu mais avec des dinos mimis tout plein !

      Euh y’a Omar Sy dans Jurassic Park ?

      • 20 février 2019 à 21 h 19 min
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        Oui, y a Omar Sy dans Jurassic World, malheureux !

        Ce jeu avait tout pour me plaire (de la gestion + des dinos :yumyum: ) mais au vu des critiques, je reste finalement sur l’idée de passer mon tour.
        Le fait qu’il ait été pondu par les devs de Planet Coaster n’est pas à oublier : PC comme JWE sont de très beaux bacs à sable mais avec aucune gestion (ou quasiment).
        Décidément pas pour moi.

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