Zombicide

Même dans le jeu de société, il y a des cas qui divisent et Zombicide en fait à coup sûr partie. Vous avez d’un côté les fans absolus, qui vont acheter les 200 extensions qui paraissent à chaque itération et de l’autre les allergiques au kiloplastic qui regardent la licence d’un air dédaigneux. Et moi, au milieu. Car oui, je l’avoue sans honte, en vous regardant droit dans le moniteur : j’aime bien Zombicide. Voilà, ça me fait un grand poids en moins. Mais en fait, c’est quoi Zombicide ?

Financé à 3907% en 2012 sur Kickstarter, le premier opus de la série a, je pense qu’on peut le dire sans trop se mouiller, fait un carton. La raison ? Une grosse boîte bourrée jusqu’à la gueule de figurines pour un prix de départ presque raisonnable : $75. Il y avait d’innombrables bonus, des add-ons en veux-tu en voilà, bref c’était l’orgie et Cool Mini Or Not a vite compris qu’ils étaient tombés sur la poule aux œufs d’or. 2013 a donc vu la Saison 2 (qui se passe dans une prison), 2014 la Saison 3 (ou les survivants peuvent s’affronter) puis en 2015 la société a abandonné le thème moderne pour passer à l’Heroic Fantasy avec Black Plague puis Green Horde en 2017 avant de changer encore une fois en 2018 pour un Zombicide: Invader se déroule dans un univers SF. Les montants récoltés à chaque campagne sont monstrueux, oscillant entre 781k (pour le premier) et 5M$ pour Green Horde (avec bien entendu le prix du ticket d’entrée en constante évolution). Soit presque autant que le budget BDs & comics annuel d’Archer. Autant vous dire qu’en Arcadia Quest, Zombicide, Blood Rage et autres Rising Sun, CMON ne doit pas avoir une situation financière préoccupante…

Knock knock… Who’s there?

Mais qu’est-ce qui a fait que ce jeu, et pas un autre, a connu un tel succès ? La raison est simple: c’est fun. Quelle que soit la période jouée, le principe reste le même : des héros doivent survivre, remplir des objectifs et latter des zombies. Beaucoup de zombies (histoire de rentabiliser les 3000 figurines achetées à vil prix). C’est du coop’, c’est simple à appréhender et c’est joliment produit. Les figurines sont sympas et se prêtent bien à la peinture, le matériel est de qualité avec des tuiles de décor détaillées et des jetons en pagaille. Le plus pur exemple de l’ameritrash, avec ce que cela implique comme défauts et qualités.

Oui je sais je pourrais les peindre…

Zombicide fait incarner à chaque joueur un ou plusieurs héros qui disposent de compétences particulières. A chaque activation, chaque héros joué a droit à 3 actions (au départ, cela évolue par la suite) et peut donc fouiller des lieux, pour espérer trouver du matériel, attaquer (à distance ou au corps à corps), se déplacer ou encore ouvrir des portes… Une fois que tous les héros ont joué, les zombies s’activent (certains ont eu aussi des compétences particulières) puis il y a une phase de spawn, qui voit de nouveaux zombies arriver par des zones d’entrée déterminées par le scénario. Le nombre de zombies qui arrivent durant cette phase est déterminé par le « niveau d’alerte » : de bleu (c’est la fête et ils sont peu nombreux) à rouge (arrivée massive). Ce qui est sympathique, c’est que ce niveau est déterminé par le niveau d’expérience du plus expérimenté des survivants. Cela veut donc dire qu’il faut répartir l’expérience équitablement, une équipe composée d’un gros bill suréquipé accompagné de clodos en slip ne fera pas long feu. Coopératif je vous dis !

Si les zombies de base ne sont foncièrement pas difficiles à éviter ou trucider, il y en a d’autres qui peuvent poser des soucis : les Runners, qui ont deux activations par tour, les Fatties, de gros tas de graisse qui nécessitent des armes faisant deux points de dégâts ou encore les Abominations, des montagnes de muscle ne pouvant être tuées qu’avec un cocktail Molotov. Mais avec un peu d’organisation et de la chance aux dés, ça passe facilement… au début. En effet, plus nos survivants tuent et remplissent d’objectifs, plus ils montent en niveau. Mais plus leur niveau est élevé, plus il y a de zombies qui spawnent à chaque tour. La difficulté est donc de gérer cette montée en puissance pour ne pas se retrouver submergés. Petit exemple comme ça en passant : lorsque vous pénétrez dans un bâtiment, dans chaque pièce apparaissent des zombies dont le nombre est déterminé par… le niveau du plus expérimenté des survivants, c’est bien vous suivez. Donc ouvrir une porte quand le niveau d’alerte est maximal revient à se prendre une montagne de zombies sur la tronche. Facile, me direz-vous, il suffit d’ouvrir toutes les portes dès le début, quand l’alerte est minimale. Oui mais non en fait. Car au début les survivants sont équipés d’une poêle à frire (qui tue sur un 6 au dé uniquement) pour toute arme et autant vous dire que gérer ne serait-ce qu’une douzaine de zombies avec l’armement minable de base n’est pas envisageable. Il faut donc trouver l’équilibre entre spawn de zombies, récupération de matériel et montée en puissance. Cela amène des situations cocasses où les joueurs font des plans sur la comète pendant 10 minutes pour les voir échouer dès la première activation de héros. Pour vous dire, il m’est arrivé, avec des débutants, de recommencer la partie après le premier tour…

On a donc du fun, de la montée en puissance gratifiante avec un armement et des personnages qui évoluent, des rebondissements et de la tension. Jackpot non ? Vous prenez tout de suite, pas la peine que je vous l’emballe ?

Alors oui mais non. Déjà parce qu’investir dans Zombicide ne s’envisage pas à la légère : si vous accrochez et que vous êtes du genre « j’veux tout », ça va vous coûter un rein, un bras et le livret d’études de vos gamins. CMON a un peu trop (à mon avis) tiré sur la corde et chaque édition dispose de dizaines d’extensions vendues séparément. Cela va du corbeau zombie aux dés customs en passant par des tuiles supplémentaires… Donc à moins d’être fort et d’être sûr de pouvoir vous contenter du jeu de base et peut-être d’une grosse extension (qui suffisent largement, surtout qu’il existe des dizaines de scénarios supplémentaires et gratuits), réfléchissez-y à deux fois. Ensuite, il va falloir déterminer quel Zombicide vous correspond le mieux : les trois premiers sont contemporains alors que les deux suivants sont Heroic Fantasy. Si le matériel a bien évolué au fil du temps, avec par exemple des fiches de personnages bien mieux fichues, j’avoue avoir un faible pour les premiers épisodes. Black Plague est par exemple sympa mais je ne sais pas, je n’y ai pas retrouvé le fun du premier. Avoir une cheerleader armée d’une tronçonneuse est quand même plus glamour qu’un nain en armure de plates !

Les héros de Green Horde

Enfin, la contrepartie de l’accessibilité de la série est que le concept est assez limité : les parties consistent bien souvent à avancer et équarrir des morts-vivants. Autant dire que si vous ne jurez que par les euro-games vous allez vite vous lasser… Mais bon, comme nous l’avons vu, avec le bon groupe il y a moyen de passer des soirées épiques et divertissantes.

Donc, prend, prend pas ? De mon expérience, oui, mille fois oui. Certes le ticket d’entrée est cher (mais trouvable facilement sur le Net ou, encore mieux, partagez les frais entre membres du groupe qui y jouera), certes il y a pas mal de petits défauts (notamment dans les règles que j’ai parfois adaptées, c’est d’ailleurs un des rares jeux où je le fais) mais au final, si on prend Zombicide pour ce qu’il est, c’est-à-dire un jeu fun et accessible, qui permet de massacrer des zombies sans être submergé par des dizaines de règles (coucou Dawn of the Zeds) et servi par du beau matos. Si vous avez conscience de cela, que vous avez un groupe réceptif (même s’il tourne très bien en solo) et les moyens alors foncez. La durée de vie est énorme avec tous les scénarios mis à disposition sur Internet et chacune de vos parties verra ses moments de gloire comme de profonde consternation. J’ai personnellement fait plus d’une vingtaine de parties (donc l’investissement est largement amorti) en solo, à 2, 4 ou 6 et à chaque fois ça a été une bonne expérience.

Auteur : Raphaël Guiton, Jean-Baptiste Lullien, Nicolas Raoult

Artiste : Nicolas Fructus, Édouard Guiton, Mathieu Harlaut, Eric Nouhaut

Editeur : Cool Mini or Not

De 1 à 6 joueurs

60 minutes et plus

Harvester

Collectionneur compulsif et un peu trop passionné, accumule jeux et livres en essayant d'entraîner un maximum de gens dans ses vices...

3 pensées sur “Zombicide

  • 30 novembre 2018 à 19 h 08 min
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    J’aime bien Black Plague :p. Et je confirme que c’est un bon moment à chaque fois.

    Je confirme le prix d’entrée assez violent et la surabondance d’extensions. J’ai juste pris Wulfsburg perso même si celle des boss fait envie (pas son prix par contre).

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  • 6 décembre 2018 à 11 h 13 min
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    Je confirme pour ce jeu qui est très fun , surtout avec l’équipe qu’on avait : je ne nommerais pas le furieux qui voulait a tout prix lancer un molotov pour faire un carnage 😀
    Et t’as raison sur 2 petits points :
    « Oui je sais je pourrais les peindre… » –> entre deux articles et le boulot tu aurais largement le temps de le faire :p
    « Recommencer après le 1er tour » –> C’était le tour de démo/chauffe ca compte vraiment ^^ ?

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    • 7 décembre 2018 à 19 h 44 min
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      Je n’ai ni le temps ni le talent, tu le sais bien. Et tu te vois jouer avec un héros tout dégueu qui ressemble à un zombie ? 🙂

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