Battle Brothers

Quand vous voyagez pas mal en train, il faut savoir allier l’utile à l’agréable. L’utile ? Vider son backlog. L’agréable ? Jouer à des jeux de qualité. J’avais depuis des lustres ce petit jeu qui m’avait attiré par son thème et sa direction artistique : Battle Brothers.

Ce qui m’a fait le prendre, même s’il n’était qu’en accès anticipé, c’est qu’il me permettait de réaliser un vieux rêve, issu de mes lectures de La Compagnie Noire de Glen Cook : monter une équipe de mercenaires et en faire une légende. Une Compagnie dont le nom serait craint et respecté, une Compagnie qui survivrait à tous les coups durs et qui s’en mettrait plein les poches. La « Band of Losers » était née. Avec un nom pareil nul doute que sa renommée allait, à l’instar de celle de Dystopeek, franchir les frontières. J’étais prêt, j’ai attendu patiemment que le jeu sorte en version finale et je me suis lancé, motivé comme jamais.

Trois tentatives en mode normal plus tard, je me suis résolu à tout passer en mode débutant. Adieu amour propre… Mais il fallait que j’y arrive, le monde devait m’appartenir.

Un petit village bien sympathique !

Battle Brothers vous met directement dans l’ambiance : vous débutez par une bataille qui voit votre Compagnie se faire décimer et à l’issue de laquelle il va falloir repartir en mode clodo sans un kopek. C’est rude, vos hommes sont à moitié morts, sous-équipés et avec le moral dans les chaussettes. Vous allez donc, sur la carte du monde superbement illustrée, vous rendre dans la ville la plus proche pour vous refaire un peu et acheter de quoi survivre. Les mercenaires marchent sur trois pattes : l’argent, la nourriture et le moral. Tombez à court d’une et vous vous retrouverez bientôt seul… Il faut donc remplir des contrats pour gagner des espèces sonnantes et trébuchantes et de la renommée pour grandir en nombre et en puissance. Au début, comme vous êtes aussi estimés que mes capacités culinaires auprès de mon épouse, vous allez vous cogner des missions rapportant à peine de quoi survivre. Mais pour les accomplir, il va vous falloir recruter. Et qui dit nouvelles recrues, dit paie plus importante… Oui, il y a de la gestion dans Battle Brothers : faites grandir votre Compagnie trop vite et vous ne pourrez pas payer vos mercenaires. Si vous restez avec un noyau trop réduit (on peut aligner jusqu’à 12 hommes sur le champ de bataille), vous vous ferez étriller par des adversaires en surnombre lors des batailles. Un délicat équilibre donc, auquel il faut ajouter la gestion des blessures. Car non, vos hommes n’ont pas de medikit miracle et demandent plusieurs jours avant d’être opérationnels au sortir d’une bataille où ils ont eu le bras lacéré. De la gestion aux petits oignons je vous dis.

Petit à petit, votre compagnie va donc s’agrandir et monter en puissance. Après les batailles, vous pourrez récupérer du butin et de l’équipement sur vos adversaires vaincus. Pour rééquiper vos mercenaires d’une part, car ce ne sont pas les sacs à patate qui vous servent de chemise qui vont vous protéger longtemps, et pour revendre tout ça aux marchés alentours. A ce propos, petit coup de gueule : je sais que les commerçants essaient toujours de s’en mettre plein les poches, mais quand même, les prix de rachat et de vente sont extrêmement en la défaveur du joueur. Pour arrondir les fins de mois, il est aussi possible, entre deux missions, d’acheter des denrées rares : fourrures, lingots d’or ou autres et de les revendre dans une ville éloignée. Quitte à faire le voyage, autant ne pas le faire pour rien… Le pan gestion du jeu est donc simple, il faut que les revenus soient supérieurs aux dépenses, mais efficace et intéressant. Mais il n’est pas le cœur du jeu. Car la production de Overhype Studios est centrée sur… vos mercenaires. Oui, ces pouilleux que vous allez transformer, au gré des combats et s’ils survivent sans trop de mutilations, en machines de guerre.

Chaque recrue dispose de caractéristiques : points de vie, de fatigue, résolution, défense au corps à corps et autres, ce qui vous permettra de les spécialiser. Car, et nous le verrons d’ici peu, les batailles de Battle Brothers sont très tactiques et il vaut mieux avoir un ordre de bataille équilibré plutôt qu’une horde vociférante et désorganisée. Chaque homme dispose aussi d’un inventaire personnel, idéal pour transporter deux sets d’armement, et de plusieurs slots d’équipement. Vous allez donc pouvoir jouer à la poupée en les équipant d’armures, épées, lances et autres boucliers. Chaque objet a ses caractéristiques propres et sa durabilité. Il faut donc l’entretenir et veiller à toujours avoir des outils pour les réparations d’urgence (qui sont automatiques mais prennent du temps). En marge de tout cela, à chaque passage de niveau, vos troupes gagnant de l’expérience à chaque bataille, vous pourrez choisir des talents : capacité à porter des armures lourdes sans se fatiguer, spécialisation à la hache… de quoi rendre chaque homme unique ! Et c’est un peu le côté pervers de la chose : vous y tenez au bout d’un moment à ces vaillants soldats. Et les voir mourir, criblés de flèches, empalés ou décapités (ou parfois tout ça à la fois) dans des combats où la moindre erreur tactique se paie cash, vous crèvera le cœur. Alors vous réfléchirez à deux fois avant d’accepter un contrat qui semble un poil hors de votre portée, ou de maintenir un homme sur le front au lieu de l’envoyer en réserve…

Les combats, maintenant qu’on en parle, sont ce qui se rapproche le plus de la perfection en matière de tactique au tour par tour. Sur une zone divisée en hexagones, vos adversaires et vous vous déployez et manœuvrez selon le terrain. S’il faut bien sûr rechercher les positions surélevées ou se servir du décor pour limiter le front, il faut aussi savoir déborder sur les flancs pour aller chercher cet archer imprudemment laissé seul. Et c’est là qu’il faut vraiment réfléchir avant chaque clic… Vos hommes disposent à chaque tour de points d’action pour se déplacer, attaquer, changer d’armement ou prendre une posture défensive et chaque action effectuée augmente la fatigue. Il faut donc gérer son approche sans fatiguer trop vite ses hommes sous peine de se retrouver dans l’impossibilité d’attaquer jusqu’à ce qu’ils aient récupéré. Il faut aussi bien gérer les distances, et opposer les hommes disposant de l’armement adéquat. Un gars en face reste en défensif pour protéger un piquier qui tape à deux cases et qui vous lamine ? Envoyez un porteur de hache et faites-lui détruire le bouclier de votre adversaire au lieu de buter bêtement sur la défense impénétrable. Il faut avoir une réponse à chaque situation et un armement varié. Si la combinaison épée + bouclier est parfaite pour tenir une ligne, pensez à toujours avoir des archers (ou arbalétriers) et autres piquiers qui taperont par-dessus. Un ou deux gars avec une arme à deux mains, moins protégés mais extrêmement meurtriers, feront des miracles s’ils rentrent en action au bon moment. Les combinaisons tactiques sont innombrables et découvrir celles qui conviennent selon la situation vous prendra du temps. Ajouter à cela la gestion du moral, étrangement les gens n’aiment pas être cernés ou voir leurs camarades mourir, des bonus/malus selon le type de terrain et son dénivelé, une gestion de la résistance de l’équipement ou encore des blessures et vous obtenez un chef d’œuvre des combats tactiques. Que je classe sans la moindre hésitation dans mon top 5 des jeux de 2018.

J’ai mentionné la direction artistique de Battle Brothers et je dois avouer que je suis très fan des choix du studio. L’originalité des protagonistes (je vous laisse juger sur les captures), la finesse des graphismes et le côté Dark Fantasy assumé en font un jeu visuellement unique. Les musiques sont sympathiques ainsi que les bruitages et mettent bien dans l’ambiance. L’avantage aussi est que le jeu tourne sur des configurations modestes.

Il y a même un barbier !

Battle Brothers est un petit bijou mais n’est pas exempt de défauts. Tout d’abord, la difficulté est impressionnante, surtout au début où on tâtonne. Il y a quelques vidéos qui font office de tutoriel mais rien de bien transcendant. Ensuite, certains points restent toujours obscurs, malgré de nombreuses heures de jeu, comme le pourcentage de réussite des coups portés. C’est flagrant avec les archers dont les chances de toucher varient sans que rien ne se soit passé… Enfin, on peut reprocher un manque de variété dans les missions, qui se cantonnent bien souvent à de l’escorte de caravane ou de la destruction de camps de brigands. C’est dommage mais n’est pas non plus rédhibitoire.

Pour ne pas finir sur une mauvaise note, laissez-moi insister sur les qualités de ce petit jeu indépendant. La lente montée en puissance de votre Compagnie, la découverte de la carte et de ses dangers, la joie de gagner une bataille sans trop de pertes ou encore la frustration de voir votre archer maladroitement planter une flèche dans le dos de son partenaire, tout cela rend Battle Brothers unique. Car comme le jeu est exigeant, on s’investit à fond à chaque tentative. Et comme la carte est générée aléatoirement à chaque partie et qu’il y a plusieurs scénarios disponibles (invasion orque ou de morts-vivants, guerre entre nobles), autant vous dire que vous n’êtes pas prêt d’en voir le bout. D’ailleurs, comme si tout cela ne suffisait pas, un DLC vient de se pointer, rajoutant armement et missions… Les développeurs de Overhype Studios ont donc tout mon respect et placent leur bébé dans mes meilleurs souvenirs de 2018. Oui je sais, il est sorti en 2017, mais bon, vous avez déjà entendu parler de backlog non ? Certes, il faut du temps et de l’investissement pour apprécier le jeu à sa juste valeur, mais une fois les différents guides disponibles sur le workshop parcourus (je vous conseille celui-ci pour débuter), rien ne peut plus vous arrêter. Pour un premier jeu, on peut dire qu’ils ont mis la barre très haut !

Développeur : Overhype Studios

Éditeur : Overhype Studios

Date de parution : 24 mars 2017

Site officiel

Harvester

Collectionneur compulsif et un peu trop passionné, accumule jeux et livres en essayant d'entraîner un maximum de gens dans ses vices...

3 pensées sur “Battle Brothers

  • 9 décembre 2018 à 10 h 11 min
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    GOTY 2017 sans aucun doute 🙂

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  • 6 février 2019 à 10 h 45 min
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    Je viens de me le prendre et j’ai direct commencé en facile et du coup je doute un peu : j’ai passé les 3 premiers combats avec juste quelques blessés.
    C’est si dur que ça en normal?

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  • 6 février 2019 à 11 h 12 min
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    Non les combats ne sont pas si durs que ça en normal avec l’habitude. Disons qu’il faut savoir lesquels éviter et comment s’équiper. J’ai commencé en facile pour découvrir le jeu et tu sais comment c’est, on s’attache vite à cette équipe de bras cassés !

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